‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 275 sur 663 · ABRAHAM JUSTIFIÉ PAR LA FOI · texte numérisé non relu

ABRAHAM JUSTIFIÉ PAR LA FOI

transformer l'agent et de lui mériter la bienveillance surnaturelle de Dieu.

L'Apôtre insiste : autre est le procédé des œuvres, autre le procédé de la foi.

Dieu peut se trouver en face d'un ouvrier qui a accompli son œuvre, et en face d'un croyant qui s'appuie sur lui. L'attitude de Dieu sera très différente dans l'un et l'autre cas : à l'ouvrier, il donnera un salaire, le droit de l'ouvrier, le dû de celui qui l'emploie ; . et le salaire sera proportionné à l'œuvre, mesuré par l'équité. Ce ne sera pas affaire de bienveillance, mais de justice rigoureuse : donnant, donnant. L'attitude de Dieu est tout autre envers celui qui n'est pas ouvrier, qui ne se présente pas au titre de ses œuvres, mais croit en celui qui justifie, et s'appuie sur lui de manière à n'être qu'un avec lui : la foi de celui qui s'approche ainsi de Dieu lui vaut la justice surnaturelle. Cette justice surnaturelle, est-elle alors mesurée selon les lois sévères de l'équité rigoureuse ? Non pas : avec la foi, nous ne sommes plus dans la région des échanges commutatifs, mais dans la région de la pure bienveillance, de la largesse, de l'affection. Sous le régime de cette justice. Dieu ne paie pas : il donne, et donne comme il veut. Voyez maintenant quelle est la condition d'Abraham : ouvrier ou croyant ? La question n'est pas douteuse. Il n'est point parlé d'œuvres au nom desquelles Abraham réclame un salaire auprès de Dieu ; il est dit seulement qu'il a cru, qu'il s'est rangé à Dieu, qu'il s'est appuyé sur lui, que par sa foi et son espérance il s'est fait un avec la pensée et avec la promesse de Dieu. Cette adhésion à Dieu lui a valu la justice, non comme une redevance de Dieu ni un salaire exigible par l'homme, mais secundum propositum gratlae Dei. (Cette brève clausule n'est pas dans le grec, mais elle est bien conforme à la pensée de l'Apôtre).

C'est d'ailleurs la même forme de justification, conférée en dehors des œuvres, et sans que les œuvres fournissent un titre réel à l'obtenir ; en un mot, c'est la même justice gra-

tuite et gracieuse, qui est décrite au Psaume XXXI, là où David proclame la félicité du pécheur à qui Dieu a pardonné:

« Bienheureux ceux dont les iniquités sont effacées,

et dont les péchés sont oubliés.

« Bienheureux l'homme à qui Dieu n'impute aucune

faute. »

Evidemment la justice de Dieu est décrite ici- comme accordée à l'homme en dehors des œuvres, puisque non seulement il n'est point parlé d'oeuvres qui l'aient sollicitée réellement, mais que les œuvres mêmes dont il est parlé sont des œuvres mauvaises, incapables comme telles de la mériter et de l'obtenir.

En vérité, malgré les apparences premières, le Juif a été mal inspiré d'en appeler à l'exemple d'Abraham : l'histoire du Patriarche nous montre que la justice surnaturelle n'est aucunement juive. Elle ne vient pas des œuvres, nous le savons; et l'on va nous dire maintenant qu'elle n'a rien à voir avec la circoncision. Cette béatitude dont le psalmiste vient de nous parler, et qui est en nous le fruit de la justice surnaturelle et de l'amitié de Dieu, appartient-elle au judaïsme, ou s'étend-elle jusqu'à la gentilité ? La vie d'Abraham nous l'apprendra. Une période de vingt-cinq ans peutêtre (Gen., XV, 6) sépare la justification surnaturelle d'Abraham, de l'heure où il reçut de Dieu le précepte de la circoncision (Gen., XVII, 10, 11). Lorsque le Patriarche, par sa foi héroïque, obtint la justice et l'amitié de Dieu, il appartenait encore à la gentilité. Dieu ne l'avait pas encore mis à part, au moyen du rite de la circoncision, pour en faire la souche du peuple juif.

11 Et signum accepit circumcislonis, signaculum justitiae fidel, quae est in praeputio : ut sit pater omnium credentium per praeputium, ut reputetur et illis ad justitiam : 12 et sit pater circumcisionis non iis tantum, qui sunt ex circumcisione, sed et iis, qui sectantur vestigia fidei, quae est in praeputio

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