LA PRÉDICATION DE SAINT ETIENNE ET SON ARRESTATION
8 Stephanus auteni, plenus gratia et fortitudine, faciebat prodigia et signa magna in populo. 9 Siirrexerunt autem quidam de synagoga, quae appellatur Libertinorum, et Cyrenensium et Alexandrinoram, et eorum qui erant a Cilicia et Asia, disputantes cum Stéphane : lo et non poterant resistere sapientiae, et Spiritui qui loquebatur. n Tune summiserunt viros, qui dicerent se audivisse eum dicentem verba blasphemiae in Moysen, et in Deum. 12 Commoverunt itaque plebem, et seniores, et scribas : et concurrentes rapuerunt eum, et adduxerunt in concilium, is et statuerunt falsos testes, qui dicerent : Homo iste non cessât loqui verba adversus locum sanctum, et legem. i4 Audivimus enim eum dicentem : Quoniam Jésus Nazarenus hic, destruet locum istum et mutabit iraditiones, quas tradidit nobis Moyses. is Et intuentes eum omnes qui sedebant in concilio, viderunt faciem ejus tanquam faciem Angeli.
A l'heure même où une portion de la Synagogue inclinait vers le christianisme et préparait ainsi la conversion de tous les Juifs religieux, une intervention se produisit, intervention providentielle qui faillit tout déconcerter. Dieu semble se jouer : après avoir choisi les Douze et avoir tout remis entre leurs mains, il confie au diacre Etienne le soin de marquer le caractère original et personnel de la société nouvelle. Préparée par le mosaïsme et née chez le mosaïsme, elle n'en est ni la continuation ni simplement une édition améliorée.
Avant la prédication de saint Paul, la prédication de saint Etienne est l'agent premier de cette évolution. Saint Paul est tout entier dessiné dans saint Etienne : oserons-nous le dire ? avec je ne sais quoi de plus agressif et résolu. Une grande plénitude de grâce et de foi avait mérité au saint
diacre le don des miracles. Son autorité sur le peuple et aussi l'ardeur de sa parole soulevèrent des curiosités, des surprises, des protestations, des rivalités. Nous l'avons fait remarquer déjà, autour de la grande Synagogue de Jérusalem et du Sanhédrin s'étaient groupées de nombreuses synagogues, centres de réunion pour les Juifs de l'étranger. Plusieurs d'entre elles s'étonnèrent de tout ce que la doctrine du saint diacre apportait de nouveautés : une grande décentralisation du culte et de la prière, celle-là même que le Seigneur avait promise à la Samaritaine (Joan., IV, 21), le caractère spirituel des observances, l'affranchissement des formes limitées et étroites du mosaïsme, le privilège des Juifs étendu, à toute la famille humaine ; tout était de nature à soulever d'énergiques protestations, et, il faut bien le dire, à arrêter le mouvement qui portait la Synagogue vers l'Eglise. Ce ne sont plus seulement les sadducéens que leurs doctrines et leurs souvenirs du Calvaire éloignaient de la jeune société chrétienne, ni les pharisiens zélateurs de la loi ; ce sont les synagogues de l'étranger qui se coalisent contre le nouvel enseignement. Chose remarquable, l'opposition vient surtout de la synagogue des affranchis, de celles de Cyrène, d'Alexandrie, et de plusieurs de la Cilicie et de l'Asie proconsulaire, en majorité occidentales et hellénistes. Lors de la prise de Jérusalem par Pompée en l'an 63 avant Jésus-Christ, nombre de Juifs avaient été réduits en esclavage et amenés à Rome. Ils s'y établirent, conquirent leur liberté (d'où leur nom de Libertini ou affranchis), et formèrent des prosélytes.
Ainsi à Jérusalem et dans le voisinage du Sanhédrin, les synagogues de langue hellénique elles-mêmes furent en partie hostiles à la doctrine nouvelle. Elles s'élevèrent contre Etienne, contestèrent avec lui et, incapables de résister à l'ardeur surnaturelle et à la sagesse de sa parole, usèrent contre lui du procédé employé contre le Seigneur lui-même : elles subornèrent de^ témoins assurant avoir recueilli des lèvres du saint diacre des paroles attentatoires à l'honneur de Moïse et à l'honneur de Dieu. Dès lors il existait un délit
d'ordre religieux, dont le Sanhédrin de nouveau fut saisi. II se dissimula tout d'abord, et, sans se découvrir, laissa l'opposition des Hellénistes suivre son cours, assuré qu'il était de voir la cause amenée devant lui. En effet, les imputations de blasphème ne tardèrent pas à soulever le peuple, à émouvoir les prêtres et les scribes, gardiens jaloux de la loi ; puis sans aucun doute sur un ordre de l'autorité religieuse, des émissaires se saisirent d'Etienne et le traduisirent devant le Sanhédrin réuni.
La procédure appliquée au premier martyr reproduit avec exactitude les formes usitées dans la nuit du Jeudi saint. Avec Etienne se présentent les faux témoins : « Cet homme, disent-ils, ne cesse de blasphémer contre le lieu saint et contre la loi. » Même ils reproduisent ses paroles : « Nous lui avons entendu dire que Jésus de Nazareth détruira le Temple, et abrogera les coutumes et les lois que nous avons reçues de Moïse. » Il y eut un silence ; après les dires de l'accusation, tous les regards se portèrent vers Etienne -,• spectateurs et juges virent briller sur ses traits un reflet de beauté, de lumière, de fermeté angélique.