FIDÉLITÉ DE DIEU
croire propriétaires et de vouloir le demeurer. C'est pour cela que dans la parabole ils se disent : Hic est hères, occidamus illam, ut nostra fiât hereditas (Luc.,XX,14). Mais ils n'étaient dans l'ordre de l'Incarnation, de la justice surnaturelle et de tous les éléments qui s'y rapportent, que des tenanciers révocables et des dépositaires. Lorsque je constitue un dépôt aux mains d'un économe, il demeure bien entendu entre lui et moi que je m'en réserve la propriété, afin qu'à l'heure venue ce bien devienne la dotation et la richesse de ceux en vue de qui j'ai constitué le dépôt. Ainsi les Juifs n'étant que dépositaires, l'intention de Dieu étant définie, le dépôt de Dieu et la richesse promise par lui passeront, malgré l'infidélité juive, à l'Israël de Dieu, au peuple prédestiné pour les recevoir. La trahison du Juif n'entraînera pas le retrait de la parole de Dieu. Au lieu de retirer sa bénédiction (Gen., XII, 3 ; XVIII, 18 ; XXII, 18 ; XXVI, 4), Dieu qui l'a fermement promise la donnera, en dépit de l'infidélité humaine. Ainsi sera démontré une fois de plus, quoi ?... simplement que l'homme est menteur, et que Dieu est fidèle ; même le mensonge de l'homme fera ressortir la fidélité de Dieu. Et le péché de plusieurs, au sein du peuple privilégié, n'aura servi qu'à rendre plus éclatante la vérité de Dieu en toutes ses paroles, à manifester son équité glorieuse au point que la cause de Dieu triomphera devant toute justice, et en face de n'importe quel tribunal pour peu qu'il ait souci du bon droit. Nous avons voulu grouper ensemble tous les éléments de ce passage difficile, de forme énigmatique, et qui a tourmenté les exégètes. Ils ne manquaient pas, à l'heure même où écrivait l'Apôtre, les adversaires mécontents et perfides qui s'attachaient à méconnaître la doctrine proposée par lui. Ses expressions étaient vives, sa pensée était haute, ses ennemis l'épiaient de très près. Et la parenthèse sicut blasphemamur, sicut aiunt quidam nos dicere (verset 8), témoigne que plusieurs s'efforçaient de décrier sa doctrine en la travestissant. Or, parmi toutes les assertions de saint Paul, nulle n'était en mesure de faire scandale parmi les Juifs comme
celles qui dessinaient, avec une énergie rare, le rôle et la fonction de la loi. Aux Galates (III, 19), il apprenait que la loi était incapable d'assurer l'héritage et la bénédiction surnaturelle ; et lorsqu'on lui demandait à quoi, dès lors, elle pouvait servir : Quid igitur lex ? il répondait : Propter transgressiones posita est. Elle est, disait-il, en fonction du péché. Aux Romains (chapitre V, 20), il parlera avec plus de résolution encore, et dira ouvertement : Lex subintravit ut abundaret delictum : ubi autem abundavit delictum, superabundavlt gratia. La fonction et le rôle de la loi, fonction historique, rôle de fait, c'a été d'augmenter le péché, et d'élever ainsi la digue qui prétendait s'opposer à la bénédiction et à la grâce. Mais, ajoute aussitôt l'Apôtre, Dieu n'a pas été vaincu : le flot puissant de sa miséricorde a emporté la digue qu'on avait voulu dresser devant lui ; et là oii le péché avait abondé, la grâce surabonda. Ainsi le péché fournit au Seigneur la mesure que dépassera l'effusion de sa bonté ;plus le mal, provoqué par la loi, aura porté haut son effort, plus aussi la grâce de Dieu, pour en triompher, devra grandir. — Combien il était facile à des esprits mal disposés et trop désireux de trouver la doctrine apostolique en défaut, de solliciter perfidement de telles assertions, et d'imputer à l'Apôtre la thèse immorale que le mal est facteur de bien, que notre péché rend service à Dieu, puisque la manifestation de sa bonté s'en accroît. L'Apôtre n'ignore pas qu'on lui impute ces erreurs ; il les écartera, sur l'heure, avec une dédaigneuse vivacité.
Il s'interrompt lui-même : Mais s'il en est ainsi, si notre iniquité fait valoir la justice de Dieu, s'il en retire un triomphe et un surcroît de gloire, dirons-nous, selon une doctrine inepte, que Dieu ne peut s'armer contre une faute dont il a bénéficié ? — Ce sont les hommes qui parlent ainsi, ajoute l'Apôtre, en s'excusant de la formule dont il s'est servi. Et aussitôt, sans consentir à entrer dans une discussion réelle qu'il est toujours superflu d'ouvrir avec des adversaires de mauvaise foi ; sans observer que nos actes puisent leur valeur morale non dans leurs conséquences, mais dans leur objet et