‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 251 sur 663 · L'EVANGILE · texte numérisé non relu

L'EVANGILE

tous, quels qu'ils soient. Grecs et Barbares, civilisés et non civilisés, sages et ignorants. Impérieuse en tout temps, cette dette devient plus rigoureuse lorsque les doctrines judaïsan tes circulent partout, dans le dessein perfide de diminuer le christianisme, de tromper les âmes, de semer des germes de division dans les communautés. Comment, dès lors, ne pas porter avec empressement et partout, la bonne nouvelle de l'Evangile, comme réponse aux fauteurs attardés de la loi ?

Le grand mot a été prononcé de nouveau : l'Evangile, la bonne nouvelle, l'annonce portée aux hommes qu'ils rentrent par le Christ dans la grâce de Dieu ; il prépare les deux versets suivants, qui contiennent en germe toute la partie doctrinale de l'épître.

Non enim erubesco Evangelium-. Vlrtas enim Dei est in salutem omni credenti, Judaeo primam et Graeco. Car je ne rougis pas de l'Evangile ; j'en ai la sainte fierté : tel est le motif qui me le fait annoncer avec empressement et spontanéité. — Est-ce donc que l'on peut rougir de l'Evangile ? Oui, sans doute, à cause du scandale de la croix (Gai., V, 11) ; et beaucoup trouvaient plus simple de se dire les disciples de Moïse que les disciples d'un juif crucifié. Ces paroles ont été écrites au P'' siècle ; aujourd'hui que nous les . lisons, le christianisme a réussi : il a vingt siècles et il a embrassé le monde. Sa glorieuse durée lui fait une noblesse, et il sourit des prophéties qui prédisent sa fin. Mais au moment où saint Paul écrit ces lignes, l'Evangile ne fait que commencer. Il se présente d'ailleurs avec un parti pris évident de faiblesse et d'humilité (I Cor., I, 20, 29). Le Dieu qui dans l'Ancien Testament s'est manifesté aux hommes avec l'appareil de la puissance, semble n'avoir d'autre souci dans le Nouveau que de se voiler et de se faire petit. L'Evangile reproduit dans sa prédication l'humilité de son fondateur, encore qu'il porte en lui la vigueur de Dieu même : car la vertu et la force de Dieu, c'est premièrement Celui-là même qui est la matière- et l'objet de l'Evangile, Christum Dei virtutem et Dei sapientiam. Pourtant, en dehors des humbles chrétientés, le Christ n'est

que scandale pour les Juifs et folie pour les Gentils. Que propose, en effet, l'Evangile ? Il offre au monde comme Dieu, comme Fils de Dieu, comme moyen universel de salut, un juif, le fils d'un artisan, un Nazaréen, crucifié entre deux voleurs ! N'est-ce pas folie? Voyons du moins les procédés de l'évangélisation: quels seront-ils? Les mêmes que ceux de l'Incarnation et de la Rédemption, l'humilité, la bassesse : contemptibilia et ea quae non sunf. Et les prédicateurs ? Des Juifs sans culture. Et avec cela, il faut créer par le monde cette unité que n'ont réalisée ni le génie de Platon, ni la puissance d'Alexandre ! Nous ne comprendrons jamais l'énergie de foi et de conviction qui fut requise à cette heure-là, soit pour tenter de soulever le monde avec le seul levier d'un Evangile méprisé et d'apparence chétive, soit pour inspirer à l'Apôtre cette simple réflexion : Je ne rougis pas de l'Evangile ; tel qu'il est, il est la vertu de Dieu. Or, Dieu peut venir à nous sous les apparences qu'il a librement choisies ; il a le droit de se voiler. Ce qui est faiblesse en lui est plus fort que toute la force des hommes. Si donc cette faiblesse, qui est la vertu de Dieu, si la puissance de Dieu, encore que voilée, s'emploie à réaliser une œuvre, elle ne saurait échouer.

L'œuvre à laquelle se voue la vertu de Dieu contenue dans l'Evangile, c'est le salut de tout croyant, quel qu'il soit, Juif ou Gentil. C'est donc à toute l'humanité que dorénavant Dieu s'adresse. Mais quel est donc le salut auquel s'emploie, pour le réaliser, la vertu de Dieu ? Dans la langue de l'Ecriture, le salut consiste à échapper à un péril individuel : le salut pour Daniel, c'est de sortir sain et sauf de la fosse aux lions. Dans une acception familière aux Juifs, le salut consisté à conjurer, moyennant le secours de Dieu, un péril national : être délivré de l'Egypte, de Babylone, et sortir de la captivité. Le salut, c'est bien plus encore la délivrance messianique, le peuple entier rendu à sa liberté, à son indépendance, à sa vie nationale, à la souveraineté qu'il devra exercer sur tous les peuples. Ici, au lieu d'être d'ordre politique, la délivrance est d'ordre religieux et spirituel. Au lieu d'un salut national

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