‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 287 sur 663 · CONDITION DES CHRÉTIENS · texte numérisé non relu

CONDITION DES CHRÉTIENS

le terme auquel aboutit le bon ou le mauvais usage de la liberté, versets 22, 23.

Le péché est esclavage. Nous devenons, en effet, les sujets de celui à qui nous engageons notre volonté : nous passons à son service, et il nous emploie à ses œuvres. Il nous faut choisir : appartenir au péché pour mourir, ou bien appartenir à la foi pour la justice ; l'Apôtre indique l'alternative nécessaire, sans faire davantage ressortir la différence de l'une et de l'autre servitude.

Il faut choisir, disais-je. Mais c'est chose faite déjà, et votre conduite désormais est affaire de cohérence logique avec vous-mêmes. Car si vous avez été autrefois esclaves du péché, grâce à Dieu vous avez secoué cet esclavage, et vous êtes venus de grand cœur et après réflexion vous ranger à la doctrine qui vous a été apportée de Dieu. Vous avez accueilli cette doctrine, et d'esclaves du péché vous êtes devenus les serviteurs de la justice. — Mais parce qu'il ne consent pas à assimiler l'un et l'autre esclavage, parce que appartenir à Dieu c'est régner, et que les chrétiens le savent bien, l'Apôtre s'excuse pour cette assimilation momentanée qu'il a établie entre le serviteur de Dieu et le serviteur du péché : humanum dico, je parle à la manière des hommes.

Ou bien même par cette formule, l'Apôtre ne demandet-îl pas grâce pour le conseil qui suit ? Car il se propose de tempérer les exigences de Dieu, et, par déférence pour la faiblesse des chrétiens, les supplie de se prêter à la servitude de Dieu dans la mesure seulement où ils se sont prêtés à la servitude du péché. Est-ce trop de solliciter que les chrétiens fassent pour Dieu ce qu'ils ont fait pour son ennemi ? Soyez pour le bien, leur dit-il, au moins ce que vous avez été pour le mal. Il vous en souvient : hier encore vous étiez les affranchis de la justice et les sujets du péché, qui régnait sur vous en despote. Qu'avez-vous recueilli de ces œuvres de péché dont vous rougissez aujourd'hui ? Elles ne conduisent qu'à la mort

Quelle différence avec votre condition d'aujourd'hui.

Vous êtes maintenant affranchis du péché, serviteurs et sujets de Dieu ; les œuvres de la vie nouvelle vous ont acquis une sainteté croissante dans le temps, vous méritent la vie de l'éternité. Car le salaire du péché, c'est la mort : la vie éternelle au contraire est le don de Dieu. — La vie éternelle est aussi la récompense de la justice, et nous travaillons réellement à notre bonheur ; pourtant, parce que la racine première de cette justice est un pur bienfait de Dieu, et que dès lors il y a toujours une part gracieuse jusque dans le salaire de Dieu, l'Apôtre a préféré dire, gratia Del, vita aeterna, au lieu de mer ces Dei, vita aeterna. En effet, cette vie éternelle n'est assurée qu'à ceux qui sont entrés et qui persévèrent dans la communion à Notre-Seigneur Jésus-Christ ; or c'est chose gratuite que la foi, c'est chose gratuite que la persévérance ; ce double bienfait ne nous vient que de Dieu.

Eh bien ! semble demander l'Apôtre afin de fixer les chrétiens dans la fidélité, qui est-ce qui, de gaieté de cœur,, après .avoir été racheté de Dieu, choisira au lieu de la pureté,, la souillure ; au lieu de la sainteté, la honte ; au lieu de la vie, la mort ; au lieu de Dieu, le péché ? Nous avons choisi déjà, par notre seul baptême : qui se refusera à maintenir ce choix premier ?

En même temps qu'il a ainsi écarté l'objection du commencement, l'Apôtre a déterminé ce que doit être, même à ses premières heures, la vie du justifié, cette vie nouvelle qui lui vient de son adhésion à Notre-Seigneur Jésus-Christ par la foi. Nous le savons : elle est paix avec Dieu, elle est joie, elle est liberté. Oui, liberté ; deux fois liberté ; à raison de ce que le baptême a détruit, à raison de ce que le baptême a édifié en nous. Mais il importe de bien définir ce qu'est la liberté, et son contraire, la servitude. Il y a pour moi servitude, lorsque je suis maintenu sous la dépendance de qui je ne dois, lorsque le tyran agit sur moi par l'extérieur et la contrainte, lorsqu'il m'associe malgré moi à ses basses œuvres, lorsqu'une partie de moi, la plus haute, proteste contre

les vilenies auxquelles s'emploie son pouvoir despotique. Alors, vraiment oui, c'est servitude.

Mais lorsque je suis sous la dépendance et la main de qui je dois ; lorsque le pouvoir qui s'exerce sur moi agit sur l'intime, s'adresse à l'intelligence et la volonté ; lorsqu'il me fait travailler avec lui à des œuvres hautes et dignes ; lorsqu'il m'associe au travail de Dieu même, et sous son influence intérieure me fait collaborer à un programme de haute moralité ; lorsque je prends conscience que ce n'est pas Dieu seulement, mais toutes les portions hautes de mon âme qui applaudissent à l'œuvre que nous accomplissons ensemble, Dieu et moi ; appelez cela servitude, si vous le voulez : je dirai, moi, que c'est la liberté souveraine, c'est l'absolu affranchissement. Je ne suis pas créé pour appartenir au mal, ni pour osciller indéfiniment, au gré d'un pouvoir arbitraire, entre le bien et le mal. La liberté n'est pas la vertibilité : non. Ah ! que j'ai été malheureux, gêné sans cesse et tiraillé toute ma vie. J'ai vécu en désaccord avec moimême, déchiré par un conflit douloureux entre Dieu et moi. L'heure n'est-elle point venue d'être à lui sans réserve et sans retour ? Cela n'est pas servitude, encore que les hommes l'appellent ainsi ; cela, c'est l'absolue liberté, c'est l'affranchissement de toute servitude. Appartenir à l'intelligence est liberté ; appartenir à l'intelligence de Dieu est la plus haute liberté qui soit. Et comme la liberté ne m'a pas été donnée pour flotter éternellement, mais pour m'attacher au bien par un acte méritoire pour moi, glorieux pour Dieu ; pour m'attacher au bien, à Dieu par un mouvement délibéré et né de moi : il suit de là que lorsque j'appartiens sans trêve, sans réserve, sans limite, sans retour à l'éternelle beauté; lorsque je suis captif et prisonnier de la tendresse, attaché par le centre même de ma vie; lorsque j'aime, lorsque j'aime vraiment, et que l'on pourrait bien m'arracher l'âme, mais non pas de mon âme arracher mon amour; lorsqu'il n'y a plus pour moi qu'une pensée, un vouloir, un désir, un amour, et que j'ai échappé à tout pour être livré sans fin, dans le temps et dans l'éternité,

à Celui qui s'est emparé de moi : ah ! laissons dire le monde; oui vraiment, c'est alors que je suis libre, simplement parce que je suis à Dieu. Et si cela est, mon Dieu, en moi et en tous ceux que j'aime, gardez-le ; et si cela n'est pas encore, ô mon Dieu, en moi et en tous ceux que j'aime, je vous en supplie, achevez-le, vous qui pouvez toute chose : car ce n'est ni être libre, ni même vivre que n'être pas à Vous !

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