LES PREMIERS DIACRES
appartenant à l'hellénisme. Celles-ci se plaignirent : les Hellénistes prirent naturellement parti pour elles : c'est ainsi que naissent les contestations. Le problème fut porté devant les apôtres, sans doute avec une assurance respectueuse que toute émotion cesserait le jour où les chefs de la communauté, au lieu de déléguer le ministère de charité, le rappelleraient à eux et l'exerceraient eux-mêmes. Les apôtres n'y consentirent pas. Si éminente que fût, à leurs yeux, l'œuvre de charité à laquelle ils étaient conviés, ils placèrent au-dessus d'elle, dans la hiérarchie des valeurs surnaturelles, les devoirs essentiels qu'implique l'apostolat : « Non, dirent-ils à la communauté chrétienne assemblée : il n'est pas bon, il n'est pas selon Dieu que nous délaissions l'office de la parole pour servir aux tables. » C'était probablement à l'occasion du repas sacré ou de l'agape, le soir, que se faisaient les distributions de la charité chrétienne.
En se refusant à exercer eux-mêmes cet office, les apôtres s'efforcent néanmoins de donner satisfaction aux plaintes apparemment fondées des Hellénistes : « Choisissez parmi vous, disent-ils, sept hommes qui aient votre estime et soient remplis de sagesse et de l'Esprit de Dieu ; nous leur confierons cet office et leur donnerons l'investiture. Pour nous, nous demeurerons adonnés à la prière et à la distribution de la parole, plus haute et plus nécessaire que la distribution du pain. »
Même dans une glose rapide, nous ne saurions recueillir avec trop de soin la leçon que nous donne ce petit concile de l'Eglise. Toute la cause est portée aux apôtres : c'est à eux qu'il appartient, dans l'Eglise, de corriger, de gouverner, de pourvoir. Ils invitent la communauté à désigner les personnes, recueillent les témoignages, déterminent le nombre, les qualités personnelles exigées de ceux sur qui se portera le suffrage de la communauté. La désignation qui en sera faite par les Hellénistes ne sera pas une députation suffisante, ni n'aura le caractère d'une investiture directe ; la vertu reconnue des candidats ne leur créera pas un titre réel : comme
ils doivent être constitués en dignité, leur titre leur viendra tout entier de la puissance apostolique, de cette source surnaturelle dont leur office est une participation et un écoulement. Leur autorité leur viendra de cette même plénitude d'autorité constituée par le Seigneur dans les mains des apôtres.
La communauté applaudif à la décision apostolique. Quel qu'en ait été le mode, le choix de la communauté se porta sur Etienne, un homme plein de foi et rempli de l'Esprit de Dieu, sur Philippe, Prochorus, Nicanor, Timon, Parménas et Nicolas, un prosélyte, natif d'Antioche.
On a remarqué souvent que les noms de ces élus de la communauté ont tous une forme grecque et que sans doute ils avaient été choisis de préférence parmi les Hellénistes convertis, comme protestation contre les procédés des Hébreux. Je croirais plus volontiers que ces procédés parlementaires demeurèrent étrangers à l'Eglise primitive : c'est moins leur nationalité que leur équité et leur vertu reconnue qui ont appelé sur les sept candidats le suffrage de la communauté. L'argument tiré de leurs noms semble du reste porter à faux : on n'est pas Helléniste pour porter un nom de forme grecque: nul n'est plus hébreu que les deux apôtres André et Philippe : le radical de leur nom est pourtant emprunté au grec.
La communauté chrétienne offrit elle-même ses élus aux apôtres, qui leur imposèrent les mains, avec des prières : ainsi se complétait la hiérarchie sainte, en même temps qu'était apaisée l'émotion provoquée par les plaintes des veuves hellénistes. Tout semblait favoriser la société religieuse nouvelle : la parole de Dieu se répandait partout, le nombre des fidèles à Jérusalem allait croissant, un grand nombre dé prêtres, sans déserter encore la Synagogue, recevaient la foi : mais cet état prospère et florissant ne tarda pas à être violemment troublé et par le fait d'un de ces ministres récemment élus par la communauté et investis par les apôtres.
A partir de VI, 8 jusqu'au chapitre VIII, il ne sera parlé que de saint Etienne ; un autre diacre, saint Philippe, aura