‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 162 sur 663 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

L'APOTRE SE CONCILIE LES CORINTHIENS CHAPITRE I (suite)

8 Non enim volumus ignorare vos fratres de tribulationenostra, quae facta est in Asia, quoniam supra modum gravati samas supra virtutem, ita ut taederet nos etiam vivere. 9 Sed' ipsi in nobismetipsis responsum mortis habuimus, ut non simus fidentes in nobis, sed in Deo, qui suscitât mortuos : 10 qui de tantis periculis nos eripuit, et eruit : in quem speramus quoniam et adhuc eripiet, ^^ adjuvantibus et vobis in oratione pro nobis : ut ex multorum personis, ejus quae in nobis est donationis, per multos gratiae agantur pro nobis.

Avec le verset 8 commence l'affectueuse conversation où seront écartés les griefs, expliqués les malentendus, rappelés tous les souvenirs, adoucies et expliquées toutes les mesures sévères du passé, en un mot, restituée la bonne entente entre Corinthe et l'Apôtre.

Les Corinthiens ne sauraient s'étonner de l'insistance de l'Apôtre à parler de sa souffrance : il convient qu'ils en soient avisés, qu'ils sachent qu'ils y ont été pour une part, à raison même de sa grande affection pour eux. On ne perd pas sans douleur ce qu'on a aimé tendrement. Nous avons dit déjà quelque chose de cette souffrance ; il n'est pas nécessaire de supposer ici un retour de faiblesse physique : de son corps saint Paul eût fait bon marché. Mais il s'agissait de son œuvre et de sa vie même, puisque les âmes étaient en cause, puisque, fondées par lui, les Eglises se détournaient de lui. L'infidélité de la Galatie, la défection de Corinthe, l'hostilité de Jérusalem,, c'était beaucoup plus qu'il ne pouvait endurer. La douleur était trop grande, trop au-dessus de ses forces.

pour celui qui portait en son âme le souci de toutes les Eglises, et ressentait comme un tourment personnel la faiblesse de tous et la chute de chacun. Il était seul, aucune affection ne le soutenait. Comment se reprendre à vivre avec un cœur brisé ? Il n'est aucunement téméraire de supposer que dans l'effrayante solitude de cet écrasement, comme si la souffrance décrite eût été trop peu de chose. Dieu lui-même soit intervenu afin de ruiner au cœur de l'Apôtre toute joie naturelle de vivre et d'agir. C'est quelque chose de si humain et quelquefois de si subtil que le plaisir d'une activité qui s'exerce dans sa libre plénitude ; et peut-être ne sommes-nous capables de faire dignement l'œuvre de Dieu que lorsque sa main divine nous a affranchis de tout attrait naturel à ce qu'il veut de nous. Toute la nature doit mourir. Et l'âme alors succombe sous un ennui infini de vivre. Elle s'interroge ou interroge Dieu en elle. Est-ce de vivre encore, est-ce de mourir qu'il est question maintenant ? A cette question de la pauvre créature traquée, il plut au Seigneur de répondre : c'est de mourir. — Non pas encore, généreux Apôtre, en plaçant votre tète sur la borne milliaire du chemin d'Ostie comme sur un billot improvisé, où le centurion pourra l'abattre à son aise, non : dans dix ans seulement. Mais aujourd'hui déjà le coup est mortel, tout ce qui est nature est immolé, afin que dorénavant vous n'ayez plus d'espoir ni d'appui en vousmême, mais en Celui-là seul qui relève et anime les morts ; et qu'à toute heure vous preniez conscience de recevoir de lui tout votre être, toute votre action. C'est lui, ajoute l'Apôtre, qui nous a retiré de cette épreuve de mort, lui qui nous soutient, lui qui nous délivrera dans l'avenir ; à la condition que les Corinthiens nous aident, et que cette grâce de délivrance qui nous a été accordée pour le bien de plusieurs soit reconnue devant Dieu par le grand nombre de ceux qui le remercieront pour nous.

l'APOTRE JUSTIFIE SA CONDUITE 411

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