EFFETS DU BAPTÊME
tes : et. membra vestra arma justitiae Deo. i4 Peccatum enim vobls non dominabitur : non enim sub lege estis, sed sub gratta.
Les dernières réflexions de l'Apôtre ramenaient naturellement l'objection familière à ses ennemis et déjà écartée plus haut (III, 7, 8). Si la gloire de Dieu grandit de mon péché, si mon injustice lui est profitable, si la mesure du péché détermine à Dieu lui-même la mesure surabondante de sa grâce, serons-nous tentés, nous aussi, d'élever le péché le plus haut qu'il est possible, afin que la grâce reçoive de nous la matière, l'occasion et la mesure de son surcroît : faciamus mala ut eveniant bona. Reviendrons-nous au péché, afin que la grâce surabonde, qu'elle dépasse et déborde notre péché. C'est la formule que l'on imputait volontiers à l'Apôtre et qu'il écarte. Elle lui servira de transition pour exposer la doctrine de tout le chapitre.
On nous invite à persévérer dans le péché, réplique l'Apôtre : encore faudrait-il que ce fût chose possible. Regardez à la source même de votre justification, le baptême. II a ruiné en nous la vie du péché ; il a créé en nous la vie nouvelle de la justice. Une fois baptisés, nous le sommes toujours. C'est un acte sérieux, définitif, irrévocable: il a ramassé et recueilli notre vie tout entière; tout entière soustraite au péché, tout entière il l'a engagée à Jésus-Christ. Lors donc qu'on me demande, à moi baptisé, de vivre dans le péché, c'est comme si l'on m'invitait à retourner à l'enfance ou à l'animalité, comme si l'on conseillait à un mort de revivre. Je n'ai pas ce qu'il faut pour cela. Je suis mort au péché ; est mort en moi tout ce qui peut servir au péché. — Aujourd'hui, il est vrai, lorsque sont rappelées ces glorieuses exigences du baptême qui impliquent la contradiction entre le baptême et le péché, cette doctrine semble n'être que symbolisme et fiction; mais pour l'Apôtre il y a incompatibilité réelle : Comment pourrait-on s'y prendre, demande-t-il : qui mortui sumuspeccato, quomodo adhuc vivemus in illo ? Et la charité de-
saint Jean est d'accord avec la foi de saint Paul : Omnis qui natus est ex Deo, peccatum non facif, quoniam semen ipsius in eo manet : et non potest peccare, quoniam ex Deo natus est (I Joan., III, 9).
L'invitation au péché, contradiction si l'on regarde le baptême en ce qu'il détruit, c'est-à-dire le péché et la vie du péché, l'est bien plus encore si l'on voit dans le baptême ce qu'il édifie en nous, la grâce et la vie de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Analysons avec l'Apôtre cet acte du baptême, l'acte constitutif de notre vie surnaturelle et de notre justification. En effet, renoncer au péché, mourir au péché, ce n'est pas tout le baptême. Nous ne mourons pas pour mourir, mais pour vivre, pour vivre à Jésus-Christ, puisant en lui, recevant de lui, et à toute heure, la grâce et la vie qui sont en lui cofnme en leur plénitude. Le baptême est l'insertion de nos natures individuelles en Notre-Seigneur Jésus-Christ. Nous avons été, par notre baptême, portés en Notre-Seigneur Jésus- Christ (ziç Xp',a--ov 'Ir.a-ouv), plongés dans la mort de Notre- Seigneur Jésus-Christ (eîc tov BàvaTov aÛToù) : et c'est à la condition de partager sa mort que nous partageons et partagerons sa vie. Le baptême n'est en chacun de nous que la reproduction de ce qui s'est fait en Notre-Seigneur, notre baptême rejoint sa mort. Nous sommes ensevelis avec lui, le triple immersion rappelle les trois jours du tombeau ; nous ressuscitons à une vie nouvelle en sortant du sein des eaux baptismales : ex immaculato divini fontis utero progenies caelestis emergit. Or, Dieu est sincère, il ne parle pas en vaines métaphores et les sacrements produisent ce qu'ils signifient. Le baptême nous ensevelit avec le Seigneur pour témoigner et réaliser la mort du péché, pour faire que notre mort soit aussi réelle que celle du Seigneur ; mais après avoir partagé la mort du Christ, après avoir été ensevelis avec lui, nous ressuscitons avec lui à une vie nouvelle : tout cet ensemble à la fois symbolique et réel porte le baptisé dans les profondeurs de la vie du Christ. Maintenant il ne fait plus :qu'un avec lui ; il ne peut plus être qu'un même agent moral