‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 178 sur 663 · LE MINISTÈRE APOSTOLIQUE · texte numérisé non relu

LE MINISTÈRE APOSTOLIQUE

puissiez répondre victorieusement à ces docteurs juifs si fiers de leurs avantages visibles, mais si pauvres de mission et d'autorité réelle. Du moins, nous, lorsque nous nous laissons entraîner au delà de la mesure, c'est que nous obéissons à Dieu ; lorsque nous demeurons dans les lignes du calme et de la- discrétion, c'est pour votre bien. Nous n'avons nulle recherche personnelle et intéressée, nous ne sommes qu'à Dieu et à vous : nous ne nous appartenons pas. Il ne s'agit plus, en effet, de vivre à son gré, ni de sacrifier à l'égoïsme, comme si, il y a trente ans, il ne s'était passé rien de nouveau. La charité du Seigneur, l'amour qu'il nous a témoigné, nous presse et nous contraint ; elle exprime et expulse de nous tout égoïsme ; elle établit notre âme dans une simplicité intérieure affranchie de tout sentiment humain. Elle ne nous laisse de liberté que pour nous dire : si un seul qui est l'Unique, qui est le second Adam, est mort pour tous, non seulement pour le bien de tous, mais au nom de tous et comme les contenant tous en lui en vertu d'une disposition divine, il suit de là que tous ceux qui reçoivent le baptême sont morts en lui et avec lui (Rom., VI, 4), Ils sont vraiment entrés avec lui dans sa mort.

Ne nous étonnons pas de la densité extrême de la pensée apostolique : saint Paul est ici au centre de ce que nous pourrions appeler son système, au nœud réel de sa puissante doctrine. Il a parlé de Dieu quand il le fallait, et de l'Incarnation toutes les fois que l'occasion s'en est offerte ; il reste néanmoins le prédicateur ex professa de la Rédemption. Si l'on veut s'assurer de quel point élevé se déroule toute la pensée de l'Apôtre, il sera facile d'observer, moyennant un peu . d'attention, que l'idée-mère de toute sa théologie, c'est la Rédemption accomplie par Notre-Seigneur Jésus-Christ et les résultats créés par elle, dans le temps et dans les âmes, dans l'homme et dans l'humanité. Sans doute, c'est à raison de l'infirmité des Corinthiens qu'il s'est borné autrefois, en sa prédication, à leur parler de Jésus et de Jésus crucifié : non enim existimavi me scire aliquid Inter vos nisi Jesum

Christam et hune crucifixum ; mais la sagesse mystérieuse qu'il enseigne, selon l'opportunité, est toute suspendue, elle aussi, à la Croix et à la Rédemption. L'épître aux Romains en fait foi, avec l'épître aux Ephésiens et l'épître aux Hébreux. Pour le moment, remarquons seulement que cette pensée de la Rédemption lui fournit la loi de la vie apostolique et de la vie chrétienne : éliminer tout l'égoïsme adamique, pour ne laisser subsister en nous que la seule charité du Christ.

Car le Christ est mort pour tous, au nom de tous, tous étant contenus en lui. Selon l'Apôtre, le Christ est hiérarchique, il est compréhensif ; il embrasse l'humanité qui n'a la vie qu'en lui. Tous sont morts en lui. Oui, morts ; mais non pas pour mourir : morts pour vivre ; morts avec lui à la vie d'Adam, pour vivre en lui, et de la vie qu'ils puisent dans le Seigneur ressuscité. Ceux-là donc qui maintenant par le baptême vivent en lui, n'ont plus de titre à vivre selon eux, selon leurs tendances personnelles ; entrés dans la vie du Christ, ils n'ont plus que lui seul comme principe, comme terme, comme règle de toute leur activité : ils appartiennent, non plus à leur bon plaisir, mais au bon plaisir de Dieu ; ils sont acquis tout entiers à Celui qui est mort pour eux, et pour eux est ressuscité. C'en est fini désormais de la vie selon la chair, selon Adam, selon l'égoïsme, selon ce qui se voit. Aussi, dit l'Apôtre, depuis que je suis mort dans le Christ, depuis que j'ai reçu la vie de lui, je ne connais plus personne selon la chair ; ce n'est plus la nature qui est la règle de ma pensée, de ma vie, de mes relations. Même, si autrefois nous avons connu le Christ selon la chair, ce n'est plus selon la chair que nous le connaissons maintenant — Connaître le Seigneur selon la chair, ce n'est pas le voir des yeux du corps ou avoir conversé avec lui, c'est le juger d'après ce que les apparences ou nos préjugés nous ont fait penser de lui. Saint Paul n'a vu le Seigneur que sur le chemin de Damas. En disant qu'il ne le connaît plus selon la chair, l'Apôtre signifie simplement qu'il le regarde aujourd'hui comme le

Page 1