AFFRANCHISSEMENT DE LA LOI
i An ignoratis fratres (scientibus enim legem loquor) quia lex in homine dominatur quanto tempore vivit ? 2 Nam quae sub viro est mulier, vivente viro, alUgata est legi : si autem mortuus fuerit vir ejiis, soluta est a lege viri. s Igitur, vivente viro, vocabitur adultéra si fuerit cum alio viro : si autem mortuus fuerit vir ejus, liberata est a lege viri : ut non sit adultéra si fuerit cum alio viro. 4 Itaqiie, fratres mei, et vos mortificati estis legi per corpus Christi : ut sitis alterius, qui ex mortuis, resurrexit, ut fructificemus Deo. s Cum enim essemus in carne, passiones peccatorum, quae per legem erant, operabantur in membris nostris, ut fructificarent mortî. QNunc autem soluti sumus a lege mortis, in qua detinebamur, ita ut serviamus in novitate spiritus, et non in vetustate Utterae.
C'est une sorte de majeure générale et un appel au sens commun dont l'Apôtre abrite la doctrine qui va suivre, et qui, pour les convertis du judaïsme, n'était pas sans difficulté. « Vous ne l'ignorez pas, mes frères », dit l'Apôtre. Et au verset 4, il renouvelle l'appellation : « mes frères » ; il s'adresse à des gens « qui connaissent la loi » et sont familiarisés avec ses conditions. D'ailleurs, au cours de tout le chapitre, c'est de la loi qu'il sera parlé. Si extraordinaire que puisse nous paraître, à première vue, la pensée de l'Apôtre, si paradoxal que nous semble, après l'affranchissement du péché, l'affranchissement du joug de la loi, consentons à entrer dans la pensée de saint Paul : sa doctrine est aussi prudente et aussi mesurée qu'elle est forte et divine.
Mieux que tous les autres, les Juifs, les familiers de la loi, savent bien que la loi n'a d'empire que durant la vie de celui qui en est le sujet. Celui qui est mort est affranchi de toute exigence de la loi, dispensé de toute prestation personnelle. Nous en trouvons la preuve dans la loi qui régit l'union et la société humaine la plus étroite : le mariage. Une femme mariée est attachée à son époux par la loi conjugale ; mais cette loi même, malgré l'union étroite qu'elle a formée.
ne subsiste que durant la vie de son mari. Que son mari vienne à mourir : le nœud est rompu, la femme est affranchie, la loi s'évanouit. Elle n'appartient plus à celui qui est mort. Et l'indice assuré de sa condition nouvelle se trouve en ceci : qu'elle eût été réputée adultère, si du vivant de son mari elle s'était donnée à un autre ; au lieu que maintenant et depuis la mort de son mari, elle peut convoler sans faute. Ne nous arrêtons pas à observer que la comparaison employée par l'Apôtre est inadéquate, puisque le sujet de la loi, c'est-à-dire, dans l'espèce, la femme mariée, ne meurt pas. Il suffit, en effet, à la valeur de la démonstration que là où la mort intervient, elle affranchit de la loi commune qui les unissait, soit celui qui meurt, soit celui qui, ne pouvant être uni à un mort, trouve sa propre liberté dans la liberté que le mort a conquise. L'exemple même est très judicieusement choisi pour montrer tout à la fois et l'efficacité de la mort, et la liberté du survivant, affranchi de la loi commune : le mort, en effet, ni n'est plus marié, ni ne se marie plus.
Pareillement, dit l'Apôtre, mes frères, vous en particulier qui êtes mes frères, étant de la famille d'Abraham, vous que les habitudes de votre vie d'autrefois ramènent davantage au mosaïsme et à la loi, sachez que vous n'avez plus rien à démêler avec elle. La loi est un pacte, elle est l'entente et le consentement de deux volontés. Le pacte est rompu lorsque de ces deux volontés l'une se retire ou s'évanouit. Le lien est rompu par la mort. Vous étiez autrefois liés à la loi ; vous êtes morts aujourd'hui, partant affranchis de la loi. Comment êtes-vous morts ? Parce que le Seigneur est mort. Or, vous étiez compris, en vertu de la prédestination divine, au jour du Calvaire, dans le corps du Christ, pour y mourir avec lui et pour ressusciter avec lui. Votre liberté ne vous vient pas de ce que la loi est morte ; mais cela ne change rien à la réalité, parce qu'ici le lien est mutuel et, s'il est permis de parler ainsi, les morts sont corrélatives : mihi mandas cracifixas est, et ego mundo.-U est vrai, vous aviez épousé