AFFRANCHISSEMENT DE LA LOI
la loi, il y avait pacte et par conséquent lien entre vous et elle ; mais vous êtes morts depuis : la loi est morte, elle n'existe plus pour vous. Désormais vous appartenez à un autre, à une autre vie, bien supérieure, puisque c'est la vie d'un ressuscité, à une union bien plus étroite, et autrement féconde : la vie en Notre-Seigneur Jésus-Christ.
En effet, hier, nous étions sous le régime de la chair, de la loi, de la lettre, du péché (car l'Apôtre, sauf à s'expliquer dans la suite, considère ces quatre éléments comme coordonnés entre eux), nous appartenions à la vie d'Adam ; les convoitises de péché qui étaient en nous et que la loi stimulait encore, s'employaient dans nos membres pour nous faire produire des œuvres et des fruits de mort : nous n'étions pas libres. Libres, nous le sommes aujourd'hui que le joug a été secoué de la loi qui nous retenait captifs ; et la liberté même où nous établit le Seigneur nous est une invitation à servir Dieu et à l'adorer dans la nouveauté de l'Esprit, et non plus dans le régime suranné de la lettre. (Nous devons pourtant observer que la première partie du verset 6, si nous la lisons dans le texte grec se prête à une traduction différente, mais pleinement conforme à la doctrine de ces deux chapitres : Nuvl 8e Y.a.Tr\p'ff\^y\\/.f^ âiri toO votjiou, dtiîoôavovTeç Iv w xaTet,yo{ji.E9a. Aujourd'hui nous sommes affranchis du joug de la loi, puisque nous sommes morts en la personne de celui en qui nous étions compris et contenus).
Cette doctrine sur la loi, aujourd'hui encore, nous étonne: elle devait être absolument intolérable pour les Juifs. Elle leur était un scandale et sonnait à leurs oreilles comme un blasphème. La loi, la loi venue de Dieu, la loi qui est immaculée et qui convertit les âmes, la loi qui est exaltée à chacun des versets du Psaume CXVIII, la loi qui était la charte divine donnée par le Seigneur à son peuple de prédilection, cette même loi devenait, dans l'enseignement de l'Apôtre, un auxiliaire du mal, une vertu du péché, — car c'était sous le couvert de la loi que les convoitises de notre nature étaient devenues actives pour le mal ; et le péché semblait
refluer jusqu'à Dieu même. Et cette doctrine sur la loi faisait tellement corps avec la prédication de saint Paul qu'on la retrouve dans la Première aux Corinthiens, nous l'avons vu déjà (I Cor., XV, 56) ; dans la Deuxième, au chapitre III, 6-10 : Ministratio mortis litteris de formata in lapidibus ; dans l'épître aux Galates, III, IV, V ; et dans les pages que nous lisons, au chapitre V, 20 : Lex subintravit ut abundaret delictum. Le dessein de l'Apôtre est visible : exclure la loi, revendiquer l'intégrité du christianisme, évincer le judaïsme de sa possession exclusive et jalouse, affirmer la plénitude de la révolution religieuse accomplie par la Rédemption. C'était chose juste. En même temps, il était infiniment sage de secouer les entraves du mosaïsme dans l'intérêt du christianisme naissant : une religion qui prétend à l'universalité ne s'inféode pas aux habitudes d'une région ; on ne se met pas un boulet au pied lorsque l'on veut marcher vite et aller loin. Tout cela sans doute était vrai, juste et prudent : et d'ailleurs, comme nous l'avons noté déjà, la loi dont saint Paul disait du mal, c'était la loi pélagienne, la loi qui prétend, à elle seule, suffire à tout, avec la lumière qu'elle donne et les devoirs qu'elle impose. On pouvait se. demander pourtant si la critique de l'Apôtre demeurait dans la juste mesure, et si la loi, telle que le mosaïsme la comprenait, était vraiment si coupable. Est-ce que son origine divine ne plaidait pas pour elle ? De même que l'objection qui commence le chapitre VI a fourni à saint Paul l'occasion de nous parler de l'affranchissement du péché, l'objection juive actuelle le met en demeure de développer toute sa pensée sur la loi et son rôle, d'analyser le conflit douloureux qui s'élève en' nous lorsque, pour nous guider dans les voies morales, nous n'avons que la seule loi, et non encore la grâce de Notre- Seigneur Jésus-Christ.
7 Quid ergo dicemus ? lex peccatum est ? Absit. Sed peccatum non cognovi, nisi per legem : nam conçu piscentiam nesciebam, nisi lex diceret : Non concupisces. s Occasione