ABRAHAM ET LA LOI
1 O insensati Galatae, quis vos fascinavit non obedire veritati, ante quorum oculos Jésus Christus praescripius est, in vobis crucifixus ? 2 Hoc solum a vobis volo discere : Ex operibus legis Spiritum accepisiis, an ex auditu fidei ? 3 Sic stulti estis, ut cum spiritu coeperitis, nunc carne consummemini ? 4 Tanta passi estis sine causa ? si tamen sine causa. 5 Qui ergo tribuit vobis Spiritum, et operatur virtutes in vobis : ex operibus legis, an ex auditu fidei ? 6 Sicut scriptum est : Abraham credidit Deo, et reputatum est illi ad justitiam.
7 Cognoscite ergo quia qui ex fide sunt, ii sunt filii Abrahae.
8 Providens autem Scriptura quia ex fide justificat G entes Deus, praenunciavit Abrahae : Quia benedicentur in te omnes Gentes. 9 Igitur qui ex fide sunt, benedicentur cum fideli Abraham. 10 Quicumque enim ex operibus legis sunt, sub maledicto sunt. Scriptum est enim : Maledictus omnis, qui non permanserit in omnibus, quae scripta sunt in Libro legis ut faciat ea. ^^Quoniam autem in lege nemo justificatur apud Deum, manifestum est : quia justus ex fide vivit. 12 Lex autem non est ex fide, sed, Qui fecerit ea, vivet in illis. is Christus nos redemit de maledicto legis, factus pro nobis maledictum :■ quia scriptum est : Maledictus omnis, qui pendet in ligno : 14 ut in Gentibus benedictio Abrahae fieret in Christo Jesu, ut pollicitationem Spiritus accipiamus per fidem.
L'Apôtre oublie l'incident qui forme le point de départ de sa discussion actuelle. Ce qu'il a dit à saint Pierre est déjà décisif, mais il ne se bornera pas avec les Galates à une réfutation sommaire, et le dévouement affectueux qu'il leur a
témoigné au cours de ses quatre visites l'autorise à le prendre de haut avec eux. Ce sont des étourdis ; et si l'Apôtre s'étonne qu'on ait pu les fasciner à ce point, il sent bien que c'était erreur, déraison, mais non apostasie. Il n'y a dans nos actes volontaires que ce qu'y met notre conscience. Pourtant la déviation déterminée en Galatie par les prédicateurs mosaïstes entraînait pour l'avenir de l'Eglise des conséquences dont le regard de l'Apôtre mesurait trop bien la gravité. Pour une question rituelle, pour une coutume qui prétendait se rattacher à saint Jean, la controverse des quartodécimans désola l'Eglise et plaça toute une partie de l'Orient sur la pente du; schisme ; il est facile de calculer sur ce seul exemple les chances que faisait courir à l'unité et à l'universalité de la société chrétienne l'effort qui prétendait la ramener aux servitudes d'autrefois.
La prédication de saint Paul s'était attachée, en Galatie comme à Corinthe, à placer sous les yeux des fidèles Jésus- Christ, et Jésus-Christ crucifié ; et ce, non pas seulement comme un fait historique, mais avec le cortège des conséquences que la rédemption entraîne pour toute notre vie nouvelle : l'insuffisance de la loi, puisque la rédemption avait été nécessaire ; l'inutilité de la loi, aujourd'hui que la rédemption était accomplie. Tout cela avait été, dès la première heure, solennellement annoncé aux Galates. Ils l'avaient cru. Avec la foi et le baptême, ils avaient puisé aux sources du Dieu Sauveur cette justice que la loi ne donne pas. La réalité de la vie surnaturelle s'était traduite extérieurement par les dons de l'Esprit, indice de son habitation substantielle dans l'âme des chrétiens. Mais alors, quel est ce prodige ? N'est-ce pas une espèce de fascination et d'ensorcellement ? Voyons, dit l'Apôtre, cet Esprit que vous avez reçu dans vos cœurs, ses dons, la justice, la vie surnaturelle, tout cela vous est-il' venu de la déférence à la loi mosaïque, ou simplement de votre docilité à notre prédication et de votre foi ? La loi mosaïque, vous ne la connaissiez même pas ! Mais alors,, c'est un cas de simple démence et de déraison ! Commencer
par l'Esprit, pour finir dans les pratiques matérielles ! Achever et perfectionner dans la chair l'initiation reçue dans l'Esprit ! Avoir tant souffert, avoir enduré persécutions et outrages, et tout cela en vain ! — Mais non, reprend l'Apôtre avec un accent d'espoir, ce ne sera pas en vain : vous reviendrez à moi. Vous vous demanderez à vous-mêmes, comme je vous le demande aussi, si le Dieu qui vous a donné son Esprit, et qui accomplit en vous des merveilles, a supposé en vous les œuvres de la loi, ou simplement votre docilité de cœur à notre prédication. (Les Eglises de Galatie, nous le savons par le récit des Actes, se composaient, en grande majorité, de Gentils convertis).
Pour l'Apôtre, discutant avec les Galates, mais contre les mosaïstes, il y avait une habileté souveraine à reprendre la thèse de saint Etienne (Actes, VII) et à transposer historiquement la question. Reconnaître en Abraham, de longs siècles avant la loi, la justice surnaturelle et l'amitié de Dieu, c'était montrer aussi à quel point la justice est indépendante de la loi, c'était ruiner le fondement du système mosaïste : et les ruines de ce système cesseraient elles-mêmes d'exister, la doctrine de saint Paul serait directement étabHe, s'il était constant que le procédé d'Abraham pour obtenir la justice n'est autre que le procédé chrétien. Or, telle est fort précisément la démonstration de l'Apôtre : Tout s'est passé en Galatie comme autrefois pour Abraham qui a cru, lui aussi ; et sa foi lui fut imputée à justice (Gen., XV, 6). Le texte hébreu dit : « Dieu le lui imputa à justice. » Dieu promettait à Abraham une postérité innombrable, et toutes les apparences étaient contre la parole de Dieu : Isaac n'était pas né, Sara stérile, Abraham avancé en âge. Le patriarche crut néanmoins, il crut à la parole et à la promesse de Dieu, il unit son âme à la pensée de Dieu : ce fut pour lui la source de la justice. La loi et ses œuvres étaient en retard de quatre siècles, la circoncision elle-même ne fut prescrite que vingt ans plus tard : cela nous montre que les vrais fils d'Abraham et les Jîéri tiers de la justice sont, non pas ceux qui se réclament