DEUXIEME PARTIE
l'impuissance de la loi
Recueillons, avant d'entrer dans les deux chapitres de doctrine III et IV, tout l'enseignement des deux chapitres qui ont précédé. L'Evangile prêché par saint Paul, avec la loi de la liberté évangélique, avec l'affranchissement de toutes entraves mosaïques, cet Evangile est original, il ne vient pas des hommes, mais de Dieu. C'est à la source divine que l'Apôtre a puisé sa vocation, sa mission, sa doctrine. Cet Evangile a été maintenu par l'Apôtre contre tous adversaires; il a été reconnu et accueilli par les autorités de Jérusalem ; il a été nettement revendiqué en face de Pierre lui-même, ^à Antioche. Là, un incident, d'apparence menue, a soulevé la question d'où dépendent l'unité et l'universalité de la société chrétienne ; il s'agit en effet de savoir à qui nous appartenons définitivement, à la loi, ou à Jésus-Christ ; et, comme l'Apôtre l'a demandé, si la rédemption n'a été qu'une divine superfluité. Nous ne pouvons exagérer l'importance d'une doctrine qui a inspiré l'épître aux Galates, l'épître aux Romains, qui est tout au centre de la pensée de saint Paul.
Encore une fois, il n'y a pour l'homme, pour tout homme, qu'un seul intérêt : être bien avec Dieu, être dans l'amitié de Dieu. Cette condition s'appelle la justice, ou même la justification, si elle est obtenue après la faute ; la doctrine catholique lui donne le nom de « vie surnaturelle », et nous savons de l'Apôtre que cette vie surnaturelle est nôtre par notre insertion en la vie de Notre-Seigneur Jésus-Christ, grâce au baptême. Les mosaïstes prétendent que cet état de justice devant Dieu n'est acquis que moyennant la déférence aux prescriptions de la loi ; la pensée de saint Paul est au con-
traire que le chrétien n'a plus rien à demander à la loi, qu'il est mort pour elle, qu'il tient toute justice de son union à Jésus-Christ : en effet, si' la loi était capable de procurer la justice, pourquoi ce luxe inutile de la rédemption par le sang du Christ ?