‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 24 sur 663 · ET SON MARTYRE · texte numérisé non relu

ET SON MARTYRE

Le grand-prêtre donna la parole à l'accusé : « Est-il vrai, lui demanda-t-il, que vous vous soyez élevé en paroles contre Dieu, contre Moïse, contre le Temple ?» — La réponse de saint Etienne remplit presque tout le chapitre, et forme le plus long discours rapporté dans les Actes. Il serait facile, à un point de vue strictement littéraire, de critiquer la longueur disproportionnée d'un tel plaidoyer, pourtant encore inachevé et brusquement interrompu ; mais il est plus

facile encore de remarquer que si l'historien ne s'est pas reconnu le droit de réduire, de corriger, de remanier, comme son goût littéraire le lui eût infailliblement conseillé, c'est qu'il a voulu insérer en son récit, et tel quel, un texte authentique, recueilli peut-être par un témoin, soit même restitué par saint Paul lui-même, texte auquel il a dès lors conservé toutes les traces d'une improvisation rapide et ardente.

Il était d'ailleurs habile pour l'accusé de montrer que la loi et l'histoire mosaïque lui étaient familières, qu'il n'ignorait pas cette économie religieuse dont on le prétendait l'ennemi. Pour lui, accusé de blasphémer Dieu, accusé de méconnaître la loi et d'outrager le Temple, parcourir à grands traits tout le passé du mosaïsme, c'était donc se concilier l'attention, c'était aussi se ménager le moyen d'assigner à l'ancienne économie son caractère de préparation et de précarité. Jusqu'ici tous les contacts de la société nouvelle avec la Synagogue n'ont été que des incidents : le discours de saint Etienne forme la ligne de partage de deux économies et définit la direction nouvelle où l'Eglise s'engagera. Mais c'est déjà trop préjuger ce qui va suivre.

1 Dixit autem princeps sacerdotum : Si haec iia se habent ? 2 Qui ait : Vin fratres, et patres audite : Deus gloriae apparuit patri nostro Abrahae cum esset in Mesopotamia, priusquam moraretur in Charan, 3 et dixit ad illum : Exi de terra tua, et de cognatione tua, et veni in terrant, quam monstravero tibi. * Tune exiit de terra Chaldaeorum, et habitavit in Charan. Et inde, postquam mortuus est pater ejus, transtulit illum in terram istam, in qua nunc vos habitatis. 5 Et non dédit illi hereditatem in ea, nec passum pedis : sed repromisit dare illi eam in possessionem, et semini ejus post ipsum, cum non haberet filium. 6 Locutus est autem ei Deus : Quia erit semen ejus accola in terra aliéna, et servituti eos subjicient, et maie tractabunt eos annis quadringentis : "et

gentem cui servierint, judicabo ego, dixit Dominas : et post liaec exibunt, et servient mihi in loco isto. s Et dédit illi testamentum circumcisionis : et sic gênait Isaac, et circamcidit eum die octavo : et Isaac, Jacob : et Jacob, duodecim patriarchas. 9 Et patriarchae aemulantes, Joseph vendiderunt in Aegyptum : et erat Deus cum eo : lo et eripuit eum ex omnibus tribulationibus ejus : et dédit ei grafiam et sapientiam in conspectu Pharaonis régis Aegypti, et constituit eum praepositum super Aegyptum, et super omnem domum suam.

11 Venit autem James in universam Aegyptum et Chanaan, et tribulàtio magna : et non inveniebant cibos patres nostri.

12 Cum audisset autem Jacob esse frumentum in Aegypio, misit patres nostros primum .13 et in secundo cognitus est Joseph a Jratribus suis, et manijestatum est Pharaoni genus ejus. 14 Mittens autem Joseph accersivit Jacob patrem suum, et omnem cognationem suam in animabus septuaginta quinque. 15 Et descendit Jacob in Aegyptum : et defunctus est ipse, et patres nostri. i6 Et translatisunt in Sichem, et positi sunt in sepulcro, quod émit Abraham pretio argenti a filiis Hemor, filii Sichem. i^ Cum autem appropinquaret tempus promissionis quam confessas erat Deus Abrahae, crevit populus, et multiplicatus est in Aegypto, is quoadusque surrexif alius rex in Aegypto, qui non sciebat Joseph, i» Hic circumveniens genus nostrum, afflixit patres nostros ut exponerent infantes suos, ne vivificarentur.

Après avoir salué ses égaux et ses aînés, saint Etienne se prévaut auprès des Juifs de sa naissance et de sa condition de Juif. Il se déclare fils de la loi ; tout son discours ne sera qu'une longue profession de foi judaïque: «Hommes, mes frères et mes pères, leur dit-il, écoutez moi. Le Dieu de la gloire s'est montré à notre Père commun Abraham, alors qu'il était encore à Ur, sa première patrie, avant qu'il vînt habiter la ville de Haran. » En effet, Abraham a été appelé de Dieu à deux reprises, une première fois pour sortir de Ur en Chaldée (Gen., XV, 7), une seconde fois pour sortir

78 ACTES. — CHAPITRE VÏI

de Haran et se rendre en Palestine (Gen., XI, 31 et XII, 1). En la première vocation à laquelle saint Etienne fait ici allusion, Abraham est invité à abandonner sa patrie et sa parenté; il n'est pas encore invité à sortir de la maison de son père. Il obéit, se rend de Ur à Haran, où il séjourne avec sa famille. Saint Etienne (et bien d'autres l'ont suivi), sur la foi de la Genèse qui rapporte d'abord la mort de Tharé (XI, 32), puis la seconde vocation d'Abraham, a supposé qu'Abraham ne vint en Palestine qu'après la mort de Tharé ; mais la Genèse a parlé par anticipation, elle a rapporté la mort de Tharé pour en finir avec lui et dans le dessein de n'avoir plus à s'occuper ensuite que du seul Abraham. Ceci nous semble concilier et la parole de la Genèse, et de domo patris tui (XII, 1), et la chronologie biblique selon laquelle Tharé séjourna plus de cinquante ans à Haran, en Mésopotamie, même après le départ d'Abraham pour la Palestine.

Quoi qu'il en soit, Abraham, appelé par Dieu dans la terre de Palestine, n'en obtint pas sur l'heure la possession. • Dieu se borna à la lui promettre, à lui et, après lui, à sa race, alors qu'Isaac n'était pas né, ajoutant toutefois qu'avant d'entrer en la terre promise, sa postérité habiterait une région étrangère où elle aurait à souffrir durant quatre siècles. « Mais je jugerai, avait dit le Seigneur, le peuple oppresseur : la race élue lui échappera et me rendra gloire ici même. » Ainsi Dieu parlait aux Patriarches, les traitant comme des amis, les charmant de ses promesses, leur révélant les secrets de sa Providence longtemps avant Moïse et la loi, neuf ou dix siècles avant le temple de Salomon. L'amitié de Dieu n'est donc pas subordonnée à la loi ni à l'existence du temple, elle les a devancés de beaucoup. Abraham a été justifié, déclaré l'ami de Dieu, il a contracté alliance avec Dieu même longtemps avant la loi. Et le signe de la Circoncision n'a été, comme saint Paul le dira dans la suite, que le sceau charnel d'une justice antérieurement obtenue, un signe d'appartenance au peuple choisi. A l'heure reculée où Abraham fut père d'Isaac, Isaac de Jacob, Jacob des patriarches, les hom-

mes n'étaient pas étrangers à Dieu. Cette Providence affectueuse à l'égard de la famille élue s'est montrée avec éclat dans îa vie de Joseph, livré par ses frères, échappant à leur haine parce que « le Seigneur était avec lui, » Il le délivre de la prison, le remplit de sagesse, lui assure la faveur de Pharaon, il sauve l'Egypte de la famine et rend à ses frères le bien pour le mal. Ainsi la Providence accomplit la promesse faite à Abraham. Une famille composée, (d'après le recensement des Septante, dont saint Etienne adopte le texte), de soixante-quinze personnes, devient un grand peuple au cours de quatre siècles.

Même établis en la terre de Gessen, les Patriarches se considéraient comme citoyens de la terre de Chanaan, la promesse de Dieu leur était présente, et leurs ossements étaient transportés en la terre promise ; « on les ensevelissait à Sichem », comme il advint pour Joseph (Josue, XXIV, 32) ; « ou bien on les plaçait dans le tombeau qu'Abraham, encore étranger, avait acheté à prix d'argent, des fils d'Hémor, fils de Sichem ». Tel est le texte des Actes, qui confond ici la caverne de Macpelah à Hébron, achetée par Abraham d'Ephron le Hittite, pour en faire le tombeau de Sara, avec la portion de champ achetée par Jacob des fils d'Hémor, père de Sichem (Gen., XXXIII, 19) : les acquisitions étaient toutes deux dans la terre promise.

A première vue ce ne sont là que des longueurs injustifiées : pourquoi, en effet, ce long résumé de toute l'histoire juive ? Dire comme on l'a fait déjà, comme nous venons de le dire nous-même, qu'il y avait intérêt pour saint Etienne à montrer qu'il connaissait l'histoire de son peuple, ajouter même que les Juifs étaient toujours charmés de s'entendre redire les miracles dont le Seigneur avait semé leur histoire, ce n'est pas assez, nous semble-t-il, pour justifier ce long retour aux origines. Aussi le dessein de saint Etienne est-il plus étendu. La pensée juive était celle-ci : le mosaïsme, tel qu'il a été constitué de Dieu, fait corps avec le salut, avec la justice, avec la vie surnaturelle, avec l'amitié de Dieu. Là

seulement circulerait la sève divine. A rencontre de cette prétention, saint Etienne veut montrer la franchise de la justice, l'indépendance de la vie surnaturelle, et que l'amitié • de Dieu est libre de ces éléments de fait : le temple, la loi. En effet, si la vie surnaturelle et l'amitié de Dieu ont existé sur terre avant la loi, en dehors de la loi ; si le mosaïsme et ses prescriptions, nonobstant leur valeur symbolique, sont hors de proportion réelle avec le bien de la justice ; si les Juifs, comme il sera dit dans la suite, ne peuvent même pas se réclamer de leur fidélité pour prétendre à une possession exclusive de leurs privilèges religieux ; s'ils ont fourni à Dieu, par la faillite de la justice morale (Rom., II), le motif de l'abrogation ; enfin si cette abrogation elle-même a été prédite, il est amplement démontré que la justice surnaturelle et l'amitié de Dieu ne dépendent pas de la loi, ni ne lui sont subordonnées. Les Juifs sont déboutés de leurs prétentions jalouses. Mais ce dessein n'est encore qu'implicite dans le discours de saint Etienne.

LE MOSAISA4E

20 Eodem tempore natus est Moyses, et fuit gratus Deo^ qui nutritus est tribus mensibus in domo patris sui. ^^ Exposito autem illo, sustulit eum .filia Pharaonis, et nutrivit eum sibi in filium. 22 Et ■ eruditus est Moyses omni sapientia Aegyptiorum, et erat potens in verbis, et in operibus suis. 23 Cum autem impleretur ei quadraginta annorum tempus, ascendit in cor ejus ut visitaret fratres suos filios Israël. ^^ Et cum vidisset quemdam injuriam pattentem, vindicavit illum : et fecit ultionem ei, qui injuriam sustinebat, percussa Aegyptio. 25 Existimabat autem intelligere fratres, quonlam Deus per manum ipsius daret salutem illis : at illi non intellexerunt. ^^ Sequenti vero die apparuit illis litigantibus : et reconciliabat eos in pace, dicens : Viri, fratres estis, ut quid nocetis alterutrum ? 27 Qui autem injuriam faciebat proximo, repulit eum, dicens : Quis te constituit principem et judicem

MISSION DE moïse 8Î

super nos ? 28 Numquid interficere me tu vis, quemadmodum interfecisti heri Aegyptium ? 29 Fugit autem Moyses in verbo isto : et factus est advena in terra Madian, ubi generavif filios duos. ^0 Et expletis annis quadraginta, apparuit illi in deserto montis Sina Angélus in igné flammae rubi. si Moyses autem videns, admiratus est visum. Et accedente illo ut consideraret, facta est ad eum vox Domini, dicens : 32 Ego sum Deus patrum tuorum, Deus Abraham, Deus Isaac et Deus Jacob. Tremefactus autem Moyses, non audebat considerare. 33 Dixit autem illi Dominus : Solve calceamentum pedum tuorum : locus enim, in quo stas, terra sancta est. 34 Videns vidi afflictionem populi mei, qui est in Aegypto, et gemitum eorum audivi, et descendi liber are eos. Et nunc veni, et mittam te in Aegyptum. 35 Hune Moysen, quem negaverunt dicentes : Quis te constitua principem et judicem ? hune Deus principem, et redémptorem misit, cum manu Angeli, qui apparuit un in rubo. ^^ Hic eduxit illos, faciens prodigia et signa in terra Aegypti, et in rubro mari, et in deserto annis quadraginta.

Il peut être parlé de Moïse, maintenant que le discours: a non seulement insinué, mais démontré que l'amitié de Dieu a été assurée aux hommes longtemps avant lui. Ayant résumé la Genèse, saint Etienne parcourt rapidement l'Exode : la naissance de Moïse, prévenue par l'amitié de Dieu pour lui, et fuit gratus Deo ; il rappelle son éducation égyptienne, ses premiers rapports avec ses frères les fils d'Israël, le meurtre de l'Egyptien, le peu d'accueil que lui font ses frères, l'exil dans le pays de Madian. Le législateur choisi de Dieu parvient à un âge avancé : il est octogénaire, quand se présente à lui l'Ange de Dieu, celui qui depuis s'est manifesté dans la chair, O Adonai qui Moysi in igné rubi apparuisti et in Sina legem dedisti. Devant lui, comme devant une essence supérieure, Moïse tremble et n'ose lever les yeux ; le Fils de Dieu lui confirme sa mission de salut auprès d'un peuple opprimé. Puis viennent les plaies d'Egypte, la traversée de

la Mer Rouge, les quarante ans dans lé désert. Saint Etienne ne diminue en rien le rôle de Moïse, mais il le montre, au cours de sa vie, recevant son mot d'ordre du Fils de Dieu et de l'Ange qui en tenait la place ; puis, à l'heure de sa mort, prophétisant l'avènement d'un autre législateur, qui se lèvera en Israël, porteur d'une alliance et d'une loi définitives.

37 Hic est Moyses, qui dixif filiis Israël : Prophefam suscitabit vobis Deus de fratribus vestris, tamquam me, ipsum audietis. s s Hic est qui fuit in ecclesia in solitudine cum Angelo, qui loquebatur ei in monte Sina, et cum patribus nostris : qui accepit verba vitae dare nobis. 39 Qui noluerunt obedire patres nostri, sed repulerunt, et aversi sunt cordibus suis in Aegyptum, 40 dicentes ad Aaron : Fac nobis deos, qui praecedant nos : Moyses enim hic, qui eduxit nos de terra Aegypti, nescimus quid factum sit ei. 4i Et vitulum fecerunt in diebus illis, et obtulerunt hostiam simulacro, et laetabantur in operibus manuum suarum. 42 Convertit autem Deus, et tradidit eos servire militiae caeli, sicut scripfum est in libro prophetarum : Numquid victimas, et hostias obtulistis mihi annis quadraginta in deserto, domus Israël ? 43 Et suscepistis tabernaculum Molocti, et sidus dei vestri Rempham, figuras quas fecistis, adorare eas. Et transferam vos trans Babylonem. 44 Tabernaculum testimonii fuit cum patribus nostris in deserto, sicut disposuit illis Deus, loquens ad Moysen, ut faceret illud secundum formam quam viderat. 45 Quod et induxerunt, suscipienfes patres nostri cum Jesu in possessionem gentium, quas expulit Deus a fade pafrum nostrorum, usque in diebus David, 46 qui invenit gratiam ante Deum, et petiit ut invenir et tabernaculum Dec Jacob. 47 Salomon autem aedificavit illi domum. 48 Sed non Excelsus in manufactis habitat, sicut propheta dicit : 49 Caelum mihi sedes est : terra autem scabellum pedum meorum. Quam domum aedificabitis mihi ? dicit Dominas ; aut quis locus requietionis meae est ? so Nonne manus mea fecit haec ■omnia ?

Nous avons le droit de supposer que, comprenant trop bien la portée de ces paroles et l'abrogation du mosaïsme au profit d'un nouveau législateur religieux, l'assemblée se répandit en murmures. Cette protestation n'eut d'ailleurs d'autre fruit que de rappeler au saint diacre les rébellions sans nombre du peuple juif contre son Dieu. Qu'y avait-il d'étonnant à voir s'élever contre Etienne ceux qui n'avaient cessé, durant la vie de Moïse, de contester avec lui, et, au cours des siècles, de se révolter contre Dieu ? Le discours, provoqué, prend l'offensive. C'étaient des paroles de vie que leur apportait Moïse, mais le peuple refusait de les entendre, se détournant de lui, regrettant l'Egypte et, durant les quarante jours où le Prophète était au Sinaï, entraînant Aaron lui-même : « Faites-nous, demandaient-ils, des dieux qui marchent devant nous : car nous ne savons ce qu'est devenu ce Moïse qui nous a fait sortir de l'Egypte. » Ce honteux regret de l'Egypte et de son idolâtrie les amène à adorer le veau d'or, à lui offrir des sacrifices, ' à célébrer des fêtes religieuses devant l'œuvre de leurs mains.

Aussi Dieu méconnu les livre à leurs sens pervers, et après cette première impiété, les laisse se prosterner avec les Sabéistes devant Baal et les étoiles du ciel, infidélités sans nombre, mal compensées par des sacrifices sans vertu. « Des immolations et des offrandes d'animaux, demande Amos à la maison d'Israël, est-ce donc là ce que j'ai exigé de vous durant les quarante années du désert où nul sacrifice n'était possible?» (Amos, V, 25; Cf. Ps. XLIX ; Is., I, LXVI) « Même pour témoigner à quel dieu votre cœur était attache, vous n'alliez pas en captivité sans emporter avec vous la tente qui abritait l'impur Moloch, et l'astre de Saturne, et l'infinie variété de vos idoles. C'est pour cela, dit le Seigneur, <iue je vous enverrai au delà de Babylone, dans la terre de ces dieux que vous m'avez préférés. »

Nos pères, continue saint Etienne, avaient-ils besoin de tout cet appareil idolâtrique, eux qui, depuis la traversée du désert, possédaient au milieu d'eux le t^ibernacle du té-

moignage, la tente de séjour du vrai Dieu, que Moïse, selon l'ordre reçu au Sinaï, avait élevée à l'image de ce qu'il avait vu sur la sainte montagne, l'arche sainte entrée avec eux dans la terre promise et qui guida Josué à l'expulsion des tribus Chananéennes ? Le Temple n'existait pas alors. C'est David le premier qui en eut la pensée et voulut élever une demeure à Dieu. Encore l'œuvre ne fut-elle accomplie que par son fils Salomon...

, Ce long exposé de faits historiques amenait à conclure que le Temple lui-même, en qui se résumait le mosaïsme, n'avait qu'une existence de fait. Jérémie avait protesté déjà contre l'orgueilleuse sécurité des Juifs, pour qui le Temple de Dieu était un palladium, une garantie contre toute surprise fâcheuse : Templum Domini, templum Domini, templum Domini est (Jerem., VII, 4). Devant une assertion qui ravissait au Temple une valeur absolue et en quelque sorte personnelle, l'assemblée devint de plus en plus houleuse, en même temps que la parole d'Etienne s'armait d'une sévérité et d'une énergie croissantes.

Le Très-Haut, dit-il, ne saurait être limité à l'enceinte d'un édifice matériel, il n'a été au pouvoir ni de Salomon ni d'Hérode de lui bâtir une demeure digne de lui. Celui-là même l'a reconnu qui bâtit le premier temple (III Reg., VIII, 27). «Le ciel est mon trône, dit le prophète, la terre est l'escabeau de mes pieds. Quelle demeure me ferez-vous qui soit à ma taille, et quel sera le lieu oti je pourrai, à l'aise, prendre mon repos ? N'est-ce pas ma main qui a créé toutes choses?» (Is., LXVI, 1).

Page 1