‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 278 sur 663 · LA FOI D'ABRAHAM · texte numérisé non relu

LA FOI D'ABRAHAM

Assuré qu'il était de la foi d'Abraham, Dieu portait l'épreuve jusqu'à son extrême limite et semblait se contredire. Abraham ne faiblit point, il n'hésita pas un instant ; il n'y eut pas une oscillation ni un flottement dans cette foi magnifique. A mesure que grandissait l'épreuve venant de Dieu, à mesure aussi s'affermissait la foi d'Abraham, cet admirable chrétien. Les promesses semblaient voisines de l'impossible ; mais le croyant n'en affirmait pas moins dans sa foi, que Dieu est assez puissant pour accomplir tout ce qu'il a promis Son âme se maintenait quand même avec Dieu, lui rendant ainsi hommage et gloire parfaite.

23 Non est autem scriptum tantum propter ipsum quia reputatum est îUi ad justitiam : 24 sed et propter nos, quitus reputabitur credentibus in eum, qui suscitavit Jesum Christum Dominum nostrum a mortuis, 25 qui traditus est propter delicta nostra, et resurrexit propter justificationem nostram.

Ainsi la foi d'Abraham lui fut imputée à justice, et son adhésion généreuse à la pensée de Dieu lui valut l'amitié de Dieu. Rien ne manque à l'éloge que lui décerne ici l'Ecriture. Mais ne pensons pas que les paroles que nous venons de citer n'aient été écrites que pour lui seul. Abraham est vraiment le père des croyants, l'exemplaire authentique des chrétiens. Le vrai chrétien, comme Abraham lui-même, n'a besoin pour tout porter, pour tout croire, pour tout attendre, pour tout espérer, que de la seule parole de Dieu. En disant d'Abraham qu'il a été justifié par sa foi, l'Ecriture a voulu marquer pour tous les hommes le procédé du salut. A nous aussi, nous dit l'Apôtre, il sera imputé à justice de croire en ce Dieu qui a fait sortir Jésus-Christ du tombeau. Aussi bien, Dieu a fait pour obtenir notre foi plus qu'il n'avait fait pour Abraham. Isaac a été soustrait au sacrifice et restitué à son père sans avoir passé par la mort : un bélier lui a été substitué. Mais l'Agneau de Dieu n'a pas été épargné, lui ; il a connu les tourments et la mort. Le Fils de Dieu en qui nous

croyons nous fait, moyennant notre foi, communier à sa vie et à sa mort : à sa mort par. laquelle il a expié nos péchés ; à sa vie qu'il a reprise dans sa résurrection et qu'il nous communique par la justification. Le baptême, en effet, est deux fois symbolique, et de la mort du Christ où il nous plonge, et de la vie du Christ qu'il crée en nous.

II nous faut pardonner à l'Apôtre de ne nous avoir encore ni expliqué en quoi consiste la justice chrétienne, ni décrit le détail de la révolution que son effusion a produite dans les âmes. Du moins nous pressentons que lorsqu'il nous parle de justice, de justification, de sanctification, de rédemption, de salut, de vie surnaturelle, c'est une même réahté intérieure qui est désignée par des termes ne différant entre eux que par des nuances. Tous signifient l'état de grâce, une condition intérieure qui nous fait être agréables à Dieu. Et puis, si l'Apôtre a ajourné l'exposé de toute sa doctrine, s'il a différé l'analyse de la vie surnaturelle, il nous a appris du moins quelle est l'industrie divine qui la produit en nous. La foi, l'adhésion de l'âme à Dieu, est le procédé nécessaire pour obtenir la justice : ni la gentilité, ni le mosaïsme n'y ont réussi ; la foi est le procédé unique : ni la loi de Moïse, ni la loi naturelle ne peuvent rivaliser avec elle ; la foi est le procédé universel, offert à tous et à chacun sans distinction ; la foi est le procédé éternel, qui a assuré la justice à Abraham et aux saints de l'Ancien Testament ; la foi est le procédé gracieux, car les œuvres n'y sont pour rien ; la foi enfin est le procédé assuré, parce qu'il est affranchi du système de la loi et des conditions de précarité qu'il eût fatalement impliquées.

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