‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 252 sur 663 · LE SALUT · texte numérisé non relu

LE SALUT

et limité, chose remarquable, c'est tout à la fois un salut individuel et universel auquel les hommes sont appelés maintenant par le ministère apostolique.

Et ce sàlut s'accomplit dans le temps, comme la condition d'un autre que nous nommons le salut éternel, achevé, auquel se termine finalement l'effort de la puissance de Dieii. C'est à lui surtout que pense l'Apôtre. C'est là le salut que la foi assure à tout croyant, sans distinction. La Rédemption a été accomplie au Calvaire par le Fils de Dieu ; encore faut-il que, moyennant la prédication et par la foi, chacun de nous accueille la bonne nouvelle, et la fasse sienne par son acceptation, par son adhésion à. la doctrine et aux promesses de l'Evangile, par sa communion aux sources du Sauveur.

Ainsi l'Evangile, la foi, le salut sont offerts à tous, Juifs et Gentils ; et néanmoins avec priorité, aux Juifs d'abord, aux Gentils ensuite. Cette priorité, toute logique d'ailleurs, s'explique d'elle-même. Les Juifs sont le peuple élu : ils ont été au cours de leur histoire plus près de Dieu. L'Ecriture et les promesses ont été dans leurs mains ; le Christ lui-même est de leur sang. Le Messie semble avoir limité à Israël sa mission personnelle, -et, avant la Pentecôte, la mission de ses disciples : Non sum missus nisi ad oves domus Israël. In viam Gentiam ne abieritis, et in civitates Samaritanorum ne intraveritis. Même après le Calvaire, Dieu maintient encore quelque chose de ce privilège du peuple élu : c'est aux Juifs que les apôtres et saint Paul lui-même s'adressent tout d'abord. Parfois même, on dirait que la vérité surnaturelle n'arrive aux Gentils qu'occasionnellement, et qu'elle ne leur est offerte qu'à raison de l'incroyance des Juifs (Act., XIII, 46, 47; Rom., XI, 11-16).

Comment rougir de l'Evangile, même sous ses dehors d'humilité, alors qu'il est réellement la vertu de Dieu s'employant au salut éternel du monde ? Comment n'être pas joyeusement empressé à publier partout cette bonne nouvelle?

Justitia enim Dei in eq revelatur ex fide in fidem. Toutes les affirmations de l'Apôtre sont ici nouées ensemble : le

lecteur attentif observera les particules causales dont il relie ses assertions : Non enim erubesco... Vlrtus enim Dei... Justifia ENIM Dei... Ce qui fait que l'Apôtre ne rougit pas de l'Evangile, c'est que l'Evangile est la vertu de Dieu, c'est que, en lui et par lui, la- justice de Dieu est révélée. Mais ceci réclame une explication. Qu'est-ce donc que la justice de Dieu, et à quel titre est-elle mentionnée ici ? Sous peine de nous en tenir à des explications de surface, rappelons-nous que la religion, chez les Juifs et même dans l'hellénisn^, a été conçue sous la forme d'un pacte formel, ou d'un contrat entre Dieu et l'homme. Dieu a choisi le peuple juif ; le peuple juif, en retour, a choisi Dieu. (Deut., XXVI, 17-19 ; et passim). Dieu est le Dieu d'Israël ; Israël est le peuple de Dieu. Le pacte qui les unit implique des charges pour l'un et l'autre. Le peuple s'engage à accomplir la loi morale et à rendre à Dieu un culte défini par lui ; Dieu, en échange, promet au peuple fidèle le bonheur du temps et la prospérité. La justice consistera de part et d'autre dans l'exécution fidèle des clauses du contrat. On aperçoit aussitôt comment, dans la pensée de l'Apôtre, sont liés ensemble le concept de salut et celui de justice : l'homme n'a de titre au salut que s'il est juste, et la Providence de Dieu n'est engagée qu'envers l'homme fidèle. Fort bien ; mais il faut remarquer aussi qu'il s'agit non de la justice de l'homme, mais de la justice de Dieu, justifia Dei. Quelle est cette justice de Dieu qui se révèle dans et par l'Evangile ? Est-ce la justice par laquelle Dieu est juste ? Est-ce la justice qui nous justifie devant lui ? A la condition de maintenir la doctrine du Concile de Trente, (Sess. VI, cap. VII), justifia Dei non qua ipse justus, sed qua nos justos facit, il n'y a pas de témérité à répondre que l'Apôtre a songé, inégalement, à l'une et à l'autre justice. -Lorsque deux éléments sont conjugués ensemble comme cause et effet, il est familier à l'Apôtre de les prendre dans leur couple indivisible, par exemple de regarder la grâce tout à la fois comme la bienveillance de Dieu même, et comme le fruit réel produit en l'âme par cette bienveillance ; le Spiritus sanctificafionis

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