‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 272 sur 663 · LA RÉDEMPTION · texte numérisé non relu

LA RÉDEMPTION

Dieu. Ne dites plus que nous avons été justifiés gratuitement. Quelqu'un est intervenu : la grâce et la justice nous ont été achetées par la Rédemption. Ce n'est pas un froid pardon qui nous a été accordé ; nous avons été rachetés dans le Christ Jésus. — Mais encore, comment et à quel prix rachetés ? C'est sur une montagne que Dieu avait invité autrefois Abraham à offrir Isaac en holocauste. Il faut que ces choses-là se voient, qu'elles s'accomplissent en quelque sorte plus près du regard de Dieu, et que tous les hommes puissent les apercevoir. C'est aussi sur une montagne que Dieu a proposé au monde son Fils unique, non pas seulement comme un étendard autour duquel se grouperait l'humanité, mais comme une victime de propitiation qui offre à Dieu la rançon du monde, dans son sang versé. Ce sacrifice offert uns fois et pour jamais, la justice de Dieu est apaisée ; désormais et pour toujours, ce sera à travers le sacrifice du Calvaire qu'il verra toute la race humaine, à la seule condition que chacun des membres de l'humanité, en entrant par la foi et par le Baptême en communion avec son Fils, consente à recueillir le fruit de la Rédemption et la vie même du Seigneur. Non, il n'y a rien d'arbitraire en Dieu, et la révolution religieuse qu'annonce l'Evangile ne s'est pas accomplie sans motif. Si à l'origine, l'humanité tout entière est devenue pécheresse et ennemie de Dieu, c'est qu'il a été commis une faute qui l'a enveloppée tout entière, un péché hiérarchique qui, de la nature du premier Adam, a passé à toute personne humaine, parce qu'elle communie à cette nature première par la continuité de la vie transmise. Aujourd'hui la même loi, par un retour de miséricorde, reçoit une nouvelle et bénie application. Une expiation hiérarchique intervient, ramenant à la justice et à la vie tous ceux qui, par la foi, c'est-à-dire par la communion vivante avec le Seigneur, renaissent dans l'Adam nouveau.

C'est pour cela qu'il convenait que ce sacrifice de propitiation fût hautement proposé au monde, et en quelque sorte arboré sur le Calvaire. C'est pour cela que la prédication

évangélique devait proclamer cet événement qui transforme les relations de Dieu avec l'humanité : Jesum Christum, et hune crucifixum. Ainsi plaît-il à Dieu de manifester au monde sa justice. Oui, sans doute, sa justice infinie. N'est-ce pas, en effet, cette glorieuse perfection de Dieu qui s'affirme dans la rançon terrible exigée de celui qui s'est revêtu du péché, en a accepté la peine, et devient ainsi le chef de l'humanité nouvelle ? N'est-ce pas encore cette même justice qui se montre dans la bonté qui accueille l'homme, dès que la faute est expiée ? Mais surtout le sacrifice de propitiation offert au Calvaire nous ouvre la source où nous puisons notre justice et la vie surnaturelle ; Dieu, par égard pour son Christ, a pardonné toutes les fautes de l'ancien monde, présentes à sa pensée et provoquant sa colère, avant d'être effacées par le sang de son Fils. Le sursis que l'Ange rebelle n'a pas obtenu a été accordé à l'homme coupable : Dieu n'a pas frappé sur l'heure. Il a ajourné le châtiment, il a supporté le péché jusqu'à la date fixée par lui pour la manifestation de sa justice ; encore une fois, de la justice qui le fait être juste, ut sit ipse justus ; et de la justice qu'il nous donne moyennant notre foi et notre adhésion à Jésus-Christ : et.justificans eum qui est ex fide Jesu Christi.

Tel est le système de la justice dans la loi nouvelle, d'après saint Paul. Le Verbe de Dieu s'est fait homme. Il est le chef de l'humanité régénérée et le nouvel Adam. Il soutient la personne de l'humanité. Innocent lui-même, il expie pour les coupables. Et ceux qui étaient coupables hier n'ont, pour devenir justes aujourd'hui, qu'à s'attacher à lui par la foi et communier à sa vie.

Avant de s'interrompre un instant au chapitre IV, et avant de reprendre au chapitre V l'analyse et le développement de la vie surnaturelle en nous, l'Apôtre se retourne encore vers l'orgueil des Juifs et l'immole une fois de plus devant le mode de la justice nouvelle. L'ancien Israël méprisait le reste de l'humanité, du haut des privilèges à lui conférés par Dieu (Ps. CXLVII, 20) : non fecit taliter omni na-

tioni ; mais, aujourd'hui que le Seigneur a ramassé en lui toute l'humanité, effacé les frontières, offert à tous la même justice, la même noblesse et la même vie, où le Juif prendrat-il prétexte à s'enorgueillir encore ? Et si l'orgueil juif est évincé aujourd'hui, le serait-il par une loi, une disposition> une charte divine réclamant ou supposant des œuvres avant d'arriver à la justification ? Alors,, l'homme pourrait s'enorgueillir encore et s'élever : ses œuvres viendraient de lui, et la justice surnaturelle en serait le salaire ! Mais non, la volonté divine ne réclame que le procédé de la foi, l'insertion vitale au Seigneur, pour nous donner en lui la justice ; selon la doctrine nouvelle, qui est la vérité même de Dieu, l'homme est justifié par la foi sans que des œuvres prescrites par la loi en soient îa condition. C'est la seule foi, l'adhésion au Seigneur qui est toute la condition. Elle est seule requise^ suffit seule et est offerte à tous. II n'y a plus de privilège.. Est-ce que Dieu serait simplement le Dieu des Juifs et non des Gentils ? Ah ! la muraille est renversée maintenant qui séparait les deux portions de l'humanité ; le sang du Seigneur a tout pacifié, tout nivelé (Eph., II, 13-22). Et siautrefois le Créateur a laissé les nations s'en aller dans leurs voies, il a voulu les ressaisir aujourd'hui et ramener la grande famille humaine à son unité primitive, à une unité plus haute même. Il n'y a plus pour ces deux portions de l'humanité, d'ailleurs fort inégales, qu'un seul et même Dieu qui donne la justice aux Juifs grâce à la foi, et la même justice à la gentilité moyennant la même foi. Toute la difrférence qu'il y a entre l'un et l'autre est que le Juif est mieux préparé par les conditions de sa vie antérieure, qu'il a fait l'apprentissage du christianisme dans le mosaïsme lui-même, et que la foi dès lors lui est plus facile et, en quelque sorte;^ à hauteur d'appui.

Dira-t-on — c'est le dernier trait du Juif — que c'est là ruiner la loi et anéantir une œuvre divine, puisque par la seule foi, la gentilité s'ouvre un accès à la justice de Dieu ? Non, répond l'Apôtre, car la loi elle-même, prise en son en-

semble, contient déjà, figure, prépare et promet l'économie nouvelle ; la foi ne fait donc qu'achever la loi et la confirmer en réalisant ses promesses. La loi serait menteuse si la foi n'en venait montrer la vérité. Le chapitre suivant nous rêvé- -lera le sens profond de cette réflexion.

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