‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 167 sur 663 · RAISONS DU CHANGEMENT · texte numérisé non relu

RAISONS DU CHANGEMENT

est sauve, tout mon rôle à votre endroit est d'être un compagnon de joie. Aussi lorsque, à la suite des informations qui m'étaient parvenues, j'ai compris que je n'avais ni joie à vous apporter, ni joie à recevoir de vous, je me suis déterminé à modifier mon itinéraire, plutôt que d'aller directement à vous. Je ne pouvais que vous affliger par des paroles sévères, et faire souffrir ceux qui sont mon unique joie ; j'ai préféré vous écrire et m'épargner ainsi un surcroît de tristesse auprès de ceux qui devraient faire ma joie : car enfin, en dépit de quelques ombres, ce qui fait ma joie, fait aussi la joie de vous tous, j'en ai la ferme assurance.

Je me persuadais d'ailleurs que mes motifs de surseoir seraient goûtés et appréciés de vous. Car à l'heure où j'ai pris cette résolution et vous l'ai fait connaître, je n'avais nullement besoin d'une souffrance nouvelle. Mon cœur était plein déjà; et c'est au milieu de mes larmes, d'une vraie détresse que je vous écrivis : non dans la pensée de vous affliger, mais... dans le dessein de vous corriger. (C'est là ce que le mouvement de la pensée amenait naturellement sous la plume de l'Apôtre ; mais voulant faire verser la mesure de la miséricorde, il adoucit les termes et dit : dans le dessein de vous montrer la surabondance de mon affection pour vous.) Je sais souffrir, je ne sais pas faire souffrir. C'eût été une tendresse meurtrière que celle qui ne se fût pas élevée contre le mal. La souffrance n'est pas venue de moi, mais d'un seul, dont la triste conduite atteignit, non pas ma personne, mais plus ou moins toute la communauté de Corinthe, responsable, alors même qu'elle est inattentive, à raison de la solidarité avec lui.

On le voit, à mots couverts, l'Apôtre parle de l'incestueux excommunié par lui, aujourd'hui repentant, et de qui il commue et adoucit la peine. L'excommunication est levée : il suffit, pour le châtiment du coupable, de la solitude où il a été jusqu'aujourd'hui maintenu par la plus grande partie de la communauté, (les termes dont se sert l'Apôtre laissent supposer que quelques-uns ont insolemment soutenu le cou-

pable.) Dorénavant il lui sera pardonné ; tous l'entoureront, on le consolera de peur que le malheureux ne s'abîme dans la tristesse : je veux qu'il se sente, par l'empressement de la communauté, redevenu l'objet de la charité de tous. La sévérité de la Première aux Corinthiens avait eu pour dessein de corriger le coupable et d'éprouver l'obéissance des fidèles. Tout est obtenu maintenant ; la sentence de pardon est donc accordée. Même, les Corinthiens n'ont pas à craindre d'aller trop loin dans leur charité : tout ce que l'Eglise témoignera de miséricorde ( yaci^so-Qp ) au converti, l'Apôtre le témoigne avec l'Eglise : il ratifie, au nom du Seigneur, toutes les décisions portées par l'Eglise, afin de ne pas livrer d'accès à Satan, dont les desseins perfides sont connus de lui. • — Il semble que le parti opposé à saint Paul ait cherché à envenimer l'incident, et à l'exploiter dans un dessein schismatique.

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