LE FILS DE DIEU
indices divins pouvaient seuls la mettre hors de doute. Dieu n'a pas laissé son Fils sans témoignage. Sa filiation a été affirmée avec une autorité irrécusable par l'effusion de l'Esprit de Dieu, de l'Esprit de sainteté qui s'est répandu sur le monde dès le jour 014, ressuscité d'entre les morts, Notre- Seigneur Jésus-Christ est allé porter à son Père la rançon du monde. L'Esprit de sainteté dont il est parlé, c'est indivisiblement l'Esprit de Dieu, et la sainteté créée dont il est en nous le principe : secundum Spiritum sanctificationls.
Il n'est personne qui puisse méconnaître ce qu'il y a de décisif en faveur de la filiation divine de Notre-Seigneur Jésus-Christ dans l'effusion de vie surnaturelle obtenue à dater de la Résurrection, de l'Ascension, de. la Pentecôte. Ailleurs, saint Paul l'a appelée une création, xaiv-Vj xtict!.?. Et ce fut une création vraiment. Une intelligence qui par privilège eût assisté au spectacle de la création matérielle et contemplé les êtres surgissant du néant à la voix de Dieu, n'eût-elle pas salué et adoré dans cet acte d'une prodigieuse efficacité la toute-puissance divine ? Il n'est que Dieu pour commander de la sorte au néant. C'est là pourtant ce qui s'est accompli dans le monde au lendemain de la Résurrection du Seigneur. Même le prodige a été plus grand ; il a été accompli dans les volontés humaines, plus rebelles que le néant. Il n'y avait rien, rien que souillure et corruption, et voici que l'axe moral du monde s'est déplacé, que la sainteté, c'est-à-dire la vie du Seigneur, est venue transformer les âmes, renouveler l'homme intérieur, embraser l'humanité tout entière, témoignant de son efficacité tout à la fois et par les vertus qu'elle inspire, et par les dons charismatiques qui en sont l'expression. Mais il faut être Dieu pour obtenir Dieu ; et une rançon infinie, celle présentée par le Fils de Dieu, était seule capable d'acheter ce bienfait : nondum enim erat Spiritas datas, quia Jésus nondum erat glorificatus (Joan., VII, 39). Aussi, n'est-ce qu'après le sacrifice accompli que le fruit en a été donné au monde. La seule révolution religieuse et morale opérée au lendemain de la résurrection est une glorieuse manifestation
de la divinité de celui qui l'a accomplie : « definitus » est Films Dei in virtute secundum Spiritum sanctificationis ex resurrectione mortuorum fesu Christi Domini nostri. La résurrection de Notre-Seigneur a été le signal de la résurrection du monde, plongé jusque-là dans les ténèbres et l'ombre de la mort : or nul ne peut, si ce n'est le Fils de Dieu, donner aux hommes de devenir les enfants de Dieu ; nul, si ce n'est le Fils de Dieu, ne peut donner aux hommes l'élément transcendant de leur vie surnaturelle, l'Esprit de Dieu, qui est son Esprit,
Per quem accepimus. D'un trait rapide, l'Apôtre nous indique et la source d'où ont jailli tous les biens surnaturels, et le procédé selon lequel s'est accomplie la grande révolution religieuse. De même que c'est par le Seigneur que nous nous adressons à son Pèr.e, car il est médiateur de nous à Dieu, c'est aussi par le Seigneur que tous biens surnaturels nous viennent de Dieu, car il est médiateur de Dieu à nous. De lui nous est venue la grâce qui est le bien de tous, et Vapostolat qui est le privilège de quelques-uns, mais dans l'intérêt de tous.
La grâce, yâp'.^K Nous retrouverons le même mot au verset 7 comme formule de souhait aux Romains. Mais puisqu'il se présente ici pour la première fois, arrêtons-nous un instant devant lui pour reconnaître exactement son contenu. Il a eu une fortune singulière. Ses acceptions sont diverses ; et l'on peut dire de lui qu'il forme le noyau de l'épître entière. Si variées qu'elles soient, les significations de ce mot grâce sont pourtant coordonnées entre elles. Dans la langue de l'Ecriture, gratia (en grec x^-p!.?), c'est la beauté ; c'est aussi la bienveillance ou la faveur, provoquée par la beauté ; c'est enfin la gratitude, le retour du cœur reconnaissant vers la bienveillance. Dans l'intérêt de tout ce qui va suivre, observons l'échelle de ces acceptions. Nous trouvons la première dans ces paroles du Psaume XLIV : Diffusa est gratia in labiis tais. C'est la beauté, le charme, « c'est la grâce plus belle encor