‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 248 sur 663 · LA PAIX AVEC DIEU · texte numérisé non relu

LA PAIX AVEC DIEU

de Dieu, que ce qui l'approche et lui sert échappe à l'usage profane, non pas seulement par une dénomination extérieure, mais par une information positive, réelle, permanente, qui l'élève en quelque sorte au plan de Dieu? Dans la pensée chrétienne, la sainteté, au lieu de consister dans l'élimination de toute souillure, ce qui est négatif ; au lieu d'être réduite à une simple destination exclusive ; au lieu surtout de n'être revêtue que d'une pureté légale, ce qui demeure extérieur et insuffisant ; la sainteté, dis-je, implique consécration réelle, transformation morale et profonde, qui fait de la créature un être nouveau, et de ceux qui sont baptisés aujourd'hui, des hommes étrangers à ce qu'ils étaient hier ; car ils sont renés, édités surnaturellement en Notre-Seigneur Jésus-Christ.

A ces aimés de Dieu, qui ont puisé la sainteté à sa source, l'Apôtre adresse son souhait, selon la forme épistolaire usitée communément : Gratia vobis et pax a Deo Pâtre nostro, et Domino Jesu Christo.

Un apôtre, s'adressant à des enfants de Dieu, au lieu de se borner au simple ya^pE des Grecs, ou à la paix des Juifs, groupe en son souhait les deux formules en leur donnant un sens surnaturel et chrétien- : il demande à Dieu pour eux tous la grâce d'abord, et la faveur de Dieu ; puisque c'est par cette faveur et cette tendresse que tout commence. Il demande aussi la paix, c'est-à-dire la réconciliation avec Dieu, l'attachement à Dieu, l'union de volonté avec lui. Le sens profond de ce souhait nous sera donné au P'^ verset du chap. V, lorsque l'Apôtre dira : fustificati ex fide pacem habeamus ad Deum, per Dominum nostrum Jesum Christam.

Mais déjà nous apercevons le fruit de la révolution religieuse qui vient de s'accomplir. Depuis la faute originelle, la joie des relations premières avait pris fin ; il y avait éloignement et mésentente entre Dieu et sa créature : l'homme en avait sourdement conscience et, comme Adam, fuyait devant Dieu. Ceux-là mêmes qui semblaient être les privilégiés n'avaient encore reçu que l'esprit de servitude et demeuraient sous l'empire de la crainte, spiritum servitutis in timoré.

Aujourd'hui que la faute est effacée, il n'y a plus d'inimitié, mais seulement la grâce ou la faveur de Dieu sur l'homme, la paix et la concorde entre l'homme et Dieu. Tous les griefs sont effacés par le sang du Seigneur, l'harmonie règne, les relations d'autrefois sont renouées. Je sais bien, dit l'Apôtre, qu'on se souhaite vulgairement et dans la teneur des lettres communes, le yarps et le salut ou la paix ; mais il s'agit maintenant d'une grâce et d'une paix qui viennent de Dieu le Père, la source de tout don parfait, et de Notre-Seigneur Jésus-Christ, par qui la grâce et la paix descendent vers nous. (Il n'y a pas lieu de s'arrêter à la traduction d'Erasme : « de Dieu qui est notre Père et le Père de Notre-Seigneur Jésus- Christ, » elle est écartée par la formule de salutation, qui commence la lettre à Tite).

Ici s'arrête la salutation de l'Apôtre, additionnée de la parenthèse des versets 2-6. Tout l'ensemble qui suit, du verset 8 au verset 17, forme transition. Avant d'entrer dans l'exposé doctrinal qu'il médite, l'Apôtre veut, par un échange affectueux, témoigner de l'intérêt qu'il porte à la communauté romaine, et disposer les âmes à accueillir sa parole.

ACTION DE GRÂCES

8 Primum quidem gratias ago Deo meo per Jesum Christurti pro omnibus vobis : quia fides vestra annuniiatur in universo mundo. 9 Testis enim mihi est Deus, cui servio in spiritu meo in Evangelio filii ejus, quod sine intermissione memoriam vestri facio, lo semper in orationibus meis : obsecrans, si quomodo tandem aliquando prosperum iter habeam in voluntate Dei veniendi ad vos. n Desidero enim videre vos : ut aliquid impertiar vobis gratiae spiritualis ad confirmandos vos : 12 id est, simul consolari in vobis per eam, quae invicem est, fidem vestram, atque meam. i3 ]S[olo autem vos ignorare, fratres : quia saepe proposai venire ad vos, (et prohibitus sum usque adhuc) ut aliquem fructum habeam et in vobis, sicut et in ceteris gentibus. i4 Graecis, ac Barbaris, sapienti-

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