‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 240 sur 663 · CONSÉQUENCES DE LA LIBERTÉ · texte numérisé non relu

CONSÉQUENCES DE LA LIBERTÉ

d'une influence tout intérieure, en pleine spontanéité surnaturelle. Le seule, danger de cette doctrine si vraie et si haute, c'est qu'elle prête à de fâcheuses interprétations, auxquellesl'Apôtre n'a pas échappé, nous le savons. La liberté a été mal entendue. Il en est qui n'ont voulu voir dans la liberté évangélique que l'affranchissement de toute loi, la liberté de la convoitise, l'insignifiance des œuvres. Non, dit l'Apôtre, l'élimination de la servitude des sens et de la servitude de la loi, en un mot la liberté chrétienne ne nous est donnée que pour agir selon la pensée de Dieu, sous l'influence de l'Esprit, dans une disposition de charité qui, ayant banni l'égoïsme,. nous fasse aimer notre prochain comme nous-mêmes et nous dévoue à ses intérêts. — Et qu'on ne dise pas que tout ceci n'est qu'un escamotage pour restituer la servitude, alors que l'Apôtre lui-même nous dit : servite invicem. Celui qui parlerait ainsi oubUerait qu'il n'y a pas d'oeuvres serviles, mais seulement des dispositions serviles, et qu'il n'y a nulle trace d'esclavage là où, sans contrainte et dans la joie, je n'obéisqu'à l'Esprit et à la charité. C'est mon être tout entier qui se porte au bien voulu de Dieu comme à un programme aimé.-. Déjà précédemment (II Cor., III, 17), comme dans un éclair, saint Paul nous a dit : Ubi Spiritus Domini, ibi libertas ; mais c'est dans les lignes que nous étudions maintenant qu'il nous donne le rapport intime qui dans notre vie surnaturelle unit ces trois éléments : l'Esprit, la liberté, la charité. Nous somrnes vraiment au centre de sa pensée. Sans doute les mosaïstes pouvaient s'indigner contre cette prédication de liberté, réclamer en faveur de la loi morale, trop oubliée selon eux, et imputer à l'Apôtre les conséquences dangereuses qu'en tiraient des chrétiens mal avisés (Rom., III, 5-9). Mais il leur répond d'un mot : Il n'y a qu'une loi, la charité. Celui qui aime accomplit toute la loi. C'est aussi la pensée du Seigneur (Matth., XXII, 36-40). La loi dans ses^ préceptes n'est que morcellement de la charité. La charité élimine tout égoïsme, et dès lors toute contestation, toute rivalité, toute division, tout ce qui menace ou ruine la joie et la vie chrétienne.

En Galatie comme à Corinthe, le mosaïsme en troublant les communautés les avait à l'intérieur divisées contre ellesmêmes. Rappeler aux chrétiens la loi de la charité est donc deux fois justifié, alors que la prédication juive, en provoquant les discussions et les rivalités, réveillait les égoïsmes. Non, dit l'Apôtre, obéissons à l'Esprit, au principe intérieur de notre vie surnaturelle et gardons-nous des tendances de la chair. — La chair, pour lui, c'est l'égoïsme, c'est tout l'ensemble des dispositions et tendances insoumises à l'action de Dieu. Car nous portons en nous, même après le baptême et notre renaissance spirituelle, un foyer de désirs et de convoitises opposées à l'Esprit de Dieu. Dès lors, au centre de nous-mêmes, il existe un conflit entre la chair tendant à reprendre son empire d'autrefois, et l'Esprit maintenant le sien. La volonté égoïste recherche son bien et se heurte aux exigences de l'Esprit ; la volonté spirituelle veut le bien et ressent en elle l'inertie créée par la volonté antagoniste : c'est ainsi que ni l'une ni l'autre des deux volontés ne peut se porter librement vers son bien propre. Loin d'apaiser ce conflit, la loi (Rom., VII) ne fait que le rendre plus aigu encore et plus tragique. La loi est une des forces du péché et de la chair. Et le conflit ne s'apaise qu'à l'heure où, réédités en Notre-Seigneur Jésus-Christ, nous nous laissons guider par l'Esprit et lorsque toutes les œuvres de l'égoïsme ont perdu leur charme.

On pouvait dire à l'Apôtre que ces considérations étaient relatives à un ordre de choses invisibles, qu'il était facile de se faire illusion et d'imputer à l'Esprit de Dieu des directions qui venaient de la chair. L'Apôtre ne le conteste pas, mais il fournit au moins un indice visible qui nous fait connaître l'esprit à qui nous obéissons. L'arbre, ici encore, se reconnaît à ses fruits. Les œuvres de la chair, dit-il, celles qui procèdent de l'amour de soi, ont un nom : elles s'appellent la fornication, l'impureté, la luxure ( ytyéKyeia a été traduit deux fois par la Vulgate), l'idolâtrie, la magie, la haine, la discorde, la jalousie, la colère, les disputes, les dissensions, les divi-

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