‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 25 sur 663 · LE MARTYRE · texte numérisé non relu

LE MARTYRE

51 Dura cervice, et incircumcisis cordibus et auribus, vos semper Spiritui sancto resistitis ; sicut Patres vestri, ita et vos. 52 Quem Prophetarum non sunt persecuti patres vestri ? Et occiderunt eos, qui praenuntiabant de adventu Justi, cujus vos nunc proditores et homicidae fuistis. ss Qui accepisfis

legem In dispositione Angelôrum, et non custodistis. ^4 Audientes aatem haec dissecabantur cordibus suis, et siridebant dentibus in eum. 55 Cum aatem esset plenus Spiritu sancto, intendens in caelum, vidit gloriam Dei, et Jesum stantem a dextris Dei. se Et ait : Ecce video caelos apertos, et Filium hominis stantem a dextris Dei. ^'^ Exclamantes aatem voce magna continuerunt aares suas, et impetum fecerunt unanimiter in eum. ss Et évidentes eum extra civitatem lapidabant : et testes deposuerunt vestimenta sua secus pedes adolescentis, qui vocabatur Saulus. ^^ Et lapidabant Stephanum invocantem, et dicentem : Domine Jesu, suscipe spiritum meum. 60 Positis autem genibus, clamavit voce magna dicens : Domine, ne statuas illis hoc peccatum. Et cum hoc dixissef, obdormivit in Domino. Paulus autem erat consentiens neci ejus.

C'était plus que n'en pouvait supporter l'auditoire. Devant cette critique de la conception juive du Temple, devant cet effort pour découronner Jérusalem, il y eut une explosion de colère... Vous êtes bien, poursuivit saint Etienne, les fils de vos pères, les rebelles d'autrefois, les jaloux et les orgueilleux, au cœur incirconcis, aux oreilles toujours fermées à la vérité, les éternels révoltés contre l' Esprit-Saint. Vos pères ont persécuté les prophètes, ils ont mis à mort ceux qui leur prédisaient la venue du Juste ; et vous, lorsque ce Juste est venu, vous l'avez trahi et crucifié. Vous avez tout méprisé de Dieu, et la loi nouvelle que vous repoussez, et la loi ancienne que vous avait confiée le ministère des Anges et que vous avez vingt fois trahie !

On pressent l'effet produit par ce ferme réquisitoire. La fureur éclata enfin. La parole de saint Etienne fut subitement interrompue, moins encore par les violences d'une foule soulevée tout entière contre lui que par une vision surnaturelle qui s'offrit soudain à ses yeux. Rempli comme il l'était de l'Esprit-Saint, il leva le regard vers le ciel ; la gloire de Dieu lui fut montrée, et, à la droite de Dieu, le Sauveur debout, dans l'attitude dé celui qui aide son martyr, combat

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avec lui, et vient au-devant de lui pour le secourir. « Voici, dit-îl aux Juifs, que les cieux sont ouverts devant moi, je vois le Fils de l'homme se tenant à la droite de Dieu. » Le Fils de l'homme, le Sanhédrin savait bien celui qui était ainsi désigné. Il n'y avait pas dix ans encore que Caïphe et son conseil avaient entendu des lèvres du Seigneur les mêmes paroles : Amodo videbitis Filium hominis sedentem a dextris Dei, et venientem in nubibus caeli (Matth., XXVI, 64). Ce souvenir n'était pas effacé. Et voici qu'un Visionnaire prétendait apercevoir à la droite même de Dieu, sur le trône de Dieu, celui que la Synagogue avait excommunié, réprouvé, mis en croix.

Un ie\ blasphème était intolérable. Hors d'eux-mêmes, les Juifs couvrent par leurs cris la voix de saint Etienne, ils se bouchent les oreilles afin de ne plus entendre de telles horreurs. Tous ensemble ils se précipitent sur le saint diacre, et l'entraînent hors de la ville. Tout se passe selon la loi et comme il a été prescrit au Lévitique (XXIV, 11-16 et 23). Aussi longtemps qu'Israël avait vécu dans le désert, l'enceinte du camp était réputée sacrée et nulle peine capitale n'y pouvait être infligée. Jérusalem, et, dans l'interprétation des docteurs, toutes les cités juives entourées de murailles, jouissaient du même privilège. Le Seigneur a été crucifié exfra castra (Hebr., XIII, 12-13). Selon les formes régulières il y avait d'abord excommunication, puis mise à mort. Et d'après la loi du Lévitique ceux qui avaient entendu le blasphème (testes) en portant les premiers coups désignaient le coupable à la vindicte du peuple entier. Ici, les témoins étaient légion. Ils se dépouillèrent de leurs vêtements de dessus, ne gardant que la tunique, sans doute pour être plus libres et plus sûrs dans leurs mouvements ; et, laissant leurs vêtements à la garde d'un jeune homme appelé Saul, se mirent en devoir de lapider Etienne. Le premier chrétien qui donna sa vie pour le Sauveur a reproduit les circonstances de la mort du Sauveur lui-même. Là où le Seigneur avait dit : Pater, in manus tuas commendo spiritum meum, saint Etienne, en

union avec lui, dit à son tour : Domine Jesu, suscipe spiritum meum. Atteint mortellement, il tomba sur les genoux et pria à haute voix : « Seigneur, ne leur imputez pas ce péché. » Après quoi il rendit l'âme. Le Seigneur avait dit aussi r « Père, pardonnez-leur, ils ne savent ce qu'ils font. » Saul entendit-il la dernière prière d'Etienne ? On ne saurait le dire : une chose est sûre, c'est qu'il approuvait cette violente procédure, et comme le dit le dernier verset du chapitre, qu'il applaudissait à la mort d'Etienne, en attendant de recueillir son esprit et sa mission.

Il existe pourtant, entre le drame du Calvaire et le martyre de saint Etienne, une différence extérieure notable : saint Etienne est mis à mort par les Juifs, le Seigneur a été crucifié par la main des Gentils. A l'heure où, Pilate, indécis, fatigué, veut renvoyer à la Synagogue une question importune : « Prenez-le, dit-il aux Juifs, et jugez-le selon votre loi. » Les Juifs lui répondent : « Nous n'avons pas le droit de mettre à mort.» Nobis non Ucet - interficere quemquam.

Même réduite en province romaine, une région soumise gardait, nous le savons, une large part de son autonomie. La conquête romaine ne bouleversait pas de fond en comble le pays conquis. L'impôt, l'occupation réelle, sous la forme d'une garnison romaine, d'autant plus réduite que la région était plus paisible ; le contrôle assidu, mais bienveillant du magistrat provincial, quel que fût son nom, proconsul, légat, procurateur, telles étaient les clauses au prix desquelles on entrait en jouissance de la paix romaine. Cependant les autorités municipales continuaient à expédier les causes moindres ; seuls les crimes emportant la peine capitale étaient du ressort du magistrat romain. Or, dans le martyre de saint Etienne, nous n'apercevons nulle trace de l'intervention romaine : le Procurateur n'est pas saisi, nul centurion, pas de soldats romains ; la Synagogue prononce seule, et seule exécute sa propre sentence. Pour expliquer cette infraction aux règles ordinaires, on a pu songer que saint Etienne avait été victime d'une poussée tumultueuse^ d'une sédition violente-

provoquée par l'ardeur de sa parole. Il faut avouer que cette explication s'accorde peu avec les circonstances : un châtiment infligé selon les termes et les formes prescrites par la loi, une peine capitale infligée hors de la ville, les témoins appelés à frapper, et avant dé frapper se dépouillant de leurs vêtements, tout ressemble plus à une exécution régulière qu'à un accès de fureur aveugle. Puis, le lendemain du martyre, nulle poursuite n'est, de ce chef, dirigée contre les meurtriers : ce qui n'eût pas manqué sans doute, si l'autorité romaine avait été méprisée et que l'on eût entrepris sur ses droits. Non seulement les Juifs ne sont pas molestés, mais la persécution inaugurée par le martyre de saint Etienne se poursuit avec violence. N'est-ce pas une preuve que les rapports du Sanhédrin avec l'autorité romaine ne sont plus ce qu'ils étaient à l'époque de la Passion du Sauveur ? La main romaine se fait moins sentir. Nous ne sommes plus sous le règne de Tibère. Durant les sept premiers mois de Caligula (Mars 37-38) le monde romain respire, les rênes de l'empire jusque-là fermement tenues se relâchent, une réaction se produit contre les actes de Tibère ; Agrippa et Hérode Antipas sont en grande faveur, Jérusalem bénéficie auprès de Caligula d'avoir été la première cité de l'Orient à le saluer empereur, et recouvre quelque chose de son autonomie religieuse. II nous semble naturel de rapporter à cette époque (37), huit ans après la mort du Sauveur, le martyre de saint Etienne, et de dater ainsi, de façon au moins approchée, la conversion de saint Paul.

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