LE PROGRAMME DE DIEU
que la volonté de Dieu m'a donné à lui. C'est dire tout simplement que ma prédestination est éternelle. Le temps viendra ; mais il ne sera que le stade et la marge créée où se déroulera l'éternel programme de Dieu. Et c'est à raison de cette transcendance souveraine que l'Eternel voit les choses du temps, alors même qu'elles n'existent pas encore dans leur réalité historique. Elles existent dès lors, complètes, réalisées pour lui. C'est en vertu de cette même condition quel'Eternel suppute les événements du temps, alors que le cours de l'histoire ne les a pas amenés encore. C'est ainsi que le salut est accordé aux hommes par les mérites d'un sacrifice qui sera offert quarante siècles plus tard. C'est ainsi que pour Dieu, Marie est la Mère de Dieu avant la venue de l'Ange, et, comme Mère de Dieu, préservée de la tache originelle. C'est comme son Fils et comme à sa Mère, que le Fils de Dieu a donné à Marie sa pureté immaculée. C'est de la même façon que je suis prédestiné en Notre-Seigneur Jésus-Christ, par une pensée et un vouloir divin que rien ne saurait trahir. Je suis réellement au Seigneur dès que le Seigneur l'a voulu et dès l'éternité. Même je ne suis et je ne suis prédestiné que par ce vouloir divin. Lorsque l'heure sera venue, les causes secondes accompliront leur œuvre avec docilité, et les événements de notre vie successive se prêtant à Dieu révéleront à nous, réaliseront pour nous ce programme éternel. Le baptême, lorsqu'il me sera donné, ne fera que ratifier historiquement une résolution souveraine qui l'a précédé ; les actes sacramentels, préparés et voulus de Dieu, s'en iront par dessus le cours du temps, rejoindre la source de leur efficacité. — Si l'on consent à se placer à ce point de vue, le vrai, il sera facile de reconnaître que les événements de la vie du Christ, parce que nous sommes en lui, nous atteignent réellement. Le Seigneur est hiérarchique, compréhensif comme jamais Adam ne l'a été. Mais nous devons revenir au texte. de l'Apôtre.
Du moins, au prix d'une longue digression, nous avons essayé de comprendre comment notre vie adamique a été.
dans le Seigneur, attachée à la croix ; comment dans notre vie nouvelle, le péché serait contradictoire, puisque toutes les énergies du péché sont immolées, puisque nous n'avons plus sur terre, à dater de notre baptême, qu'à exercer les vigueurs que la vie du Christ a créées en nous (Joan., I, 12). Non, nous n'avons plus aujourd'hui à servir cet odieux despote qu'est le péché. Morts au péché, nous sommes affranchis de toute redevance et de tout servage envers lui. Il fut notre maître autrefois ; mais s'il se présentait aujourd'hui, que devrait-on lui répondre, si ce n'est que son ancien esclave est mort, et qu'on ne peut plus, dès lors, rien réclamer de lui ? Il est mort avec le Christ et dans le Christ ; le baptême est venu dans le temps attester et appliquer ce qui avait été réglé par Dieu et accompli au Calvaire ; désormais il n'est plus qu'au Christ et communie à sa vie immortelle. Or, nous n'ignorons pas la condition du Seigneur ressuscité, l'exemplaire de notre vie nouvelle : Le Christ ressuscité des morts ne meurt plus, la mort n'a plus sur lui aucun empire, non plus que sur nous. Lorsqu'il est mort, c'est au péché qu'il est mort, et une fois pour toutes : aujourd'hui qu'il vit, il vit à Dieu comme nous. Il vit d'une vie qui est à Dieu par son principe et par tous ses actes ; il n'a plus dorénavant d'autre suzerain que Dieu : ni la mort ni le péché n'ont à faire valoir sur lui (cf. II Cor., V, 14-15).
C'est la conclusion pratique de la doctrine qui vient d'être proposée sur la communion à la vie du Seigneur. Prenons notre parti de ce qu'a fait Dieu, de ce que nous avons fait nous-mêmes, de ce qui est. Le péché a perdu tout droit sur nous, nous sommes morts pour lui. Ce qui a frappé le Seigneur nous a frappés, nous chrétiens, nous, compris et impliqués que nous étions en lui, dès avant notre naissance, en vertu de la prédestination divine. Prenons surtout notre parti de la gloire de notre condition nouvelle : car si nous avons été, avec le Seigneur, attachés à la croix, aujourd'hui nous vivons en lui, d'une vie qui n'est qu'à Dieu. Et vivre à Dieu, dans la doctrine de l'Apôtre, ce n'est pas seulement