‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 197 sur 663 · PLAIDOYER OFFENSIF CONTRE LES MOSAÏSTES · texte numérisé non relu

PLAIDOYER OFFENSIF CONTRE LES MOSAÏSTES

La longue parenthèse relative à la collecte est terminée ; mais il reste un poids sur le cœur de l'Apôtre. Nous avons pu déjà reconnaître la différence de ton qui existe entre les deux épîtres aux Corinthiens. La Première ne touche aux mosaïstes que d'une main légère : rien n'avait encore appris à l'Apôtre la portée et l'étendue de leur effort. Lorsqu'il écrit la seconde lettre, il se trouve plus averti par la défection des Eglises de Galafie, où le mosaïsme a réussi au delà de toute espérance, comme aussi par les informations que Tite a rapportées de Corinthe. Il comprend que pour lui c'est une campagne nouvelle qui commence : elle comportera un triple effort, marqué par la Deuxième aux Corinthiens, par l'épître aux Galates, par l'épître aux Romains.

A Corinthe, les docteurs du mosaïsme ont été limités dans leur prédication, et tenus en échec dans leur tentative par la résistance d'inertie que leur opposait l'éducation hellénique. Ce que nous savons da monde gréco-romain nous montre qu'il était beaucoup plus disposé à se moquer des pratiques juives qu'à s'y rallier. Pourtant les émissaires du judaïsme ont réussi à troubler la communauté. Avec la ténacité et l'habileté de leur race, ces faux apôtres, sortis de Jérusalem, n'ayant aucune mission régulière, jaloux seulement de maintenir contre la doctrine de saint Paul ce qu'ils appellent les droits du mosaïsme et de la foi, ont fomenté des divisions : Ego sum Pauli, ego aatem Apollo, ego vero Cephae ; et, venant de la première métropole du christianisme, munis par ailleurs des lettres de créance qu'ils ont facilement obtenues des Eglises, ils se sont donnés comme les représentants de la vraie et complète doctrine, de la via média également respectueuse de Moïse et de Jésus-Christ. Leur rôle est tracé d'à-

vance : ils grouperont ensemble les griefs les plus variés pour discréditer la personne et la doctrine de l'Apôtre. Son caractère tranché et résolu, les formules brèves et hautaines de sa doctrine prêtent d'ailleurs à la critique ; à Moïse il substitue Jésus crucifié par les Juifs ; à la loi, la liberté chrétienne. Il n'y a pas lieu, disent-ils, de s'étonner outre mesure de ses audaces : Paul est à peine un apôtre : réellement ^e n'est qu'un prédicateur de rencontre, sans mesure, mais aussi sans autorité. Il n'en est que plus intolérable quand il reprend avec une hauteur impérieuse et arrogante, comme s'il était le despote des communautés ; personnage versatile ; agneau de près, lion de loin ; le tout couronné par une vanité intolérable qui l'entraîne sans cesse à faire son éloge.

Il y a, dit le Sage, un temps pour parler, et un temps pour se taire. Dans des conditions analogues à celles-ci, le Seigneur s'est tu : Jésus autem tacebat ; et sainte Madeleine a gardé le silence. Nous avons déjà indiqué pour quel motif il n'était pas loisible à l'Apôtre de se taire, et de dédaigner. II était vraiment l'étendard de Dieu levé sur le monde ; il formait.l'anneau premier qui rattachait à Jésus-Christ la chaîne des fidèles. Sa cause était celle de Dieu et celle des âmes : il n'avait pas le droit de se dérober. Comme ceux qui aiment vraiment, il avait des haines vigoureuses. Ceux-là seuls haïssent fermement Satan et ses suppôts qui aiment Notre-Seigneur Jésus-Christ de toute leur âme. Et la charité ? dira-t-on. Oui, la charité pour les trompés, eût répondu l'Apôtre ; car enfin il y a une vérité, et il y a un mensonge ; il y a un bien, et il y a un mal ; il y a une santé, et il y a la peste ; et la seule charité qu'on doive à la peste est de la tuer, si on le peut ; et on le doit. Il y a un devoir rigoureux de dénoncer ceux qui empoisonnent les sources : le silence, la condescendance, ou même l'amnistie sous prétexte de charité ne sont alors que les formes de la lâcheté et de la trahison. L'Apôtre n'aurait pas été l'être de droiture et de loyauté, de courage et de tendresse que nous aimons en lui, s'il avait ménagé les ennemis de Dieu.

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