LA LOI DE LA CONSCIENCE
avaient péché sans la loi ; parce que c'était chose étrange qu'une conscience, privée de toute norme morale, pût être jugée {ubi non est lex, nec praevaricatio), l'Apôtre dans une parenthèse de deux versets (14 et 15) rappelle qu'il est une autre loi que celle de Moïse : la loi de Moïse dans sa portion morale, et à part une détermination de détail, n'étant autre chose que la \oi naturelle elle-même. C'est donc un retrait de la concession que l'Apôtre a semblé faire lorsqu'il a dit : Quicumque sine lege peccaverunt. Il s'en faut de tout, en effet, que ces Gentils n'aient pas de loi. En dehors de toute promulgation extérieure, en l'absence de cet élément de contrainte que la loi extérieure semble porter avec elle, certains d'entre eux accomplissent néanmoins les injonctions de la loi. Ils n'ont pas la loi, ils sont à eux-mêmes la loi ; au lieu d'être écrite sur des tables de pierre, la loi morale est écrite sur le marbre vivant de leur cœur ; leur conscience leur en révèle les prescriptions dans une intimation intérieure, spirituelle et délicate. La preuve en est qu'ils accomplissent les préceptes de la loi, que leur conscience les approuve et leur applaudit lorsqu'ils font le bien, que leur âme est le théâtre d'une sorte de plaidoyer secret, d'un conflit contradictoire de pensées morales, de réflexions qui accusent ou justifient. S'il n'y avait pas, en dehors de la loi sinaïtique, une règle, une loi, une norme morale intérieure, comment y aurait-il un témoignage d'âme, approuvant ou réprouvant un acte ? Comment la conscience du méchant pourrait-elle être déchirée par les lanières de ce fouet intérieur dont le poète nous a parlé (Juvénal, Sat XIII) :
Surdo verbere caedit Occultum quatiente animo tortore flagellum.
Il ne suffira pas d'avoir, chaque jour de sabbat, entendu la lecture de la loi divine ; mais ceux là seulement qui l'ont accomplie seront justifiés au jour oti Dieu jugera les consciences et leurs replis secrets, par Notre-Seigneur Jésus- Christ.
175/ autem tu Judaeus cognominaris, et requiescis in lege, et gloriaris in Deo, is et nosti voluntatem ejus, et probas utiliora, instructus per legem, i9 confiais teipsum esse ducem caecorum, lumen eorum, qui in tenebris sunt, 20 eruditorem insipientium, magistrum injantium, habentem formata scientiae, et veritatis in lege. 21 Qui ergo alium do ces, teipsum non doces : qui praedicas non furandum, furaris ; 22 qui dicis non moechandum, moecharis : qui abominaris idola, sacrilegium facis : 23 qui in lege gloriaris, per praevaricationem legis Deum inhonoras. 24 (Nomen enim Dei per vos blasphematur inter Gentes, sicut scriptum est.) 25 Circumcisio quidem prodest, si legem observes : si autem praevaricaîor legis sis, circumcisio tua praeputium facta est. ^Q Si igitur praeputium justitias legis custodiat : nonne praeputium illius in circumcisionem repiitabitur ? 27 Et judicabit id, quod ex natura est praeputium, legem consummans, te, qui per litteram, et circumcisionem praevaricator legis es ? 28 ]^on enim qui in manifesta, Judaeus est : neque quae in manifesta, in carne, est circumcisio : 29 sed qui in abscondito, Judaeus est : et circumcisio cordis in spiritu, non littera : cujus laus non ex hominibus, sed ex Deo est.
Il demeure établi que l'homme n'est juste devant Dieu que par ses œuvres, conformes à la loi mosaïque pour les Juifs, à la loi naturelle pour les Gentils ; et que la condition des Juifs et des Gentils est dès lors la même devant Dieu. Ce premier point acquis, saint Paul s'applique à ruiner la confiance présomptueuse des Juifs dans leur double privilège de la loi et de la circoncision. Le réquisitoire est serré, et, pour le reste du chapitre, sous forme directe.
Je le sais, dit l'Apôtre ; vous portez, vous, un nom glorieux (Gen., XLIX, 8) : il est synonyme de grandeur et de louange. Vous formez l'aristocratie religieuse du monde ; la loi est pour vous la charte divine de la justice, vous y reposez la tête comme sur un doux oreiller ; vous vous glorifiez en Dieu, qui est votre Dieu comme vous êtes son peuple ; la