‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 286 sur 663 · REGIME DE LA GRACE · texte numérisé non relu

REGIME DE LA GRACE

vivre devant lui et selon la loi, c'est vivre chez lui, apud peum. La vie, nous apprennent les théologiens, consiste dans l'immanence à l'être vivant d'un principe qui le forme et le soutient ; vivre à Dieu, c'est vivre et agir sous l'influence et la direction intérieure de Dieu, être en sa main, le laisser orienter toute notre activité intérieure et extérieure. — Et tout à l'heure on nous demandait de persévérer dans le péché, sous prétexte de faire abonder la grâce ! Mais il y a incompatibilité. On ne demande pas à la vie de Dieu de produire des œuvres de péché. On ne demande pas davantage à un baptisé de revenir à l'ancien servage. Sans doute, l'œuvre de la Rédemption doit se poursuivre en nous ; il reste même dans le baptisé des infirmités et des tendances qui réclament de lui un effort antagoniste ; seule la résurrection future mettra bon ordre partout, et rendra même au corps sa joyeuse docilité à l'âme et son harmonie. Mais dès aujourd'hui le baptisé possède, dans le cœur nouveau, dans la sève divine qui lui ont été donnés, le point d'appui d'oii il peut tenir en échec ses convoitises. Dorénavant, il lui appartient, même dans les conditions de la vie présente, de soustraire son corps au péché, et de se prêter à Dieu pour toutes^ les œuvres de justice que le Seigneur exigera de lui.

Sera-t-il donc difficile d'appartenir à cette vie nouvelle ? Non, assure l'Apôtre, car si le péché n'a pas complètement perdu son accès, il a perdu son empire et ses avantages d'hier^ Ses assauts sont moins redoutables, aujourd'hui que nous sommes non plus sous le joug de cette loi qui ne donne que lumière et non pas force, mais sous le régime de la grâce qui, outre la lumière, nous donne le vouloir, l'aimer et l'agir selon la bienveillance de Dieu. La grâce n'est pas une lumière froide, elle n'est même pas une force abstraite ; c'est l'influence vivante du Seigneur s'exerçant sur tout notre être et le pénétrant tout entier : c'est une forme et une norme de penser, une forme et une norme de vouloir, une forme et une norme d'aimer, une forme nouvelle et une norme d'être, de vivre et d'agir : Christum habitare per fidem in

cordibus vestris. Partant, nous n'avons rien à craindre des forces du péché.

15 Quid ergo ? peccabimus, quoniam non siimus sub lege, sed sub gratia ? Absit. le Nescitis quoniam cui exhibetis vos servos ad obediendum, servi estis ejus, cui obeditis, sive peccati ad mortem, sive obeditionis ad justitiam ? i7 Gratias autem Deo quod fuisfis servi peccati, obedistis autem ex corde in eam jormam doctrinae, in quant traditi estis. '^^ Liber ati autem a peccato, servi facti estis justitiae. i9 Humanum dico, propter infirmitatem carnis vestrae : sicut enim exhibuistis m.embra vestra servire immunditiae, et iniquitati ad iniquitatem, ita nunc exhibete membra vestra servire justitiae in sanctificationem. 20 Cum enim servi essetis peccati, liberi fuistis justitiae. 21 Quem ergo fructum habuistis tune in illis, in quibus nunc erubescitis ? Nam finis illorum mors est. 22 Nunc vero liberati a peccato, servi autem facti Deo, habetis fructum vestrum in sanctificationem, finem vero vitam aeternam. 23 Stipendia enim peccati, mors. Gratia autem Dei, vita aeterna, in Christo Jesu Domino nostro.

Quoi donc ? demande l'Apôtre rappelant la question qui a commencé le chapitre et l'imputation de ses adversaires, le fait pour nous d'être sous le régime de la grâce et non plus sous le régime de la loi, doit-il nous faire considérer cette liberté où nous établit la foi, comme une invitation au péché? La doctrine de la foi entraîne-t-elle vraiment cette conséquence ? La liberté des enfants de Dieu les encourage-t-elle au péché ? A Dieu ne plaise, nous l'avons bien montré. Pourtant, afin de ne laisser sur ce point aucun doute, il ne cessera, jusqu'à la fin du chapitre, de faire valoir au baptisé les motifs qui lui interdisent de revenir au péché :

la liberté même où la foi nous a constitués, verset 16 ;

la fidélité à nos promesses, versets 17, 18 ;

la dignité qui est la nôtre, versets 19, 20, 21 ;

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