LE VRAI JUIF
raison, il condamnera le Juif transgresseur de la loi, en dépit de la connaissance que ce dernier a de Dieu, de la loi, en dépit de l'engagement, d'ailleurs violé, qu'il a pris de l'observer. — Aujourd'hui que les idées chrétiennes ont triomphé, cette doctrine de l'Apôtre nous semble élémentaire ; il y avait lieu de la signifier à un peuple qui se croyait mis à part et garanti contre toute chance de réprobation par le seul choix de Dieu. Les paroles de saint Paul font écho à celles de saint Jean- Baptiste, lorsqu'il préparait pharisiens et sadducéens à la dispensation nouvelle : Et ne velitis dicere intra vos : Patrem habemus Abraham. Dico enim vobis quia potens est Deus de lapidibus istis suscitare filios Abrahae (Matth., III, 9).
Quel est donc l'Israël de Dieu (Gai., VI, 16) ? Quel est le peuple vraiment élu ? Quel est le sens spirituel des rites de l'ancienne loi ?
Après avoir promené un même niveau sur la condition des Juifs et des Gentils devant Dieu, l'Apôtre, pour abattre aux pieds du Seigneur l'orgueil de la race juive, conclut enfin. Le vrai Juif, celui qui a des titres devant Dieu, n'est pas celui qui paraît l'être, celui qui descend d'Abraham et des patriarches par sa lignée charnelle ; non plus que la vraie circoncision n'est celle qui est imprimée sur la chair de l'homme ; le vrai Juif est celui qui l'est dans son cœur, celui qui mérite et reçoit sa louange non de la bouche des hommes, attentifs aux seuls avantages extérieurs, mais des lèvres de Dieu. Et la vraie circoncision est celle qui retranche de notre cœur les convoitises charnelles : celle qui nous vient de Dieu par l'effusion de son esprit vivifiant.
Il ne reste rien au Juif de ses prétendus avantages. Il se réclamait de Dieu et de son nom : Dieu a été déshonoré et avili par lui ; il se couvrait de la loi ; elle a été violée par lui d'autant plus ouvertement qu'il la connaît mieux, d'autant plus outrageusement qu'il sait mieux de qui elle vient ; il se croyait supérieur à tous les peuples par la circoncision : et voici que le bénéfice de la circoncision est plus assuré au païen honnête qu'au Juif immoral. Son nom même d'Israël:
ne lui demeure plus : il passe à d'autres que lui, avec la bénédiction de Dieu qu'il implique.