NOTRE UNION VITALE AU CHRIST
avec lui ; comme le Christ a été retiré de la mort par la main de son Père, le baptisé appartient à une vie nouvelle. Et c'est à ce ressuscité, à ce frère de Notre-Seigneur Jésus- Christ, en possession de la vie du Seigneur, que vous proposez de persévérer dans le péché ! Demeurer dans le péché, comment le pourrait-il, aujourd'hui que la trame de la vie du péché est rompue ?
L'Apôtre appuie sa doctrine sur l'étroite unité qui règne désormais entre le Seigneur et nous. Déjà dans sa première épître aux Corinthiens (XV, 13, suiv.), il a démontré notre résurrection par le fait même de la résurrection du Sauveur. Notre cause est aujourd'hui si étroitement liée à la sienne, sa vie est à ce point devenue notre vie que les actes de sa vie rédemptrice retentissent en nous. Une glorieuse communion nous fait partager les conditions essentielles du Sauveur ressuscité. Parce que nous lui appartenons, non en vertu d'une fiction légale ou d'une simple dénornination extérieure, parce que, entre lui et nous, il y a communauté de vie ; ayant dans le baptême partagé sa mort, nous partagerons aussi sa résurrection. L'Apôtre se sert d'une expression au futur, erimus, parce que notre participation à la vie du Seigneur ne s'accomplit que par degrés, et que notre résurrection, comme notre mort elle-même, appartient encore à l'avenir. Il demeure constant néanmoins, par l'ensemble de la doctrine ici exposée, que nous communions dès maintenant à la résurrection du Seigneur : resurrexit propfer jastificationem nostram ; ut nos in novitate vitae ambulemas. Notre justification est la résurrection première.
Il existe peu d'affirmations, même dans la doctrine de saint Paul, qui renferment plus de mystère que celle-ci. Comment se peut-il faire, qu'un acte qui s'est accompli au sommet du Calvaire, il y a tantôt vingt siècles, possède cette efficacité singulière d'affecter ma vie, et de tuer en moi le vieil homme ? Il ne suffira pas de répondre que ce retentissement en moi des actes du Seigneur n'a rien de plus étonnant que le contre-coup que j'ai ressenti du péché d'A-
dam ; on ne résout pas un problème en montrant à côté de lui un problème analogue : la difficulté alors est double et n'est pas résolue. De plus, le retentissement en moi de la faute d'Adam est expliqué par cette considération familière aux théologiens, qu'en perdant pour lui la justice, Adam, en qui nous sommes contenus comme dans le chef de la race humaine, n'a pu nous transmettre qu'une nature appauvrie et déshéritée. Il existe entre Adam et nous un lien de continuité réelle, une loi d'hérédité charnelle qui explique la transmission. Mais il n'existe pas de lien de descendance entre le Seigneur et moi : et puisque je ne suis aucunement dans le Seigneur au moment où il obéit, au moment où il souffre, comment les événements de sa vie peuvent-ils m'affecter, si ce n'est en vertu d'une disposition étrangère, divine sans doute, mais qui n'est toujours qu'une fiction légale, un procédé d'attribution qui me laisse étranger à lui ?
Oui, répondons-nous, une disposition divine, mais qui n'est pas une fiction, qui est cause réelle et me fait, de toute éternité, appartenir à Jésus-Christ. Soumis comme nous le sommes aux conditions du temps, nous ne regardons les choses comme réelles qu'à l'heure où elles s'accomplissent historiquement. Nous devons néanmoins reconnaître, par un effort facile de la pensée, que pour Dieu et, dès lors, en absolue vérité, il n'en est pas de même. Les choses lui sont éternellement présentes : leur apparition historique dans la succession n'ajoute rien pour lui à leur réalité. Au lieu d'être le reflet des choses, comme notre pensée, la pensée directrice et souveraine de Dieu en est la cause et leur fournit le programme qu'elles auront à remplir. Par conséquent une attribution divine, au lieu de constituer une fiction, fait la réalité du lien qu'elle crée, et me fait être au Seigneur. Je ne suis que parce que Dieu l'a voulu ; je suis à Notre-Seigneur Jésus-Christ parce que Dieu l'a voulu : efficace et productrice dans le premier cas, la volonté du Seigneur est efficace et productrice dans le second et au même titre. Et je suis réellement à Notre-Seigneur Jésus-Christ, dès que et parce