‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 214 sur 663 · ADIEUX · texte numérisé non relu

ADIEUX

11 De cetero, fratres, gaudete, perfecti esfote, exhortamini, idem sapite, pacem habete, et Deus pacis et dilectionis erit vobiscum. 12 Salutate invicem in osculo sancto. Salutant vos omnes sancti. is Gratia Domini nostri Jesu Christi, et chantas Dei, et commanicatio sancti Spiritus sit cum omnibus vobis. Amen.

Les trois derniers versets forment la conclusion apaisée, affectueuse de toute l'épître. Je vous souhaite la joie, l'union, la charité mutuelle, l'entente, la paix ; à ce prix, le Dieu de la paix et de la charité demeurera avec vous. Saluez-vous mutuellement dans le baiser sacré. Tous les fidèles d'ici vous saluent. Que la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ, la tendresse du Père, la communion de l'Esprit-Saint soient avec vous tous !

ÊPITRE AUX GALATES

EPITRE AUX CALATES

II existe entre la Deuxième aux Corinthiens et l'épître aux Galates une parenté si étroite de situation, de circonstances historiques, de doctrine, de pensée et d'expression, que nous attribuons avec une entière confiance la rédaction de l'épître aux Galates à l'époque où nous sommes parvenus de la troisième expédition apostolique de saint Paul. Nous l'avons vu sortir d'Ephèse, le cœur navré de la défection de la Galatie, et des troubles de Corinthe ; s'arrêter un instant à Alexandria-Troas ; puis, dans son impatience d'apprendre ce qui se passe à Corinthe, aller en Macédoine au devant de Tite et de Timothée. C'est à Philippes, nous le supposons, qu'a eu lieu la rencontre : c'est de Philippes qu'a été écrite la Deuxième aux Corinthiens. Pendant que Tite, porteur de cette deuxième lettre, retourne à Corinthe, l'Apôtre, plus rassuré au sujet de l'Achaïe, et tout en poursuivant la visite des Eglises de Macédoine, porte maintenant sa pensée du côté de la Galatie, vers Antioche de Pisidie, Derbé, Iconium, Lystres, dont la désertion, coïncidant avec les troubles de Corinthe, lui a causé une désolation mortelle (II Cor., I, 8 ; VII, 5).

En Galatie et à Corinthe, c'est avec les mêmes ennemis" qu'il se mesure. Ils nous sont connus maintenant. Leur but est de réunir Moïse et le Christ dans une conception religieuse qui sauvegarde les privilèges et la situation du peuple autrefois élu de Dieu. Mais cette prétention qui s'achèvera dans l'ébionisme n'est pas accueillie partout avec la même faveur ; la doctrine judaïsante n'accomplit pas partout les mêmes ravages, les milieux où elle se produit n'étant pas également préparés à l'accueillir. Nous l'avons dit déjà, Corinthe était réfractaire à la propagande judaïque. Dans une ville grecque, artiste, de vie libre jusqu'à la licence, qui avait reçu avec enthousiasme la formule fameuse, impliquant abrogation de la loi mosaïque : Omnia mihi licent, — obliger à la pratique

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rituelle de la circoncision, à la distinction des viandes, à la séparation d'avec les païens eût été impraticable : le mosaïsme se dosa lui-même, ne proposant à Corinthe que le minimum de ses exigences, sauf à décrier avec plus d'acharnement la personne et la mission de saint Paul.

Mais dans la Galatie, une région moins cultivée et moins trempée d'hellénisme, parlant à des âmes plus simples, plus mobiles, plus accessibles à leur influence, plus dominées par leur autorité, les docteurs judaïsants eurent libre carrière. Sans doute ils n'épargnèrent pas l'Apôtre, s'attaquèrent à sa mission et à sa personne, le représentèrent comme un prédicateur sans autorité, ennemi de la loi divine et pourtant l'observant à ses heures, sous l'influence du caprice, tant il était versatile et changeant dans son humeur. Mais ils démasquèrent en Galatie un dessein qu'ils avaient dû voiler à Corinthe. Le mosaïsme, disaient-ils, est d'institution divine. Ses prescriptions ne sont pas abrogées par la doctrine du Christ, elles demeurent la condition de la justice et en forment partie. La loi antique n'a rien perdu de sa vigueur ; et le sceau de l'appartenance à Dieu est aujourd'hui, comme depuis Abraham, le rite sanglant de la circoncision... Les synagogues de la Galatie, qui autrefois s'étaient élevées violemment contre l'enseignement de l'Apôtre, se rallièrent à cette doctrine où elles se reconnaissaient et, sous l'influence combinée des Juifs du dedans et des docteurs du dehors, les Eglises, émues par une prédication qui semblait très sûre d'elle-même, se demandèrent s'il manquait en effet quelque chose à l'initiation chrétienne reçue de saint Paul ; les unes se soumirent, d'autres parurent ébranlées dans leur foi.

Mêmes ennemis, avons-nous dit ; même doctrine et mêmes procédés aussi aux mains de l'Apôtre pOur repousser l'effort dirigé contre sa mission et sa personne. Le ton seul change : il est des audaces et des familiarités que l'Apôtre se permettra avec les fidèles de Galatie et qui peut-être eussent rebuté les oreilles corinthiennes. Mais il est un point surtout où nous voyons se modifier sa manière : elle devient

plus impersonnelle et plus doctrinale. Ce n'est pas que la Deuxième aux Corinthiens ne fasse une large part à la doctrine (II Cor., III, IV, V), mais elle ne laisse pas que d'être consacrée en grande partie à un plaidoyer en faveur du ministère et de la personne de l'Apôtre. Dans l'épître aux Calâtes saint Paul semble se fatiguer déjà de l'apologie personnelle. Aussi bien les Eglises de Galatie, quatre fois visitées par lui, n'ont pas besoin qu'il se fasse valoir auprès d'elles ; dès lors la portion doctrinale est de beaucoup la plus considérable. Les deux premiers chapitres, où l'Apôtre parle encore de lui, sont plutôt de l'histoire que de l'apologie ; et nous voyons venir l'heure où, dans son épître aux Romains, il oubliera sa personne et négligera ses adversaires : ses méditations, la lecture de l'Ecriture Sainte, la controverse quotidienne avec les Juifs, l'inspiration divine auront mûri sa pensée ; elle se bornera dorénavant à un exposé impersonnel de la doctrine sur la foi et sur la loi, sur le caractère et les relations des deux Testaments, elle- se dépensera toute dans la description de la seule réalité qui soit pour lui intéressante : la vie surnaturelle.

Nous ne comprenons bien ces pages inspirées qu'à la condition de nous faire une âme antique et d'échapper, par une sorte de transposition mentale, aux conditions actuelles de notre vie chrétienne. Je n'oserais dire que les anciens aient été plus religieux que nous ; mais ils avaient à coup sûr un souci religieux plus profond que le nôtre. Aujourd'hui les chrétiens n'ont plus à marcher à la conquête de la vérité religieuse : ils l'ont trouvée dans leur berceau, ils se sont éveillés dans l'Eglise catholique, et n'ont pas eu à poursuivre une richesse qui d'elle-même était venue s'asseoir à leur foyer. Mais au siècle de saint Paul, une immense inquiétude planait sur les âmes ; le monde était en recherche active de la lumière : à ce souci profond, tragique, universel, voulu de Dieu, activé par lui comme une préparation à l'Evangile, les fables du paganisme et la mythologie courante étaient incapables de donner satisfaction. Un sacerdoce ignorant,

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tout occupé de rites matériels dont il avait oublié le sens ; une philosophie, plus habile à soulever des problèmes qu'à les résoudre, très puissante pour la critique, très hésitante à construire, et dont le dernier mot était qu'il fallait douter de tout. C'était bien peu pour les âmes. Dans leur dénûment elles allaient jusqu'à se faire initier aux mystères d'Eleusis, de Sérapis ou de Mithra, à ces religions orientales ou étrangères qui jouissaient alors d'une étonnante faveur.

C'est qu'en effet, au fond de l'âme humaine il n'y a vraiment qu'un intérêt, c'est d'être bien avec Dieu ; il n'y a qu'un problème, c'est de savoir ce que nous devons être pour lui plaire : toute créature intelligente crie vers Dieu avec anxiété, comme l'Apôtre : « Seigneur, que voulez-vous que je fasse?», ou comme les Juifs eux-mêmes, au jour de la Pentecôte : Quid faciemus, viri grattes ? Saint Pierre leur répondait ce que l'Eglise redit encore aujourd'hui : « Faites pénitence, recevez le baptême au nom de Jésus-Christ : vos péchés vous seront remis, et l'Esprit de Dieu vous sera donné. »

C'est la réponse chrétienne, la réponse éternelle et toujours actuelle. Par là les épîtres de saint Paul, au lieu de n'être que l'écho lointain de discussions chétives, demeurent l'expression d'une vérité qui ne vieillit pas ; car le problème auquel elles répondent est le problème de toute âme vivante : « Que faire afin de plaire à Dieu ?» Il y avait une réponse juive : observer la loi ; au pôle opposé, une réponse gnostique: s'élever par une science supérieure jusqu'à l'indifférence des actes et l'inamissibilité de la justice ; la réponse chrétienne était : pour être bien avec Dieu, pour être bien à Dieu, il faut entrer par le baptême dans la vie de Notre-Seigneur Jésus-Christ et lui demeurer uni par la foi, l'espérance et la charité. Cette réponse chrétienne qui résume la doctrine de saint Paul n'a rien perdu de son éternelle opportunité ; avec elle nous sommes au centre même du christianisme.

N'abusons pas des préliminaires et abordons l'épître aux Galates. Les six chapitres qui la composent peuvent à peu près se distribuer ainsi : les deux premiers sont de couleur

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