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LA GRÂCE DE L'APOSTOLAT

que la beauté », en un mot : ce qui fait aimer. Cette première valeur du mot gratia nous conduit à la seconde, qui est le Iruit de la première et son résultat assuré. Le cœur s'incline vers la beauté, et la beauté sollicite la bienveillance, l'affection, la faveur. L'Ange dit à la Vierge : Invenisti gratiam apud Dominum (Luc, I, 30). Encore devons-nous aussitôt observer, pour dessiner d'avance la pensée de l'Apôtre, que la bienveillance première en Dieu est toujours gracieuse : au lieu de supposer la beauté, Dieu fait lui-même la beauté de ce qu'il aime ; son premier amour est sans motif réel du côté de la créature ; et, de plus, la bienveillance de Dieu est effective, non pas simplement platonique et de pure complaisance. Il n'y a rien dans le néant qui puisse solliciter Dieu à la création ; il n'y a rien dans la créature qui appelle la première tendresse surnaturelle de Dieu : c'est la doctrine même de l'Eglise : Debetur merces bonis operibus, si fiant ; sed gratia, quae non debetur, praecedif ut fiant. Ce n'est pas que Dieu ne s'incline à bon escient : car sa bienveillance est active et créatrice, elle produit au sein de l'âme qu'il aime la raison même de l'amour qu'il lui porte. Dieu crée en l'âme l'état de grâce, la condition intérieure où nous "établit la bienveillance ou la faveur de Dieu dans l'ordre surnaturel. — Reste enfin la troisième et dernière acception du mot gratia : elle est, à son tour, le corollaire et le fruit de la bienveillance témoignée, de la faveur reçue : c'est la reconnaissance ou gratitude provoquée par le bienfait et remontant vers le bienfaiteur.

Dans le verset 5 l'Apôtre prend le mot grâce au sens de la vocation commune à la vie surnaturelle ; Yapostolat est la grâce surajoutée, spéciale, privilégiée, de ceux qui ont été choisis pour être auprès des hommes les ambassadeurs de Dieu, les délégués du Seigneur lui-même : Pro Chris fo legatione fungimur, tanquam Deo exhortante per nos (II Cor., V, 20). Elle a les mêmes caractères que la grâce première ; mais elle est plutôt une gratia gratis data, implique une mission spéciale, avec une plénitude de juridiction, de doctrine

et d'autorité spirituelle qui l'élève au-dessus de toute dignité créée, si ce n'est la maternité divine.

Ad obediendum fidel. C'est le caractère de la mission apostolique ; elle a été confiée à saint Paul afin d'incliner devant la foi toute intelligence, et ce parmi toutes les nations. Même en s'adressant à une communauté largement composée de Juifs convertis, l'Apôtre ni n'oublie, ni ne laisse oublier sa mission personnelle, qui concerne plus spécialement la Gentilité (Act., XXII, 21 ; Gai., II, 7, 8).

Nous voici de nouveau en face d'une expression, la. foi, qui, comme celle de grâce, mérite un peu d'examen, à raison de l'importance qu'elle aura dans toute la doctrine.de l'Apôtre, et spécialement dans l'épître aux Romains. Qu'est-ce que la foi, fides, tûlc-tiç, devant qui l'Apôtre prétend courber toute intelligence (II Cor., X, 4, 5) ? Au sens objectif, la foi, c'est le Symbole lui-même, c'est l'ensemble des vérités surnaturelles qui viennent de Dieu, nous sont proposées par l'apostolat ou par l'Eglise (qui est apostolique), et sollicitent notre assentiment avec l'autorité de Dieu même. Au sens subjectif, la foi, c'est l'assentiment intellectuel, l'adhésion de pensée par laquelle nous accueillons et faisons nôtre la vérité ou la promesse de Dieu. La pauvreté des langues, et peut-être aussi l'affinité mutuelle des éléments signifiés, a donné à ce terme de foi le sens d'un engagement personnel résultant d'une . promesse, d'un contrat, d'une parole donnée et qui exige notre fidélité. Nous disons, en effet : j'ai engagé ma foi, .y'ai donné ma foi.

Ecartons, malgré son intérêt, cette dernière acception pour distinguer, dans notre adhésion intellectuelle, trois moments successifs auxquels l'usage de l'Ecriture donne le nom de foi. Peut-être ce procédé nous aidera-t-il à comprendre mieux l'Apôtre, et même à écarter de la langue théologique certaines obscurités.

N'y a-t-il pas, chez un adulte qui arrive au christianisme, un premier instant de foi où l'homme reconnaît en Notre- Seigneur Jésus-Christ une autorité et une puissance de salut

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