HUMBLE CONFIANCE
rinthiens, nous avons entendu l'Apôtre parler de sa vocation, de sa mission divine et du désintéressement qu'il y apporte, avec une fierté non dissimulée. Il avait ainsi prêté le flanc aux attaques des mosaïstes, assez portés d'ailleurs à railler ce pygmée qui le prenait de si haut avec la Loi, avec le Temple, avec le judaïsme tout entier. Aussi les entendons-nous s'exclamer dès le commencement du chapitre IIP : Le voilà encore en voie de s'exalter lui-même ! Et peut-être ceux-là mêmes qui ne connaissent, de la Deuxième aux Corinthiens, que le large emprunt que lui fait l'Eglise au Dimanche de la Sexagésime, sont-ils parfois étonnés de la jactance apparente, des « vanteries » de l'Apôtre lorsqu'il parle de lui-même, et du ton échauffé où il semble n'avoir plus nul souci de l'humilité personnelle. Nous n'avons pas à justifier saint Paul, qui est justifié en lui-même et dans l'Esprit qui le fait parler ; mais nous pouvons rappeler brièvement quelle était sa situation comme apôtre, et sa condition spéciale à Corinthe. L'Apôtre, comme tel, ne pouvait consentir à se laisser diminuer. Il était auprès des Gentils l'ambassadeur de Dieu même. Il avait tout droit d'être humble lorsqu'il ne s'agissait que de sa personne, et nous verrons bientôt s'il fait bon marché de tous les avantages humains ; mais il n'avait pas plus le droit de laisser humilier sa vocation qu'il n'avait licence d'altérer l'Evangile. Au même titre que l'Eglise est une société nécessaire, et qu'il n'est pas loisible, si l'on veut être à Dieu, de lui appartenir ou de ne lui appartenir pas, l'apôtre est le trait d'union nécessaire des âmes avec Dieu, L'Eglise elle-même est apostolique ; et ce n'est que par l'apôtre que nous entrons dans la société de Dieu : ut... socletatem habeatis nobiscum, et societas nostra sit cum Pâtre et cum Filio ejus Jesu Christo (I Joan., I, 3). Sa vocation et sa mission étant telles, l'Apôtre était tenu de le dire ; il l'était aussi de se défendre contre tout ce qui pouvait détacher de lui les âmes : les vertus ont leurs heures, il faut éviter de les pratiquer à. contre-temps. Il y a plus. En dehors même de cette considération générale, n'oublions pas que l'autorité de l'Apôtre était tenue
en échec, à Corinthe, par l'effort de quelques docteurs brouillons et sans mission réelle, qui s'intitulaient eux aussi comme apôtres et envoyés, qui se targuaient d'être recommandés par l'Eglise-Mère, par l'Eglise de Jérusalem, et avaient réussi déjà à surprendre la bonne foi des Eglises de Galatie. II appartenait à l'Apôtre de montrer la différence de son investiture et de la leur, de leurs dispositions et des siennes, de ses travaux et de leurs états de services. Et sans doute la défection des Eglises de Galatie ne sera pas absolument étrangère à l'ironie cinglante des trois derniers chapitres de notre épître. Toutefois en cette première partie, le plaidoyer demeure calme ; les mosaïstes sont fort nettement visés, mais l'Apôtre ne laisse pas que d'avoir surtout le souci des Corinthiens à qui il expose sa vie, ses démarches, ses dispositions. C'est, en somme, un examen de conscience apostolique.
Saint Paul demeure néanmoins dans cette position toujours ingrate de l'homme qui doit plaider pour lui-même, se justifier, se comparer, dire du bien de sa personne. Il l'avait fait déjà ; il y revient encore : ses ennemis avaient beau jeu contre lui. Rien n'était plus aisé que de travestir en vaine jactance les conseils que l'Apôtre avait donnés aux Corinthiens de marcher sur ses traces, comme lui sur les traces du Christ (I Cor., XI, 1). — Mais c'est de la folie ! maiS' il est ivre de lui-même ! Il n'est partout question que de lui ! — Est-ce donc, demande l'Apôtre, très au fait des reproches qui lui sont adressés, est-ce donc que je recommence à faire mon éloge, en parlant de la dignité apostolique comme je viens de le faire (II, 14-17) ? A quoi bon ? Ai-je besoin, moi, comme tels autres, de vous présenter des lettres qui m'accréditent auprès de vous, ou de solliciter de vous des lettres de recommandation auprès des autres Eglises ? Est-ce que ma condition est celle des commis-voyageurs du judaïsme ? Ma lettre à moi, c'est vous-mêmes, c'est l'Eglise de Corinthe (I Cor,, IX, 1-3), lettre patente celle-là, écrite dans nos cœurs. Tous les hommes peuvent la lire ; tous peuvent voir qu'elle a été dictée par le Christ, écrite par nous ; et les ca-