‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 156 sur 663 · DIEU TOUT EN TOUS · texte numérisé non relu

DIEU TOUT EN TOUS

il se range à la domination paternelle de Celui qui lui a tout donné, tout soumis, il lui remet le sceptre et la royauté de la création qu'il lui a conquise, et qui entre avec lui au sein de la Trinité. Désormais la famille divine est complète ; et Dieu est tout en tous. Le dessein de Dieu est achevé.

Dieu est tout en tous ! L'expression même a quelque chose de prodigieux et d'effrayant pour la pensée, et peutêtre vaudrait-il mieux la laisser dans sa mystérieuse obscurité. Peut-être aussi est-il bon de s'y arrêter puisqu'elle a été dite. Aujourd'hui, Dieu n^est pas tout en moi. Ce n'est pas avec lui que je suis directement en relation. Toujours devant moi l'importune création. Ce n'est qu'au prix d'un lent et pénible détour et toujours maintenu dans les ténèbres que j'arrive à Dieu ! « Ah, je la connais bien, disait saint Jean de la Croix,, la source qui jaillit et qui coule, encore que je sois dans la nuit. » Ma pensée ne voit pas Dieu, et ma foi me le voile. Je ne suis pas un être intelligent. Je ne le serai que le jour où Dieu lui-même s'offrira comme objet à mon intelligence, éveillée enfin ; le jour, j'en demande pardon à la divine Majesté, le jour où pour se montrer à moi, Dieu lui-même s'unira à mon intelligence, pour que je puisse faire connaissance avec lui. Comment dire ? Il sera à la racine même de ma pensée pour que je le voie, à la racine de ma volonté pour que je le possède, à la racine et au centre de mon cœur pour que je l'aime. Il sera la beauté que j'aime, et en moi le cœur qui aime cette beauté. Il sera le terme et l'objet de mes actes, il en sera en moi le principe. Et cette glorieuse appartenance de mon âme à Dieu se prépare sur terre par l'union: au Christ; car ailleurs (Col., III, 11), l'Apôtre a dit, dans le même sens, de notre vie chrétienne dans le temps : Omnia et in omnibus Christus. C'est donc à la condition d'être tous et tout entiers ramenés ici-bas à la vie du Christ, que dans l'éternité et moyennant la transmission de royauté dont il a été parlé plus haut, nous entrerons tous dans la vie de Dieu. C'est la pensée centrale du christianisme : être dans le tempsà Jésus-Christ pour être à Dieu dans l'éternité.

Ainsi la mort sera vaincue dans notre résurrection. Sans la résurrection, le triomphe du Christ ne serait pas achevé ; et la promesse de Dieu ne s'accomplirait pas tout entière, puisqu'il resterait un ennemi non battu, non amené aux pieds du Christ.

Cette affirmation de la résurrection est impliquée partout, dans la vie religieuse des Juifs, dans la vie des chrétiens. « En effet, quel sera, demande l'Apôtre, le bénéfice de ceux qui se font baptiser pour les morts, et à qui finalement auront-ils recours pour recueillir le bénéfice de leur pratique, si les morts ne ressuscitent pas ? » Ce passage est l'un des plus tourmentés de l'Apôtre ; on a formé le dénombrement des interprétations diverses qu'il a provoquées : elles sont au nombre de trente-six. Naturellement nous n'entrerons pas dans le détail. L'interprétation qui nous semble la plus naturelle est celle-ci : Chez le peuple de Dieu, lorsqu'un Juif venait à mourir sous le coup d'une impureté légale non expiée, pour épargner à son âme tout préjudice, un membre de sa famille, son parent le plus proche, s'efforçait d'expier, au moyen d'une ablution, et de laver en sa personne l'impureté légale contractée par le défunt qui le touchait de si près. C'est ainsi que les pharisiens affirmaient contre les négations sadducéennes la permanence de l'âme, et leur croyance à la résurrection (Tertullien, de Resurrectione Garnis, cap. XL VIII ; adversus Marcionem, V, 10 ; S. Epiphane, Haeres, 1. XXVIII, cap. VI). Sans approuver cette coutume et en attribuant cette pratique à des personnages innommés, désignés seulement par la troisième personne : quid facient ? l'Apôtre avait le droit d'en recueillir un élément vrai, et l'indice d'une croyance exacte. Cette pratique juive est vaine, en effet, s'il n'y a rien au delà de la mort.

Après cette allusion à la vie juive, l'Apôtre parle de sa vie propre. « S'il n'y a ni survivance, ni résurrection, et si Dieu n'est pas le salaire de notre vie, dans quel dessein et dans quel espoir les ouvriers de l'Evangile et m.oi-m.êm.e nous exposons-nous à mille dangers ? Ici à Ephèse, ma vie est un

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