EXAMEN DE CONSCIENCE DE L'APOTRE
12 Cum venissem autem Troadem propfer Evangeîmm Christi, et ostium mihi apertum esset in Domino, i3 non habiii requiem spiritui mec, eo quod non invenerim Titum fratrem meum, sed valefaciens eis, profedus sum in Macedoniam. i4/;)eo autem gratias, qui semper triumphat nos in Christo Jesu, et odorem notitiae suae manifestât per nos in omni loco : 15 quia Christi bonus odor sumus Deo in iis qui salvi fiunt, et in iis qui pereunt : le aliis quidem odor mortis in mortem : aliis autem odor vitae in vitam. Et ad kaec quis tam idoneus ? i7 Non enim sumus sicut plurimi, adultérantes verbum Dei, sed ex sinceritate, sed sicut ex Deo, coram Deo, in Christo loquimur.
1 Incipimus iterum nosmetipsos commendare ? aut numquid egemus (sicut quidam) commendatitiis epistolis ad vos, uut ex vobis ? 2 Epistola nostra vos estis, scripta in cordibus
nostris, quae scitur, et legitur ab omnibus hotninibus : 3 manifesfati quod epistola estis Christi, ministrata a nobls, et scripta non atramento, sed spiritu Dei vivi : non in tabulis lapideis, sed in tabulis cordis carnalibus.
Après cette digression d'un instant destinée à réduire miséricordieusement la sentence prise contre l'incestueux (I Cor., V, 4, 5), l'Apôtre revient au tranquille exposé de sa récente conduite, de ses souffrances, de ses dispositions intérieures. N'ayant point voulu d'Ephèse se rendre à Corinthe, il a, au sortir d'Ephèse, longé la côte de l'Asie Mineure vers le nord, pour aborder à Alexandria-Troas. Il y a travaillé un instant et non sans fruit, mais son âme n'y avait point de repos. Tite à qui il avait donné rendez-vous, sa visite aux Corinthiens terminée, Tite ne s'y trouvait pas ; l'impatience de le rencontrer et de savoir quelque chose de l'état de Corinthe l'emporta enfin ; et de Troas, l'Apôtre passa en Macédoine, sans doute à Philippes, allant ainsi au devant de Tite et des nouvelles de Corinthe, trop lentes à son gré. Enfin il rencontre Tite : enfin il sait quelque chose de Corinthe. Nous n'apprendrons le détail qu'un peu plus tard (VII, 11); mais la qualité de ces nouvelles est telle que la reconnaissance de l'Apôtre éclate en un cri : Grâces à Dieu qui se sert de nous dans son triomphe ! C'est ainsi, nous semble-t-il, qu'il faut entendre ce passage. La traduction ordinaire : Grâces à Dieu qui nous fait triompher dans le Christ Jésus, en affaiblit le sens. Le verbe grec Opiap-Psùeiv — nous le voyons dans un passage célèbre de Plutarque (Anton., cap. LXXXIV) — implique la signification de « faire servir à un triomphe. » Cléopâtre, avant de mourir, visite le tombeau d'Antoine et proteste préférer la mort à la captivité : « Non, dit-elle, je n'ornerai point le triomphe de ton vainqueur. » C'est dans le même sens que ce verbe est employé ici. Le triomphe n'est pas celui de l'Apôtre, mais celui de Dieu. Dieu a triomphé d'abord de l'Apôtre ; et maintenant, dans l'intérêt de l'œuvre surnaturelle du salut. Dieu se sert de l'Apôtre comme d'un
trophée qu'il promène et qu'il secoue sur le monde, afin de semer en tout lieu, par lui, le parfum de la science surnaturelle et de la foi. Car au jour de triomphe, sur le passage du char monté par le général victorieux et suivi des captifs et des ennemis vaincus, on brûlait en abondance de l'encens et des parfums : le triomphateur était traité comme un dieu ; et c'est pour lui éviter une trop forte ivresse, qu'un esclave, près de lui, le rappelait aux conditions de la nature humaine : Caesar, hominem te esse mémento.
L'Apôtre s'applaudit, lui, de servir au triomphe de Dieu, dont il est le trophée. Il se réjouit d'être, dans l'intérêt de Dieu, le parfum du Christ. Et une fois de plus le mouvement de sa pensée l'entraîne hors de son intention première. ■ — Nous avons averti déjà de la liberté de cette épître en toute son allure. On se tromperait pourtant à n'y voir que du désordre ; et la leçon grave circule partout, à peine dissimulée sous les formes extérieures d'une conversation abandonnée. Ce parfum, qui est l'Apôtre, est respiré par tous : par ceux qui se sauvent, par ceux qui se perdent. A l'exemple du Seigneur lui-même qui est venu pour la chute et la résurrection de beaucoup en Israël ; à la suite de l'Evangilç qui, tout en étant scandale pour les Juifs et folie pour les Gentils, est néanmoins la sagesse et la force de Dieu ; comme la lumière elle-même qui éclaire l'œil sain et aveugle l'œil malade, l'Apôtre est, lui aussi, saveur de mort pour ceux qui aiment la mort, saveur de vie pour ceux qui cherchent la vie. Une même disposition divine, une même vocation sanctifie ou réprouve, selon la diversité des âmes qu'elle rencontre. Qui peut de lui-même, et sans l'aide de Dieu (cf. III, 5), soutenir une si redoutable responsabilité et faire face à tous les devoirs de l'apostolat ? Ah ! s'il ne s'agissait pour nous, comme pour certains, que d'altérer par des mélanges frelatés la pureté de la parole de Dieu, ce serait chose plus aisée ; mais nous voulons, nous, parler dans l'absolue sincérité, devant Dieu, et sans mêler à notre doctrine rien qui vienne de nous.
Déjà durant tout le chapitre IX de la Première aux Co-