‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 250 sur 663 · DESSEIN DE L' APOTRE · texte numérisé non relu

DESSEIN DE L' APOTRE

l'accomplissement de son désir. De fait, ce sera précisément l'opposition judaïque qui amènera saint Paul en cette Rome qu'il désirait visiter.

Quel était donc le motif de ce pressant désir ? Le voici : apporter aux Romains, avec sa parole, un surcroît de grâce et de force spirituelle. Desidero enim videre vos : ut aliqaid impertiar vobis gratlae spiritualis ad confirmandos vos : id est, simul consolari in vobis, per eam qaae invicem est, fidem vestram aique meam. Les réflexions qui précèdent nous ont avertis déjà que le dessein de l'Apôtre est de prémunir les communautés chrétiennes en général et l'Eglise de Rome en particulier, contre l'effort des judaïsants. Dès lors, il est aisé de reconnaître la qualité de cette grâce spirituelle et de cette force chrétienne qu'il veut apporter aux Romains. En dehors même de ce surcroît de conviction qui vient de l'Esprit de Dieu et de la parole apostolique qui en est le véhicule, la forme même de l'enseignement de l'Apôtre était singulièrement apte à affermir la foi. Il y a., sans doute, une part d'activité sanctifiante dans chaque parcelle de la doctrine surnaturelle ; il faut remarquer toutefois que cette construction d'ensemble,, cette unité systématique où saint Paul excelle est le lieu privilégié où l'intelligence se repose. Ce que sa parole ne peut faire sur l'heure, sa lettre le fera. Son autorité était reconnue au loin ; elle devait l'être pour qu'il pût, sans apparence de témérité, s'adresser comme docteur à une Eglise qu'il n'avait pas fondée. Telle est pourtant la discrétion de l'Apôtre que, pour éviter toute marque de hauteur et de supériorité, il tempère aussitôt par une formule infiniment humble ce qu'il y avait d'autorité dans son expression première : il ne veut, il n'a voulu, lorsqu'il a formé le dessein de voir Rome, que recueillir lui-même le bénéfice spirituel d'un contact avec les Romains ; fortifier, sans doute, et être fortifié aussi ; c'est l'encouragement mutuel (o-uvTrapaxlTjQviva!.) que l'Apôtre et les- Romains, les Romains et l'Apôtre se donneront par le spectacle de leur commune foi.

^iVo/o autem vos ignorare, fratres : quia saepe proposut

ventre ad vos, (et prohibitas sum usque adhuc) ut aliquem fructum habeam et in vobis, sicut et in ceteris gentibus. La formule initiale est familière à l'Apôtre. Il veut que les Romains sachent bien que son désir de les voir n'est pas demeuré platonique : il n'a pas tenu à lui que ce désir se réalisât plus tôt. Peut-être les difficultés qui se sont élevées à Corinthe et ont sollicité une troisième visite de l'Apôtre ontelles formé l'obstacle. Mais outre que d'instinct il aimait les centres populeux et les capitales, toutes les directions suivies par lui l'orientaient vers Rome ; sauf peut-être le premier voyage en Asie-Mineure, avec Barnabe. On eût dit que le pôle vers lequel il se dirigeait, c'était le centre même de l'em.pire rom.ain. Com.m.ent, si les embûches des Juifs et les troubles amenés par leur prédication ne l'avaient retenu, comment celui qui avait parcouru presque tout l'empire, parlé à toutes les nations, visité les grandes villes du monde romain, n'eût-il pas été tenté de couronner son apostolat par cette démarche décisive, une visite à Rome ? Avec son âme de conquérant l'Apôtre ne se fût pas arrêté en chemin : il s'y serait rendu déjà et sa parole y eût produit cette fermeté de conviction qu'il semait autour de lui.

Graecis, ac Barbarîs, sapientibus et insipientibus dcbitor sum : ita (quod in me) promptum est et vobis, qui Romae estis, evangelizare. Ce n'était donc ni la vanité ni un entraînement naturel qui le guidait vers Rome, mais la sollicitude apostolique, et le bien à procurer aux âmes. Sans doute, un esprit difficile aurait pu taxer de présomption la hardiesse qu'il prenait de s'adresser ainsi, non seulement à une église qui ne se réclamait pas de lui, mais à toutes les nations du monde connu. Mais il faut savoir ce qu'est un apôtre. « Malheur à moi si je n'annonce pas la doctrine du Seigneur », pensait-il. Vae milti si non evangelizavero. Parler du Christ, pour moi c'est une dette pressante, une obligation sans trêve, qui se confond avec la dette de charité que l'on acquitte chaque jour sans l'éteindre jamais. Je ne suis pas libre de Tne taire, débiteur que je suis de la parole de vérité envers

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