LES COLLECTES
dont nous périssions tous ? Qui donc a pu tarir ton venin ? » La doctrine que nous lirons dans l'épître aux Romains est dès maintenant formulée dans la pensée intérieure de l'Apôtre ; car la pensée du péché et de la mort y éveille aussitôt la pensée de la loi (Rom., V, VIII ; II Cor., III ; Gai., III, 19). Les trois éléments s'impliquent : la mort vient du péché ; et la loi, à elle seule, ne peut que provoquer le péché et irriter la convoitise :
Nitimur in vetitum semper cupimusque negata. Mais du péché, de la mort, de la loi, nous sommes délivrés par Dieu (Rom., VIII, 2), à qui grâces soient rendues. Il nous a donné la victoire, il nous affranchit par Notre- Seigneur Jésus-Christ, en qui nous sommes, de qui le triomphe est le nôtre.
Les dernières paroles semblent adressées aux prêtres de Corinthe. « Ainsi, frères bien-aimés, demeurez fermes dans la foi, inébranlables, empressés au travail du Seigneur, à l'œuvre de l'évangélisation, sachant bien que votre travail n'est pas ignoré et qu'il sera récompensé par le Seigneur. »
CONCLUSION
L'^Apôtre a groupé dans ce dernier chapitre, à côté de recommandations pratiques et d'affaires de détail, les salutations et bénédictions qui terminent habituellement ses épîtres. Le chapitre commence comme le VIP, le VHP, le XIP, ce qui nous permet de supposer que la lettre des Corinthiens avait consulté saint Paul au sujet des collectes pour l'Eglise de Jérusalem. Nous le savons depuis longtemps déjà, la détresse était grande en Judée. Les troubles continuels auxquels elle était en proie, la famine, et peut-être aussi le régime économique de la première société chrétienne, avec la dépré-
ciation qu'il avait fatalement entraînée, avaient épuisé les maigres ressources des fidèles, et obligé les apôtres à tendre la main (cf. Gai., II, 10).
1 De collectis autem, quae fiant in sanctos, sicut ordinavi Ecdesiis Galatiae, ita et vos facite. 2 Per unam sabbati unusquisque vestrum apud se seponat, recondens quod ei bene placuerit : ut non, cum venero, tune collectae fiant, s Cum^ autem praesens fuero : quos probaveritis per epistolas, hos mittam perferre gratiam vestram in Jérusalem. 4 Quod si dignum fuerit ut et ego eam, mecum ibunt. s Veniam autem ad vos, cum Macedoniam pertransiero : nam Macedoniam pertransibo. ^ Apud vos autem forsitan manebo, vel etiam hiemabo ; ut vos me deducatis quocumque iero. 7 Nolo enim vos modo in transita videre, spero enim me aliquantalum temporis manere apud vos, si Dominas permiserit. ^ Per manebo autem Ephesi usque ad Pentecosten. 9 Ostium enim mihi apertum est magnum, et evidens ; et adversarii multi.
Saint Paul s'était empressé de venir au secours de ses frères. Soit lors de son passage en Galatie, au commencement de cette troisième expédition apostolique, soit par une lettre que nous n'avons plus, soit par un message, il avait indiqué aux Eglises de Galatie le procédé pratique de cette collecte, Corinthe suivra le procédé que l'Œuvre de la Propagation de la foi s'est bornée à renouveler. Chaque dimanche (;j.ia G-a(3j3àTO'j signifie par un hébraïsme tîowt-ai ara(3pà-o'j ) chacun recueillera, et mettra à part sa cotisation, selon ses moyens et sa bonne volonté ; il la gardera par devers lui ; lorsque l'Apôtre viendra à Corinthe, il n'aura plus qu'à réunir ces contributions individuelles toutes préparées d'avance. On évitera ainsi d'improviser la collecte au dernier moment, ce qui entraînerait des lenteurs et tournerait au détriment des pauvres. La collecte une fois faite, l'Eglise choisira des délégués qui la porteront à Jérusalem. L'Apôtre leur donnera des lettres de recommandation auprès de l'Eglise
Mère. Si la collecte était assez considérable pour que l'Apôtre, soit pour honorer les Corinthiens, soit pour se faire pardonner bien des griefs, en fût lui-même le porteur, il se mettrait à la tête des députés de Corinthe.
« Je ne viendrai à Corinthe, ajoute-t-il, qu'après avoir passé par la Macédoine. Car je dois revoir la Macédoine où Thessalonique et Philippes réclament mes soins. » Si nous lisons la Deuxième aux Corinthiens, I, 15, 16, nous apprendrons que le premier dessein de l'Apôtre avait été d'aller d'Ephèse à Corinthe d'abord, puis en Macédoine, et de nouveau à Corinthe pour de là retourner en Judée. Il en avait fait la confidence à Corinthe, qui lui sut mauvais gré de n'avoir pas accompli sa première promesse. Il devra s'en justifier (II Cor., ï, 17-23). Des circonstances impérieuses l'obligèrent à modifier, comme il le fait ici, ce premier itinéraire, et à se rendre d'abord en Macédoine ; puis à Corinthe, avec le dessein d'y demeurer longuement, et même d'y passer l'hiver de 57, pour ensuite se rendre à Jérusalem. « Car, ajoute-t-il, je ne veux plus me borner à vous voir en courant, comme je l'ai fait une fois au cours du triennium que je viens de passer à Ephèse. Je prendrai mon temps, si le Seigneur me le permet. » Nous avons supposé que la lettre est écrite aux environs de Pâques (V, 7) ; l'Apôtre se propose de demeurer encore à Ephèse jusqu'à la Pentecôte. Le motif qui l'y maintient c'est l'opportunité grande, c'est, avec la chance qui s'ouvre devant l'activité de son ministère, le nombre de ses adversaires.
10 Si autem venerit Timotheus, videte ut sine timoré sit apud vos ; opus enim Domini operatur, sicut et ego. n Ne quis ergo illum spernat : deducite autem illum in pace, ut veniat ad me ; expecto enim illum cum fratribus. 12 £)e Apollo autem fratre vobis notum fado, quoniam multum rogavi eum ut veniret ad vos cum fratribus ; et utique non fuit voluntas ut nunc veniret ; veniet autem, cum ei vacuum fuerit. i3 y/gilate, State in fide, viriliter agite, et confortamini. i4 Omnia vestra in charitate fiant.
Une mention est ainsi donnée à Timothée et à Apollos. Nous le savons déjà : saint Paul, qui semble à ce moment inquiet au sujet des Eglises de Macédoine, avait donné mission (Act., XIX, 22) à deux de ses compagnons habituels, Timothée et Eraste, et peut-être à quelques autres, de le devancer en Macédoine (I Cor., XVI, 12). Timothée avait pour consigne de se rendre à Corinthe s'il en avait le loisir, sa mission en Macédoine une fois terminée. L'Apôtre adresse à Corinthe ses recommandations éventuelles au sujet de cette visite de Timothée, qui ne semble pas avoir eu lieu. Timothée était jeune, il était timide, incapable d'exiger des égards. L'Apôtre les réclame pour lui auprès de la société chrétienne, au nom de lui-même et de l'œuvre commune accomplie par lui et son disciple. L'Apôtre ne semble pas très assuré que Timothée pourra le devancer à Corinthe : « en tout cas, s'il vient, dit-il, faites en sorte qu'il soit, à Corinthe, traité avec mesure et avec respect. Que nul ne s'autorise de sa jeunesse pour en user légèrement avec lui. Après qu'if aura fait parmi vous quelque séjour, envoyez-le vers moi en Macédoine où je serai. Je l'attends avec les frères qui l'accompagnent. »
Depuis sa prédication si goûtée à Corinthe, Apollos était retourné à Ephèse auprès d'Aquila et de Priscille, qui avaient autrefois achevé sa conversion (Act., XVIII, 26). Sans doute, les Corinthiens, qui avaient conservé de lui bon souvenir, témoignèrent à l'Apôtre le désir de revoir celui qui avait arrosé de son éloquence les plantations de l'Evangile. L'Apôtre l'invita à se joindre à ceux des frères qui se rendaient à Corinthe par le chemin de la Macédoine, ou aux porteurs de la première lettre aux Corinthiens. Mais, soit que le chemin lui ait semblé trop peu direct, soit que la situation que lui avait faite l'engouement des Corinthiens, lui ait paru trop délicate, soit pour toute autre cause, Apollos se déroba à l'invitation pressante de l'Apôtre : « il ira vous voir, ajoutet-il brièvement, lorsque le cœur lui dira. »
Les derniers versets forment une série d'exhortations d'abord. « Veillez, demeurez fermes dans la foi, soyez cou-
rageux, soyez forts. Que tout se passe parmi vous dans la charité ». — Puis ce sont des recommandations relatives aux personnes.
15 Obsecro autem vos, patres, nostis domum Stephanae, et Fortunati, et Achaici ; quoniam sant primitiae Achaiae, et in ministeriam sanctorum ordinavemnt seipsos : ^^ ut et vos subditi sitis ejusmodi, et omni cooperanti et laboranii. i^ Gaudeo autem in praesentia Stephanae, et Fortunati, et Achaici ; quoniam id, quod vobis deerat, ipsi suppleverunt : is refecerunt enim et meum spiritum, et vestrum. Cognoscite ergo qui hujusmodi sunt.
Déjà au chapitre I (verset 16) il a été parlé de Stéphanas et de sa famille. Stéphanas, Fortunatus, Achaïcus étaient les premiers convertis de saint Paul, qui appelle sur eux l'affection des Corinthiens à raison du dévouement qu'ils ont montré pour les fidèles. En échange de ce dévouement, que la communauté chrétienne soit remplie de déférence pour eux et pour ceux qui leur ressemblent.
Le séjour à Ephèse, auprès de lui, de ces trois chrétiens a été uae grande joie pour l'Apôtre, qui en eux a vu toute l'Eglise de Corinthe. « Par leur empressement affectueux, dit l'Apôtre, ils m'ont fait oublier que vous n'étiez pas tous ici. Ils ont calmé et réjoui mon âme, comme ils l'ont fait déjà, et comme ils le feront pour la vôtre. Ayez-les en grand honneur. »
19 Salutant vos Ecclesiae Asiae. Salutant vos in Domino multum Aquila, et Priscilla cum domestica sua ecdesia : apud quos et hospitor. 20 Salutant vos omnes, patres. Salutate invicem in osculo sancto.
Après les exhortations, après les recommandations; viennent les salutations dernières. Les Eglises de l'Asie proconsulaire, dont Ephèse est la capitale ; Aquila et Priscille qui
ne sont pas inconnus à Corinthe, qui ont donné et donnent encore l'hospitalité à l'Apôtre ; l'Eglise tout entière qui s'assemble dans leur maison, tous les fidèles en un mot saluent fraternellement l'Eglise de Corinthe. En se donnant le baiser de paix, après la lecture de la lettre de l'Apôtre, les Corinthiens témoigneront non seulement de leur union mutuelle, mais encore de leur union avec l'Apôtre dont ils viennent d'entendre la voix.
21 Salatatio, mea manu Pauli. 22 Si quis non amat Dominum nostrum Jesum Christam, sit anathema, Maran Atfia. 23 Gratia Domini nostri Jesu Christi vobiscum. 24 CHaritas mea cum omnibus vobis in Christo Jesu. Amen.
Il est naturel de penser que Vamanuensis à qui l'Apôtre a dicté la lettre, n'a tenu la plume que jusqu'à ce verset 21, et que ce qui suit a été, dans l'original premier, ajouté par la main même de saint Paul, dans le dessein d'assurer de toute manière l'authenticité de son écrit. Les épîtres aux Galates, aux Colossiens, la Deuxième aux Thessaloniciens se terminent de même. Puis « anathème à qui n'aime pas Notre- Seigneur Jésus-Christ ! » L'expression araméenne Maran Atha est équivalente à la brève réflexion Dominas prope est (Philipp., IV, 5) : « Le Seigneur vient. Que la grâce du Seigneur, que son amour et le fruit de son amour soient avec vous ! Les nécessaires reproches contenus dans cette lettre n'empêchent pas que je vous aime tous, et tendrement, dans le Christ Jésus ! Amen ».
DEUXIÈME ÊPITRE AUX