‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 271 sur 663 · LA JUSTIFICATION PAR LA FOI · texte numérisé non relu

LA JUSTIFICATION PAR LA FOI

Et ce, sans loi, dit l'Apôtre. Sans loi, qu'est-ce à dire ? N'y a-t-il plus de loi dans le christianisme ? La loi morale subsiste éternellement ; mais c'est néanmoins en dehors de la loi, de son régime et de ses conditions, sans son aide, sous une forme dès lors absolument gratuite et de pure miséricorde, que la justice de Dieu se révèle aujourd'hui au monde. L'Evangile n'est^utre chose que le programme de la justice surnaturelle et de son procédé gracieux : la foi. — Mais, c'est chose nouvelle, et partant suspecte ! Dieu a-t-il durant des siècles laissé le monde dans les ténèbres ? — Non, cette forme de justice a été annoncéè7 figurée, préparée par la loi et les prophètes. Même, dès avant sa pleine révélation, les enfants de Dieu dispersés dans l'ancien monde ne l'ont pas ignorée (Joan., XI, 52) : l'exemple d'Abraham ne tardera pas à nous le prouver. Ni le Seigneur, ni son Evangile ne sont des nouveau-venus. (Les versets que nous lisons sont d'une densité extrême et contiennent, ramassée et concentrée en quelques mots, toute la doctrine de l'épître). Vous l'entendez, dit l'Apôtre (verset 22), il s'agit de la justice de Dieu, de la justice qui nous informe, sans doute, mais qui vient de Dieu et qui est réelle justice au regard même de Dieu (Rom., IV, 2). Notre fonction d'Apôtre est d'apprendre au monde que c'est par la foi en Notre-Seigneur Jésus-Christ, . par la croyance à sa divinité et par l'adhésion qu'elle entraîne, que cette justice se répand au cœur et dans la vie de tous ceux qui croient en lui. Entendons la foi telle qu'elle a été expliquée plus haut dans ses trois stades successifs : la foi à la divinité du Seigneur et à la réalité de 'son rôle révélateur ; la foi et l'adhésion vivante à lui par le baptême, puisque c'est à cette condition qu'il habite en nos cœurs : Christam habitare per fidem incordibus vestris (Ephes., III, 17) ; enfin la foi comme exercice de la vertu théologale, ou l'unité de pensée avec le Seigneur, et avec l'Eglise qui est le Seigneur. C'est en résumé tout le dessein de la révolution religieuse qui s'est accomplie, et toute l'économie de la vie surnaturelle ou de la justice, en chacun de nous. Cette justice est offerte

à tous, Juifs et Gentils, sans distinction. L'offre de Dieu apportée par l'Evangile est universelle en effet; l'accès est ménagé à tous auprès de cette foi et de cette justice, parce que tous en ont un égal besoin; tous en sont privés ( 'jo-rspcOvrai,), parce que tous ont communié à la même faute, qui les a frustrés de Dieu, de la justice et de la gloire qui viennent de lui.

Ne nous laissons jamais décourager par ces phrases longues et tourmentées de l'Apôtre, où les incidentes chevauchent les. unes sur les autres : analysons. La théologie catholique s'est faite avec ces phrases-là, et on y sent palpiter l'âme de saint Paul. Il n'y a qu'un instant, tous étaient pécheurs et privés de leur titre de gloire auprès de Dieu. Mais voici que la foi leur est offerte ; et avec la foi, l'accès à la justice, à la vie surnaturelle. Et tous sont justifiés gratuitement, miséricordieusement. La grâce est ici deux fois gracieuse : elle n'était pas due au premier homme, ni aucunement méritée par lui ; depuis, l'homme a démérité et s'est rendu indigne. Pourtant Dieu lui a donné la justice, malgré son indignité positive, 8wpeâv, gratis.

Mais, mon Seigneur et mon Dieu, je ne me plains pas de vos conduites. Vous n'avez pas à me rendre compte de vos décisions miséricordieuses ; j'en ai trop bénéficié pour vous en contester le droit. Pourtant, je voudrais vous demander : Est-ce donc qu'il y a des caprices et des changements brusques dans votre vie divine ? Y a-t-il une part de fantaisie dans vos décisions et vos allures ? Je vous demande pardon de ma curiosité, mon Dieu : mais comment et pourquoi aujourd'hui, et soudain, et gratuitement, regarder comme juste cette même humanité à qui hier vous laissiez le triste loisir de faire expérience, dans la gentilité et dans le judaïsme, de son infinie misère ?

La réponse est donnée par l'Apôtre au nom de Dieu. Il y a un fait nouveau, un événement- considérable, vraiment unique, qui a modifié de fond en comble la condition de l'humanité et amené sur elle la grâce et la bienveillance de

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