PRÉPARATION DE L'ÉVANGILE
naturelle de l'Incarnation et de la Rédemption, avec les fruits bénis de cette Rédemption pour toute l'humanité, accueillie de nouveau, grâce au sang versé, dans les faveurs de Dieu.
Quod ante promiserat per Prophetas suos in Scripturis sandis. Regardons les versets 2-6 comme une parenthèse. Le nom de l'Evangile a été prononcé ; l'Apôtre n'a pu se borner à une simple mention et s'empresse, au moyen de cette parenthèse, d'exalter l'Evangile auprès de la communauté romaine, en majorité composée de Juifs. L'Evangile a ses racines dans le mosaïsme : le Christ n'est pas un être improvisé, météorique, sans précédent. A proprement parler le christianisme n'est pas un nouveau venu. Il n'y a pas dualité, mais unité profonde dans l'histoire religieuse. Il a toujours été question de Jésus-Christ : même il n'a jamais été question que de lui. Il a été promis, attendu et prophétisé avant de paraître ; ses ancêtres sont connus ; l'Evangile est autorisé par l'Ancien Testament : les titres du christianisme sont aux mains des Juifs. Montrer ainsi l'étroite suture qui unit l'Evangile et l'ancienne loi, n'était-ce pas ruiner par avance la rivalité que le judaïsme croyait apercevoir entre l'un et l'autre, et grouper tous les siècles devant Notre-Seigneur Jésus-Christ ?
Nous savons par saint Luc que c'est tout l'ensemble de l'Ancien Testament qui rend témoignage au Seigneur : la Loi, les Prophètes, les Psaumes (Luc, XXIV, 21, 44). Si l'Apôtre n'a ici parlé que des Prophètes, c'est peut-être que les Juifs dispersés dans la Gentilité lisaient plus habituellement les Prophètes que la loi de Moïse. La loi, en effet, dans son intégrité ne pouvait être observée que par ceux qui habitaient Jérusalem ou les environs, non par les Juifs de la Diaspora ; de plus les prophètes formaient dans le judaïsme, en vertu d'une destination providentielle, ce que nous appellerions volontiers l'élément progressiste. En même temps qu'ils tenaient les esprits attachés à l'avenir messianique, ils avaient aussi pour fonction de le préparer, d'élargir et d'assouplir la loi, de rompre les entraves du mosaïsme, en un mot d'être, avant la lettre même de l'Evangile, des apôtres et des évangélistes.
L'Esprit prophétique se reposait parfois sur des hommes qui appartenaient à la hiérarchie sacerdotale, un Jérémie, un Ezéchiel : chose remarquable, c'est précisément chez eux que se rencontraient les allusions les plus formelles et les plus explicites à l'abrogation de la loi et à l'avènement de l'économie nouvelle (Jerem., XXXI, 31-35 ; Ezech., XXXVI, 22-33).
De Fïiio suo, qui factus est ei ex semine David secundum carnem. La promesse de Dieu contenue dans l'Ecriture, la bonne nouvelle qui forme la matière de l'Evangile, concerne le Fils de Dieu. Il est l'objet des Prophéties et de l'Evangile. C'est par lui que nous viennent la rémission des péchés, la grâce et la faveur de Dieu, l'assurance de la vie éternelle. La doctrine de la Trinité est ici supposée connue ; mais la doctrine de l'Incarnation est explicitement proposée. L'Apôtre nous parle du Fils de Dieu : or le Fils de Dieu est Dieu, et sa préexistence éternelle est impliquée non pas seulement dans son nom, mais dans l'affirmation que, selon la chair, il est né de la race de David, apparenté par conséquent avec Israël tout entier.
Qui praedestinatus est Filius Dei in virtute. Il est né, selon la chair, de la race de David. Saint Paul n'a point voulu se réduire à une affirmation, mais montrer 'de plus à quel signe on reconnaît en Notre-Seignéur Jésus-Christ le vrai Fils de Dieu. La traduction de la Vulgate qui praedestinatus est Filius Dei est inexacte ; elle suggère un sens difficile, encore que le Docteur Angélique l'ait ramené à des termes orthodoxes (Sum. TheoL, 3% quaest. XXIV, art. 1 ; In Epist. ad Rom., cap. I, lect. 3), et qui lui attirèrent, d'ailleurs, les critiques d'Erasme et de Richard Simon. N'entrons pas dans la querelle, et observons seulement que le participe ôpt,(j9£VToç signifie désigné, marqué, défini, démontré. Celui-là même qui s'est revêtu de la chair, a été clairement révélé aux yeux du monde. A le voir extérieurement comme l'un d'entre nous, on aurait pu se méprendre ; mais afin que nul ne pût lui contester sa dignité, des indices éclatants ont témoigné de sa filiation divine. Cette filiation étant éternelle et invisible, des