LA REVANCHE DIVINE
à calquer son procédé sur le procédé de l'ennemi : son intention alors en sera plus évidente. Enfin, la revanche est totale et absolue, lorsqu'elle dépasse en portée et en étendue la victoire antérieure de l'ennemi : Voyez, dit l'Apôtre en concluant ce qu'il vient de dire du médiateur, par qui nous sont venues reconciliation et justice, tout s'est passé dans le Seigneur comme tout s'était passé en Adam. Même voie, même procédé, parallélisme continu :
Un homme.
Un homme chef de toute sa race, un homme hiérarchique et enveloppant.
Une désobéissance.
Une déchéance de celui qui a désobéi.
La diffusion de cette déchéance : Adam déshérité transmettant à sa race une nature déshéritée.
Enfin la mort, conséquence et indice du péché.
Telles sont les étapes de la chute : mais Dieu ne connaît point de défaites : il triomphera par le même procédé ; c'est par les mêmes voies que la justice rentrera dans l'humanité :
Un homme.
Un second Adam, chef d'une race nouvelle, hiérarchique lui aussi.
Une obéissance, qui ira jusqu'à la mort : obediens usque ad mortem.
Un relèvement : Propter quod et Deus exaltavit illam, etc.
Un relèvement qui retentit dans toute l'humanité régénérée dont le Seigneur est la tête : c'est la justice, la vie surnaturelle et la résurrection.
Encore une fois, toutes choses se sont passées en Notre- Seigneur Jésus-Christ comme elles se sont passées en Adam : la justice et la vie entrent, comme étaient entrés le péché et la mort : ici, par l'appartenance réelle de tous les mortels à un homme qui a péché et en qui tous ont péché, en qui tous sont tombés ; là, par l'appartenance réelle et vitale à Celui;
qui a obéi et en qui tous sont relevés. Telle est l'industrie divine de notre justification. La justice nous est assurée, par une disposition souveraine appliquée à tourner contre l'ennemi tous les éléments, tous les détails, toutes les circonstances de son avantage momentané. Le pouvoir divin s'est exercé comme s'était exercé auparavant le pouvoir tyrànnique du péché.
Peccatum non imputabatur, cum lex non esset. Observons tout d'abord, afin de comprendre exactement la pensée, que la traduction serait plus fidèle ainsi qu'il suit : peccatum non imputatur, lege non existente. Le dessein de l'Apôtre est de montrer l'universalité du péché par l'universalité de son châtiment. La mort est l'indice du péché. Or, ce qui prouve que le péché était dans le monde dès avant la loi, c'est que la mort est antérieure à la loi et à la connaissance de la loi. La souillure du péché est invisible, il est vrai, elle n'est pas directement saisissable à notre observation ; mais la mort physique en trahit la réaHté. Le péché a empoisonné notre nature, il n'a pas attendu la loi. L'Apôtre semble s'objecter à lui-même un axiome qui lui est familier, que nous avons rencontré déjà au chapitre précédent (IV, 15) : ubi non est lex, nec praevaricatio ; il nous en donnera toute la portée au chapitre VIL Le péché était dans le monde dès avant la loi et en dehors d'elle. Sans doute, il était moins connu en l'absence de la prohibition prononcée par la loi, l'homme était alors moins responsable. (En effet, aussi longtemps que la loi est ignorée, que Dieu n'est pas reconnu comme auteur de la loi et comme la garantissant de son autorité, l'acte matériel opposé à la loi est un désordre, il n'est pas une infraction. L'homme est désordonné, il n'est pas désobéissant, et les responsabilités individuelles se mesurent ainsi à la connaissance de la loi et de son auteur divin). Néanmoins, et même en l'absence du surcroît de responsabilité qu'entraîne la connaissancexde la loi, il est une preuve que, dès avant la loi, le péché était dans le monde et que la nature humaine était profondément atteinte : c'est