GLOIRE DE LA NOUVELLE ALLIANCE
abondante de l'alliance nouvelle. Certes, l'abrogé, le précaire ont eu leur gloire ; mais le définitif et l'éternel sont en possession stable d'un honneur sans mesure. On s'étonne que l'Apôtre parle avec hardiesse et autorité ? Mais il n'y a vraiment chez lui que la conscience exacte de son office et de sa mission.
Les temps de Moïse sont passés. Autrefois, le Médiateur de l'alliance ancienne (Ex., XXXIV, 29-35) emportait sur son front, à la suite de son entretien avec Dieu, la marque lumineuse témoignant qu'il parlait au peuple au nom de Dieu. Son message était ainsi accrédité. Mais dès qu'il avait fini de parler au peuple. Moïse se voilait la face, dissimulant ainsi la disparition de l'éclat divin. Il se dévoilait à nouveau, lorsqu'il reparaissait devant Dieu. Dès lors, les fils d'Israël ne pouvaient pas apercevoir, dans l'évanouissement périodique et la disparition de la lumière divine, l'indice de l'abrogation et de l'effacement futur de l'alliance mosaïque. (Pour justifier notre explication, c'est d'après l'hébreu et le grec qu'il faudra lire le passage de l'Exode auquel l'Apôtre fait allusion, et surtout le verset 35 du chapitre XXXIV). Moïse n'avait rien d'assuré, rien de durable, son éclat tout emprunté à celui-là même qui aujourd'hui est venu : novissime locutus est nobis in Filio (Hebr., I, 2). Mais la pensée des Juifs s'est méprise : elle n'a point percé le voile, elle n'a pas aperçu le caractère momentané et précaire de l'alliance. Leur aveuglement dure encore. Ils Hsent l'Ancien Testament, oui ; mais le voile demeure toujours, ne leur laissant pas voir que Moïse et la loi sont abrogés par le Christ, parce qu'ils sont accomplis en lui. C'est la grâce et la joie des chrétiens de le reconnaître. Mais pour les Juifs, alors qu'ils étudient Moïse, le voile demeure et leur âme est toujours obscure. Elle le demeurera jusqu'au jour où, à l'exemple de Moïse qui enlevait son voile au moment de paraître devant Dieu, Israël lui aussi se tournera vers le Seigneur. Alors seulement, le voile enlevé, ils verront le caractère tout figuratif, tout préarnbulaire de l'alliance mosaïque. Moïse est la lettre ; le
Seigneur est l'esprit, il est le sens profond de cette lettre : et là où est l'Esprit du Seigneur, là est la liberté, l'affranchissement de la loi, l'affranchissement du péché, l'affranchissement de toutes les entraves surannées que le mosaïsme voudrait nous imposer encore.
Nous n'avons plus, nous, rien à démêler avec tout cela. Notre situation surnaturelle est autre, et les conditions de la loi sont dépassées à l'infini. Nous sommes comme Moïse, si l'on veut, mais comme Moïse ayant dépouillé son voile, s'entretenant avec le Seigneur et vivant près de lui. Tous, et l'Apôtre et les fidèles de Corinthe, nous lisons librement, dans le miroir de l'Evangile, la gloire et les perfections du Seigneur. Nous maintenons assidûment dans la contemplation de cette beauté notre âme tout entière. O la douce merveille ! Moyennant que les renoncements préalables aient été consentis, cette beauté surnaturelle du Seigneur qui est attrayante, est active aussi. Par l'assiduité de notre regard intérieur, elle nous pénètre et nous transfigure. On dit que certains marbres parviennent, à la longue, à fixer en eux de la lumière, et deviennent phosphorescents sous l'action du soleil. Notre âme est moins dure que le marbre ; et en effet, pendant que la loi est impuissante, si ce n'est à faire germer la mort et la malédiction, voici que, de regarder le Seigneur, notre vie s'unit davantage à lui ; elle se baigne dans sa lumière, elle subit son action secrète ; de jour en jour, d'échelon en échelon, elle monte plus près, toujours plus près de sa beauté, comme portée vers le Christ par le souffle de l'Esprit du Christ.
Jamais, si ce n'est peut-être à la fin du chapitre suivant, l'Apôtre n'a mieux défini toute la vie chrétienne.