RÉPONSE AUX OBJECTIONS
Nulle justice vraie dans le paganisme : nulle justice vraie dans le judaïsme. Si nous voulions apprécier la méthode de l'Apôtre d'après les règles ordinaires, nous nous étonnerions peut-être de le voir consacrer deux chapitres entiers à une sorte de déblaiement où il nous parle de justice, sans nous avoir encore pleinement défini ce que c'est que justice. Ce n'est que plus tard qu'il nous livrera sur ce point toute sa pensée. En attendant, et sans savoir encore ce qu'est la justice surnaturelle, nous savons du moins, et cela peut pour le moment nous suffire :
que la justice est la condition indispensable de la faveur de Dieu dans le temps et dans l'éternité ;
qu'il n'y a de vraie justice que celle qui est tenue pour telle au jugement de Dieu ;
que la justice consiste dans l'observation de la loi de Dieu, c'est-à-dire dans l'accomplissement des œuvres qui sont conformes à cette loi ;
en un mot que cette justice, même dans la description partielle qui nous en a été donnée jusqu'ici, consiste dans l'union de notre volonté à la volonté de Dieu.
L'enseignement est précieux, sans doute. Mais la critique de l'Apôtre aboutissait à montrer à la gentilité et au judaïsme leur faillite commune en fait de justice jnorale. Cette doctrine, on le conçoit, était particulièrement dure pour les Juifs, habitués à se considérer comme aimés de Dieu et anoblis par son choix ; elle semblait paradoxale sous la plume de saint Paul, qui, Juif lui-même, ne pouvait ignorer de quelle