LA FOI
à laquelle il se rend et se range ? C'est l'heure où il dit de cœur et de bouche, comme l'officier de la reine d'Ethiopie : Credo Filium Dei esse Jesum Christum (Act., VIII, 37). II reconnaît dès lors, dans une véritable expression de foi, que ie Seigneur est élevé au-dessus de tous les hommes, qu'il est le Maître et le Sauveur, de qui nous recevrons dans l'ordre surnaturel ce que nous désirons, tout ce que nous ne pouvons recevoir que de lui, et dont nous avons infiniment besoin.
Pourtant cet acte de foi n'est encore qu'un préliminaire ; nous le voyons dans le passage même des Actes que nous venons de citer. Le catéchumène princier comprend que ce préambule ne lui suffit pas, et demande le baptême, que le diacre Philippe ne fait nulle difficulté de lui accorder : si créais ex toto corde licet.. C'est le second instant de la foi, celui où l'homme se donne à Dieu, s'engage à Dieu par Jésus- Christ. Ne nous arrêtons pas aux apparences. Ne contestons pas avec la vaine difficulté qui nous détournerait d'assimiler le baptême à un acte de foi complet, entier, engageant notre vie tout entière ; mais observons que l'acte de foi préliminaire dont nous avons parlé ne sauve vraiment que lorsqu'il s'achève dans le baptême : Qui crediderit et baptizatus fuerit, salvus erit (Marc, XVI, 16). — Nisi quis renatus fuerit ex aqua et Spiritu sancto, non potest introire in regnum Dei (Joan,, III, 5). — Christum habitare per fidem in cordibus vestris (Eph., III, 17). Dans cet acte de foi complet la vie éternelle est assurée : Fides, quid tibi praesfat ? Vitam aeternam. C'est là, en effet, que s'accomplit notre union, ou, comme le dira l'Apôtre, notre incorporation à Notre-Seigneur Jésus- Christ. Notre salut est virtuellement, selon l'Apôtre, impliqué dans notre baptême ; et le salut par la foi, dans sa pensée c'est le salut cherché et obtenu, non par la loi, non par les oeuvres de la loi, mais dans et par l'appartenance à Notre- Seigneur Jésus-Christ. Nous ne pouvons qu'indiquer ce point de vue, que l'étude de l'épître (chap. V et VI) mettra en pleine lumière.
Il y a donc une foi préliminaire, il y a une foi complète et
achevée dans le baptême ; il y a aussi et enfin une foi qui est un corollaire. Si je me suis donné au Seigneur, si je lui appartiens et si je vis en lui, si je suis conséquent avec l'engagement contracté ; en un mot, si je prends mon parti de mon union vivante avec le Seigneur, sa pensée sera ma pensée, la vérité enseignée par lui et par son Eglise, qui est encore lui, sera dès lors accueillie par moi, et la vertu théologale de la foi ne sera pas autre chose que l'acceptation comme mienne de toute vérité que le Seigneur m'aura enseignée.
Revenons au texte : dans le cas présent, ad obediendam jidei, la foi est prise au sens objectif, et peut-être n'est-il pas superflu d'observer qu'il existe dès lors une formule authentique de la vérité religieuse que l'apostolat propose partout avec une souveraine autorité ; un dépôt sacré que l'Apôtre garde avec soin et que ses disciples sont invités à respecter religieusement (II Tim., II, 15).
In omnibus gentibus : cette foi est proposée à toutes les nations.^Au lieu de se confiner dans les limites étroites d'une région de la Syrie, Dieu retourne à tous les hommes ; il veut reconquérir l'ensemble de l'humanité. La prédication universelle de la doctrine, son acceptation universelle, tout cela est à la gloire de Dieu : pro nomine ejus ; in laadem gloriae gratiae suae, comme l'Apôtre dira plus tard aux Ephésiens (I, 16). Jérusalem est partout maintenant, et Dieu est montré à toutes les nations.
In quibus estis et vos vocatl fesa Chrlsfi. Au sein de ces nations, sans distinction de ceux qui sont venus de la gentilité et de ceux qui sont venus du judaïsme, vous êtes, vous aussi et comme tous les chrétiens du monde, désignés par le nom même du Seigneur, et marqués comme étant à lui, à lui, non à un autre, fût-il Moïse lui-même. — Il y a dans ces paroles une allusion anticipée à toute la doctrine qui va suivre : non seulement la vocation des chrétiens leur vient de Notre-Seigneur Jésus-Christ, mais le nom du Seigneur est prononcé sur eux ; ils appartiennent vraiment à Celui de qui le nom les désigne, et ont part à sa filiation. Mais aussi ces quelques
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mots ont la valeur d'une transition : nous n'avons vu depuis le P'' verset, que la personne qui écrit, et sa relation étroite à l'Evangile, dont il a été parlé depuis le verset 2 : la parenthèse 2-6 se ferme ici, et le verset 7 nous apprend ceux à qui écrit l'Apôtre et les vœux qu'il forme pour eux : omnibus qui sunt Romae, dilectis Dei, vocatis sandis.
Reportons-nous par la pensée à l'heure oij ces paroles ont été écrites, et après avoir reconnu qui est Paul, regardons à quelles âmes il s'adresse. Elles sont assurément, nous l'avons dit déjà, moins distraites et moins préoccupées de choses séculières que ne le sont les chrétiens d'aujourd'hui. Il y avait dans l'ancien monde sinon plus d'esprit religieux, du moins plus de souci des choses religieuses, et, surtout en Orient, plus de loisir et une part plus large pour l'âme et l'intelligence. La vie générale était plus affectée par les problèmes religieux, plus soucieuse et plus occupée de Dieu. Nous autres, nous avons trouvé toutes les solutions de la foi dans notre berceau. Mais à l'époque de l'Apôtre, Dieu avait créé et cultivé dans le monde les dispositions d'anxiété intérieure qui devaient aider à la diffusion du christianisme. Le sacrifice du Calvaire était d'hier ; une immense espérance, à la voix des apôtres, avait secoué le monde ; les âmes s'interrogeaient inquiètes : Qu'est-ce que Dieu pour nous ? Que sommes-nous devant lui ? Comment lui plaire ? Est-ce à Moïse, est-ce à Jésus-Christ qu'il faut appartenir ? Y a-t-il des relations entre Dieu et nous ? et sommes-nous, pour lui, un objet de pitié, ou de répulsion, ou de bienveillance ? — Combien apaisante était la réponse de l'Apôtre, et avec son autorité éminente, quelle joyeuse certitude elle apportait aux chrétiens de Rome : aimés de Dieu ! — non qu'ils fussent naturellement aimables; mais embrassés qu'ils étaient dans la vie même du Seigneur, l'amour de Dieu ne pouvait plus se détourner de ceux qui avaient reçu le sang, la vie, la noblesse de son Fils. Non seulement appelés saints, appelés à être saints ; mais saints par le fait de leur vocation et de leur insertion vitale en Notre-
Seigneur Jésus-Christ, communiant à sa sainteté, par le fait de leur baptême et de leur fidélité.
Après avoir précédemment essayé de définir ce qu'est la grâce, ce qu'est la foi, dans la pensée de l'Apôtre et dans la langue de l'Ecriture, pourquoi ne nous arrêterions-nous pas un instant encore pour reconnaître le contenu exact de cette expression, sainteté ? C'est la dernière fois, nous le promettons au lecteur, que nous retardons l'exposé par une recherche de détail. Nous aurons d'ailleurs tout dit, dès que nous aurons remarqué que ce terme sainteté implique une triple valeur : une valeur physique, une valeur rituelle, une valeur morale. Mais ceci a besoin d'explication.
Sainteté, c'est pureté, ou exclusion de tout élément inférieur ; c'est l'être sans souillure, le métal sans rouille et sans alliage, le diamant sans sa gangue (ôcyioç, de a privatif, et yeioç), c'est Dieu sans ténèbres et sans changement : Deus lux est et tenebrae in eo non sunt ullae..., apud qaem non est transmutatio nec vicissitudinis obumbratio. C'est l'acception la plus familière à l'antiquité, à l'hellénisme surtout.
La deuxième acception est rituelle et plus particulière au peuple juif. Dieu étant sainteté, ce qui était en relation spéciale avec lui était par là mis à part, séparé du profane, affecté à Dieu, voué à son service ; la sainteté de Dieu rejaillissait sur les personnes et les choses qui lui appartenaient à titre spécial. C'est la conception de la sainteté devenant rituelle, liturgique, dirions-nous volontiers ; dans cette acception la personne ou l'objet est dit saint par destination. Il est facile de reconnaître cette conception de la sainteté au chapitre XI du Lévitique, 43-46 ; au chapitre XIX, 2 ; au chapitre XX, 7 ; et saint Pierre se met à ce même point de vue en sa première épître (I, 13 ; II, 10).
La troisième acception ne fait que réunir et étendre les deux premières en donnant à la sainteté le sens d'une consécration réelle ou personnelle, d'une affectation à Dieu moyennant une élévation de dignité, quelquefois par une transformation morale. Ne convient-il pas, en effet, pour l'honneur