‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 226 sur 663 · NÉCESSITÉ DE LA FOI · texte numérisé non relu

NÉCESSITÉ DE LA FOI

de sa lignée charnelle, mais ceux qui se donnent à Dieu et entrent dans la justice surnaturelle par le procédé chrétien de la foi, qui est le procédé d'Abraham. Et c'est pour signifier cette effusion, sur la Gentilité, de la justice de la foi que quinze siècles à l'avance Dieu qui inspire l'Ecriture annonce à Abraham, qu'en lui toutes les nations seront bénies un jour ; bénies, c'est-à-dire amenées comme lui à la sainteté et à la justice surnaturelle ; bénies en lui, c'est-à-dire grâce à lui, grâce au Christ qui sortira de lui, et par le même procédé qui lui a valu à lui-même la justice. Cela étant, dit l'Apôtre, et la promesse de Dieu ne pouvant faillir, ce ne sont pas les hommes de la loi, ni les hommes de la lignée charnelle d'Abraham, c'est la postérité spirituelle d'Abraham, héritière et imitatrice de sa foi, ce sont les hommes de la foi, pour qui est faite la bénédiction du temps et de l'éternité : du temps par la justice, de l'éternité par le salut.

Quant aux autres, qui au mépris de la foi se réclament de la loi et des œuvres de la loi, ceux-là au lieu de la bénédiction demeurent sous le coup de l'anathème que prononce l'Ecriture (Deut, XXVII, 26) contre celui qui n'est pas fidèle à tout ce qui est écrit dans le livre de la loi, de manière à l'accomplir. Cette malédiction est suspendue sur la tête de tous ceux qui se réclament des œuvres de la loi. Car la loi ne fait que prescrire, défendre et menacer, elle irrite même la convoitise ; mais elle ne donne par elle-même aucune force pour accompHr ses propres prescriptions. La seule loi qui serait efficace et pourrait nous donner la vie, ce serait la loi écrite dans nos cœurs ; or elle ne peut y entrer par sa seule force ; il n'est que la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ et l'Esprit de Dieu qui puissent l'écrire en nous : scripta non I atramento, sed Spiritu Dei vivi ; non in tabulis lapideis, sed ' in tabulis cordis carnalibus. Mais la grâce et l'Esprit ne viennent pas de la loi. Eh quoi ! me direz-vous, n'était-il pas possible d'accomplir la loi même avant la rédemption? — Oui mais en vertu de la grâce, et d'une rédemption dont le bénéfice était acquis à l'homme avant même qu'elle fût

historiquement réalisée. L'Agneau était immolé dès l'origine du monde. Il reste que la loi ne suffisait à procurer ni la justification ni le salut ; et s'il en faut une nouvelle preuve, elle est dans l'affirmation du Prophète : « Celui-là seul vivra qui est juste par la foi» (Hab., II, 4). L'homme tombé, l'homme disjoint et brisé par sa chute, l'homme charnel a besoin non d'une loi, mais d'une transformation, d'une réédition de sa nature, d'une naissance nouvelle qui le porte d'Adam en Notre-Seigneur Jésus-Christ.

La vie surnaturelle est donc le fruit de la seule foi ; et la foi, nous venons de le voir dans l'exemple d'Abraham, nous le voyons aussi dans la vie de chacun de nous, consiste dans l'adhésion à Dieu. Le procédé de la loi n'a rien de commun avec celui de la foi ; sa formule est tout autre : nous la trouvons au Lévitique (XVIII, 5) : « Celui qui accomplira tous les préceptes vivra en eux. » Or la loi ne suffit pas à l'accomplissement de la loi ! Mais dès lors la malédiction est certaine, et l'anathème tombe de tout son poids sur celui qui se réclame de la loi sans en appeler à un autre élément, venant de Jésus-Christ, pour lui rendre possible l'accomplissement de la loi.

Tout cela est d'.une densité extrême, et la pensée rapide de l'Apôtre néglige les intermédiaires pour courir à son but dernier : nous avons néanmoins clairement reconnu que le fruit de la foi, c'est la bénédiction qui nous vient d'Abraham et de son Fils ; au lieu que la loi, la loi des œuvres à elle seule ne fait germer que la malédiction. Mais cette doctrine nous sera plus amplement expliquée par le VIP chapitre de l'épître aux Romains.

De cette malédiction impliquée dans la loi, et qui a pesé sur tout l'ancien monde, le Christ nous a délivrés. Mais à quel prix ? Eum qui non noverat peccatum, pro nobis peccafam fecit, ut nos efficeremur justitia Dei in ipso. C'est ainsi que parle la Deuxième aux Corinthiens (V, 21). L'expression nouvelle est empreinte de la même énergie. Pour affranchir de la malédiction notre nature, qui a pu tomber mais non se

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