AVERTISSEMENTS ET SOUHAITS
l'impunité ; dans leur insolence ils veulent nous éprouver et s'assurer si nous sommes vraiment l'envoyé de Dieu : qu'ils s'éprouvent eux-mêmes et s'assurent qu'ils sont encore dans la foi. Surtout qu'ils en donnent la preuve par leur docilité. Ont-ils donc besoin, à moins d'être dès maintenant réprouvés de Dieu, d'avoir une garantie nouvelle de la mission divine de l'Apôtre ? N'est-elle pas amplement démontrée par tout ce qui s'est fait à Corinthe ? En tous cas, les révoltés et les libertins impénitents apprendront, mais à leurs dépens, que l'Apôtre, lui, n'est pas réprouvé de Dieu.
On a dit que tout père, même irrité, frappe à côté de son enfant. A l'heure même où il menace, l'Apôtre désire que sa menace soit vaine, et s'efforce de n'avoir aucune sentence sévère à prendre contre qui que ce soit. Il ne souhaite pas du tout faire montre du pouvoir que Dieu a placé en ses mains : il n'en usera que contraint et à son corps défendant. Il sera heureux de n'avoir pas à user de son autorité. Je demande à Dieu, dit-il, que vous soyez sans reproche, non afin de me glorifier du bien accompli par vous, mais afin que vous en ayez tout l'honneur, et que je n'aie, moi, qu'à m'éclipser et à disparaître, mon autorité n'ayant point matière sur laquelle elle se doive exercer. Car nous n'avons rien à faire que pour la vérité, non contre elle. La vérité et le bien, c'est tout un. Vous le savez, notre joie est de n'avoir pas à paraître. L'exercice de la contrainte et du châtiment étant en fonction de l'immoralité d'une société, là où l'ensemble est vertueux et bon, gouverner n'est plus contraindre ni menacer ; c'est, selon la pensée platonicienne, échanger des lumières avec des âmes dociles. C'est là le rôle effacé que l'Apôtre se souhaite, alors qu'il demande à Dieu pour les Corinthiens la gloire de la fidélité, leur union fraternelle parfaite. En leur écrivant comme il l'a fait, de loin, et sur ce ton austère qu'il a pris parfois, il n'a eu d'autre dessein que de s'épargner le devoir de sévir et de retrancher au moyen d'un pouvoir que le Seigneur lui a confié pour édifier, et non pour détruire.