RÉALITÉ DES PRIVILÈGES
affection le peuple juif avait été prévenu. De plus, elle heurtait en apparence toute l'histoire sainte ; elle semblait oublier que Dieu fût le Dieu d'Israël ; elle soulevait trop d'objections, elle irritait trop de préjugés pour être consentie, sans autre contestation, par un peuple très jaloux de ses privilèges. L'Apôtre connaît trop bien les dispositions de sa nation, qui ont été les siennes, pour ne pas pressentir lui-même des objections qui sont dans la pensée de tous.
1 Quid ergo amplius Judaeo est ? aut quae utilitas circumcisionis ? 2 Multum per omnem modam. Primum quidem quia crédita sunt illis eloquia Dei. 3 Quid enim si quidam illorum non crediderunt ? Numquid incredulitas illorum fidem Dei evacuabit ? Absit. * Est aufem Deus verax : omnis autem homo mendax, sicut scriptum est : Ut justificeris in sermonibus fuis : et vincas cum judicaris. s Si autem iniquitas nostra justitiam Dei commendat, quid dicemus ? Numquid iniqiius est Deus, qui infert iram ? 6 (secundum hominem dico). Absit : alioquin quomodo judicabit Deus hune mundum ? ^ Si enim veritas Dei in meo mendacio abundavit in gloriam ipsius: quid adhuc et ego tanquam peccator judicor ? s Et non (sicut blasphemamur, et siciit aiunt quidam nos dicere) faciamas mala ut ventant bona : quorum damnatio justa est.
Mais s'il en est ainsi, où est le privilège du Juif, et quel est l'avantage de la circoncision ? Alors, la longue prédilection de Dieu pour son peuple est donc vaine ; elle ne crée même pas le plus mince avantage, puisque le Gentil peut l'emporter sur le Juif ?
Le vrai privilège des Juifs' je ne le nie pas, dit l'Apôtre. II est considérable à tous égards. Il ne suffit pas pour que le judaïsme soit source de justice ; mais il est infiniment réel. Tout d'abord c'est aux Juifs qu'ont été confiées les Ecritures, les oracles de Dieu. (Peut-être l'Apôtre avait-il le dessein de donner ici l'énumération fournie plus loin [IX, 4, 5], mais le mouvement de sa pensée ou les exigences de l'adversaire
qu'il combat l'ont arrêté dès le premier pas). Oui, la parole de Dieu a été remise aux mains des Juifs, et ce seul fait leur a constitué un avantage sur tous les points de la vie religieuse, intellectuelle et morale. Mieux que les païens, ils ont su leurs devoirs, l'histoire de la création, la pensée de Dieu, le but vers lequel se dirigent les choses, la teneur du contrat ou testament de Dieu avec son peuple, la promesse messianique. Sur tout cela, chez les Juifs, grande lumière. Ils ont lu l'Ecriture : pour eux ce n'était pas un livre scellé ; et de siècle en siècle, à mesure que les temps se hâtaient vers le Christ, la clarté prophétique croissait, elle devenait une aurore.
Il est vrai : de cette doctrine, le dépôt avait été remis aux mains du peuple juif, confié à sa garde et à sa foi. Néanmoins, dit finement l'Apôtre, ce n'était qu'un dépôt (ê7T:t.(7T£Û9-/iG-av). La révélation avait une portée et une destination universelles. Le monde entier devait en bénéficier quelque jour. Les Juifs n'en furent que les dépositaires, gardiens momentanés et provisoires d'un bien qui n'était pas pour eux seuls, et qui, à proprement parler, ne leur appartenait pas. Sous le couvert des Juifs, c'est avec l'humanité tout entière que Dieu prépare son alliance. Dès lors, telle étant leur condition, qu'est-ce que cela fait si plusieurs d'entre eux se sont dérobés à la foi ? Leur incrédulité annulera-t-elle la promesse et la fidélité de Dieu ? Le Juif manquant de parole, et trahissant Dieu, Dieu trahi retirera-t-il sa parole, lui aussi ? L'infidélité de l'homme entraînera-t-elle le dédit de Dieu ? A Dieu ne plaise, répond l'Apôtre. Des deux portions de l'alliance mosaïque, l'une, la prospérité du temps, demeurait subordonnée à la fidélité du peuple envers Dieu ; la promesse de Dieu, sur ce premier terrain, devenait caduque dès le jour oii le peuple trahissait. Mais l'autre portion, la promesse messianique, était absolue (Ps. LXXXVIII, 32-35). Elle n'était pas suspendue à la vertu des Juifs. Elle était affranchie de toute chance de caducité. Destinée au monde, elle ne pouvait être infirmée par une infidélité humaine.
L'erreur des Juifs à l'époque du Seigneur était de se