LA LOI ET LA FOI
fidélité des parties ; si l'une se retire, l'autre redevient libre. Au jour de la promesse il n'y a en face d'Abraham que Dieu seul : c'est de la part de Dieu un engagement tout gracieux, plusieurs fois répété, garanti par serment ; il n'existe en ce cas ni intermédiaire, ni condition : la promesse est absolue, éternelle, affranchie de la caducité impliquée dans les circonstances mêmes de la loi (Ps. LXXXVIII, 34-35).
Est-ce donc qu'il y a antagonisme entre la loi et la promesse, et que la loi après de longs siècles a pu démentir et annuler les promesses de Dieu ? — Non, dit l'Apôtre, à jamais non. C'est ce que nous a déjà dit le verset 17. La promesse a devancé la loi. La promesse est absolue. Sans doute le Seigneur est souverain. Il aurait pu donner à la loi le pouvoir de conférer la vie et la justice. Aussi longtemps que la loi demeure extérieure à nous, elle est impuissante et ne fait germer que le péché : elle n'est efficace et justifiante que lorsqu'elle entre dans notre vie et est gravée dans notre cœur. Alors elle est vraiment source de justice. Et Dieu aurait pu sans doute employer un procédé direct, et décerner à la loi ce privilège de justifier. Mais l'Ecriture qui nous révèle la pensée de Dieu nous apprend qu'il y a eu une promesse, et que jusqu'au jour de son accomplissement, il a plu à Dieu que l'humanité tout entière demeurât captive et sous le joug du péché, pour qu'elle eût le loisir de reconnaître, au milieu de son impuissance, que la justice est manifestement le fruit de la promesse, non de la loi, et obtenu par la foi en Jésus- Christ.
Ainsi, poursuit l'Apôtre, sous le règne de la loi nous étions maintenus et gardés par elle, comme sous une longue entrave, en vue de la foi qui allait venir. La fonction de la loi ressemblait aux lisières tutélaires' dont on emprisonne un enfant pour réduire ses mouvements et le garder contre luimême, en attendant l'heure de sa force. La loi était toute en vue de la promesse et de la foi. Elle était une entrave, elle était un guide aussi. Elle avait pour dessein de diriger vers le Christ — source divine d'une justice qu'elle ne possède
pas, — les pas chancelants des Juifs. Elle nous orientait vers la vraie lumière. Aujourd'hui n'ayant plus d'office, elle s'efface devant le Christ à qui elle se rapportait tout entière. Hier j'avais besoin de Moïse, de la synagogue, de la loi. Mais dès que le Christ est venu et que la foi m'a fait un avec lui, je n'ai plus besoin de guide ni de précepteur ; le Christ me suffit, même à moi, Paul, Juif de religion et de nation. Et vous Galates, vous êtes tous comme moi les enfants de Dieu, parce que, par la foi, vous êtes entrés dans la vie du Fils de Dieu. Car c'est là le sens vrai du baptême. Tout baptisé échappe à Adam et revêt Notre-Seigneur Jésus-Christ. La robe blanche du baptisé n'est que l'indice de la justification de son âme et de la vie surnaturelle, qui est la vie de Notre- Seigneur Jésus-Christ en lui. Toute créature dit Dieu, tout chrétien dit Jésus-Christ. Et cette vie du Seigneur est tellement une réalité qu'elle nous ramène tous à l'unité de l' Homme-Dieu ; qu'elle supprime et abolit les divisions nées du péché, les distinctions venant de la pluralité/ les différences mêmes qui naissent de la nature physique. Il n'y a plus de Grec et de Juif, les privilèges sont étendus à l'infini et sont communs à toute l'humanité régénérée ; il n'y a plus d'esclave et de libre, dans une même et glorieuse noblesse due au sang du Christ ; il n'y a plus d'homme et de femme, ils sont tous deux appelés à une même dignité et pureté surnaturelle. On dirait qu'il n'y a plus qu'un seul agent, un seul homme dont l'Eglise forme le corps tout à la fois réel et mystique, animé de son Esprit.
Mais, conclut l'Apôtre, si vous êtes au Christ, si vous êtes quelque chose de lui, et comme entraînés dans l'unité de son être vivant, c'est donc vous qui êtes la vraie race d'Abraham, la race bénie, la race des fils puisque vous êtes dans le Fils de Dieu, les héritiers par conséquent de cette terre des vivants dont la terre promise n'était qu'un symbole (Gen., XII, 7).
Il n'est guère de page plus dense que celle-ci dans toutes les épîtres de saint Paul. Il n'en est que plus nécessaire d'en