INFIDÉLITÉ DES JUIFS
pensée de Dieu vous est connue : vous possédez ainsi une règle de vie. Elle "vous sert à discerner le bien et le mal et à reconnaître sûrement les qualités de l'action morale. Ainsi renseignés par la loi de Dieu, vous vous glorifiez de pouvoir guider les aveugles, d'être la lumière des Gentils ensevelis dans les ténèbres, les moniteurs des ignorants, les maîtres des petits ; assurés que vous êtes de posséder dans la loi la forme exacte de toute science et de toute vérité. — On reconnaît bien dans ce tableau les prétentions juives ; peut-être eussentelles été justifiées, si en honorant le Seigneur du bout des lèvres, leur cœur eût été plus près de lui, si le figuier ne s'était borné à se couvrir de feuilles au lieu de porter des fruits.
Le judaïsme pouvait du moins se féliciter que, depuis la captivité de Babylone, il ne s'était pas, comme la gentilité, détourné de Dieu par l'idolâtrie. Hélas ! Dieu n'y avait rien gagné. Vous enseignez les autres, et non vous-mêmes, dit l'Apôtre ; vous défendez à haute voix de voler, et votre vie n'est que cupidité et pillerie ; vous proscrivez l'adultère, et le commettez ; vous exécrez les idoles avec dégoût, mais vous /ous enrichissez des dépouilles de l'anathème; vous vous glo- 'ifiez dans la loi, et par sa violation vous déshonorez Dieu Tiême dont la loi exprime la volonté. — Dans les textes grecs, :ette série de contradictions pratiques reprochées au peuple uif est affectée de l'interrogation ; ce qui donne plus d'énergie à la critique de l'Apôtre et s'accorde mieux avec la forme :onditionnelle par laquelle il a commencé : « Si vous portez e nom de Juif, si vous vous glorifiez dans la loi... pourquoi :ommettre le mal, vous qui le proscrivez ? » Mais la pensée le saint Paul demeure identique dans l'un et l'autre cas.
Ainsi, au point de vue moral, la faillite de la justice est a même dans la gentilité que dans le judaïsme ; et si Israël 'élève de ce qu'il n'a pas sacrifié aux idoles ni démenti la onnaissance qu'il avait de Dieu, Dieu n'a guère pu s'en éliciter, puisqu'au témoignage d'Ezéchiel (XXXVI, 22), rapide par l'Apôtre, les désordres des Juifs avaient, au milieu
des nations, déshonoré le nom de Dieu. A raison de l'alliance étroite de Dieu avec son peuple, on avait imputé à Dieu les fautes des siens, à cause d'eux son nom avait été blasphémé ; dès lors posséder la loi morale, la proclamer partout et l'enfreindre ouvertement, qu'est-ce autre chose que défier Dieu et le couvrir de mépris ?
Le Juif, évincé de l'avantage de la loi, prétend se réclamer du moins de l'avantage de la circoncision. Par elle, il lui semble échapper à la souillure commune et être agrégé au peuple de Dieu ; elle était, en effet, la marque authentique et le sceau de l'appartenance à la race élue. Elle était aussi un engagement à l'observation de la loi : testificor omni homini circumcidenti se, disait naguère l'épître aux Galates, quoniam debitor est universae legis faciendae. La circoncision ayant cette signification précise, il est facile à l'Apôtre d'arracher aux Juifs ce dernier avantage. Il en est du second comme du premier. Si les œuvres conformes à la loi, si les œuvres réclamées par le rite de la circoncision, ne viennent confirmer le double privilège, le privilège aussitôt s'évanouit pour laisser le Juif dans une situation inférieure au Gentil luimême. Le Gentil n'étant pas uni à Dieu par une alliance formelle, ses actions ne refluent pas aussi directement vers Dieu. Mais le Juif, plus proche de Dieu, le déshonore lorsqu'il se dérobe à la loi. Sa condition est, en cas d'infidélité, inférieure à celle du gentil. De même quant à la circoncision : elle est un avantage, si le Juif est pratiquement fidèle à cette loi qu'il promet d'observer par ce rite extérieur et charnel. Mais s'il désobéit à la loi, sa circoncision n'est que mensonge et souillure, puisqu'il la dément par ses œuvres.
L'Apôtre insiste. Loin que le rite matériel de la circoncision constitue, à lui seul, un privilège ; le païen, l'incirconcis qui, éclairé par sa seule conscience, accomplit les prescriptions de la loi morale est, par là-même, aussi près que vous de Dieu et de la justice . tant les œuvres seules importent. Et ce païen de naissance qui accomplit la loi telle qu'elle lui est montrée, sera supérieur au Juif rebelle ; par compa-