LE TRIOMPHE DERNIER
vidu, comme dans l'histoire de la Providence surnaturelle, que l'élément animal est premier et que le spirituel ne vient qu'après lui, tardivement. On est enfant avant d'être homme : ce qui se passe dans l'individu s'applique à l'humanité. Le premier homme a été formé de la terre, il fut terrestre : le second Adam, lui, est du Ciel et de Dieu. Il était facile aux Corinthiens de recueillir cette grande leçon. Les terrestres ressemblent au terrestre : les spirituels ressemblent à l'autre. Nous avons appartenu au premier ; il est de droit que notre vie maintenant communie toute au second. Car ce n'est qu'à la condition de renoncer à tout ce qui est de la chair et du sang, que nous aurons place dans le royaume de Dieu, où rien de souillé n'entrera.
51 Ecce myster'mm vobis dico : Omnes quidem resurgemus, sed non omnes immutabimur. 52 jn momenfo, in idu ocali, in novissima tuba : canet enim tuba, et mortui résurgent incorrupti : et nos immutabimur. 53 Oportet enim corruptibile hoc induere incorruptionem : et mortale hoc induere immortalifafem. 54 Cum autem mortale hoc induerit immortalitatem, tune fiet sermo, qui scriptus est : Absorpta est mors in Victoria. 55 uiji est mors Victoria tua ? ubi est mors stimulus tuus ? 56 Stimulus autem mortis peccatum est : virtus vero peccati lex. ^'^ Deo autem gratias, qui dédit nobis victoriam per Dominum nostrum fesum Christum. 58 Jtaque fratres mei dilecti, stabiles estote, et immobiles : abundantes in opère Domini semper, scientes quod labor vester non est inanis in Domino.^
Les derniers versets du chapitre contiennent sous forme de conclusion le dessein général et l'histoire anticipée de la résurrection, révélée à l'Apôtre. C'est une vérité cachée jusqu'ici et qu'il enseigne aux Corinthiens. La Vulgate a dit : nous ressusciterons tous, mais tous ne revêtiront pas un vêtement de gloire. Le texte grec le plus autorisé a un autre sens. « Nous ne serons pas tous couchés dans la mort, mais
tous nous serons transformés dans la résurrection.» Ici comme en la Première aux Thessaloniciens (IV, 14), l'Apôtre distingue de ceux qui seront vivants à la dernière heure du monde, ceux qui seront morts auparavant. Tandis que ces derniers auront eu le loisir d'un long sommeil dans le tombeau, la dernière génération du monde ne fera que passer rapidement par la mort, la traverser comme un ruisseau, pour être aussitôt, dans la résurrection commune, transformée comme ses aînées ; tout se fera en un instant, en un clin d'œil, au son de la trompette de l'Archange, la dernière trompette, parce qu'elle clora le temps et annoncera le Jubilé qui ne finira plus. Ce sera quelque chose d'instantané comme la création. Un son de trompette, la voix de l'Archange, et les morts se réveilleront immortels ; et les vivants, (nous, dit l'Apôtre, selon le procédé employé déjà dans la lettre aux Thessaloniciens), seront transformés comme eux. Car pour prendre place dans l'éternité et partager la joie de Dieu et des anges, il faut que notre corps corruptible et mortel se revête d'incorruption et d'immortalité. Alors le triomphe du Seigneur sera complet. Après la défaite de tous les autres ennemis et le bannissement éternel de tous les pécheurs, le dernier ennemi, la mort, sera vaincu à son tour. Toute cette nature humaine sur qui, depuis et par le péché, s'était exercé son empire, lui sera divinement ravie ; désormais nous ne pourrons plus mourir ; alors seront accomplies les prophéties anciennes d'Isaïe (XXV, 8) : Praecipitabit (Dominas) mortem in sempiternum, et d'Osée (XIII, 14) : Ero mors tua, o mors ; morsus taus ero, inferne.
Rien ne manquera donc à la victoire du Seigneur ; la perspective de cette victoire de son Maître arrache à l'Apôtre une exclamation de triomphe qui s'adresse au dernier vaincu. La mort, ici, est personnifiée ; c'est une puissance diabolique qui s'est exercée sur le monde à la faveur du péché, un scorpion maudit, né du premier serpent et de qui la piqûre est fatale. « O mort, qui depuis l'origine as triomphé de toute vie, où est maintenant ton pouvoir ? Qu'est devenu l'aiguillon