‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 293 sur 663 · DURE SERVITUDE · texte numérisé non relu

DURE SERVITUDE

une loi contraire, qui prend naissance dans le désordre porté au sein même de ma vie, une influence maudite qui est en moi de naissance et presque de nature, qui violemment me détourne du bien et me soumet, malgré moi, au péché. Je dis malgré moi ; car, même dans l'être désordonné que je suis, il reste des portions hautes, encore intactes, une droiture de la pensée, une rectitude du vouloir, qui applaudissent à la. loi de Dieu et sont en harmonie secrète avec elle : c'est l'homme intérieur, cela. Malheureusement, à côté de cet élément de bien, et en opposition avec lui, je sens dans mes membres, dans mon être physique et sensible, une autre loi. Elle est en désaccord constant avec la loi de mon esprit et me soumet en esclave à l'action du péché. C'est pis que le supplice de Mézence. Je suis esclave d'un pouvoir intérieur à moi-même et contre qui je proteste en. vain. Je ne suis pas libre, puisque je ne suis pas maître chez moi. Et dans ce conflit tragique où je suis divisé contre moi-même, c'est la loi que vous me proposez comme le remède à ma détresse ! Mais vous vous riez de moi. La loi n'a fait que créer, aggraver, et envenimer le conflit ; comment lui serait-il donné de l'apaiser ? Serait-elle la lance d'Achille ? Est-ce que vous ne voyez pas que ni les procédés extérieurs ni les palliatifs ne parviendront à conjurer un mal qui fait un avec moi ? Ah ! malheureux homme que je suis, pour échapper à cet élément de mort qui me déchire en moi-même, il me faudrait mourir et revivre. Lorsqu'une maison est déchirée par les lézardes, ouverte à tous les vents, envahie par le lierre, et devenue à la longue un abri branlant, il reste une ressource, la jeter par terre et corriger ainsi sa vétusté. Après, on la reconstruira avec ses éléments rajeunis et purifiés ; elle aura tout gagné. à être détruite pour être relevée ensuite. A moi aussi, il me faudrait mourir et puis renaître : il me faudrait une rénovation, une régénération, une naissance nouvelle. Ainsi ma nature dépouillerait dans la mort toute l'impureté de sa première naissance : car ce que l'on tient de naissance, ne disparaît que dans la mort. Ainsi du moins, après une trop^

longue servitude, j'appartiendrais au bien, à la liberté, à Dieu ; car nous le savons, c'est en cela que consiste la liberté, la vraie, celle des enfants de Dieu.

A ce cri de la nature humaine : « Qui me délivrera » ? une réponse divine a été donnée, La Vulgate, en traduisant : «La grâce de Dieu par Notre-Seigneur Jésus-Christ», a un fort bon sens. C'est en effet par la bonté de Dieu et moyennant le baptême, que notre nature, souillée en Adam, a été renouvelée et rééditée en Notre-Seigneur Jésus-Christ. Certains textes grecs portent, non ri xâp'-ç ~oû 0eoû, mais yâpu TÔ) 6êw. L'Apôtre n'indiquerait pas le remède mais remercierait Dieu de l'avoir donné : Gratias Deo ! « Grâces soient rendues à Dieu par Notre-Seigneur Jésus-Christ ! » L'affranchissement de cette longue servitude nous vient de Dieu et par le Seigneur, le chapitre suivant nous l'expliquera davantage ; mais dès maintenant l'Apôtre définit les conditions intérieures de la vie chrétienne dans le temps.

La seconde partie du verset 25 semble difficile : donnons-lui un sens qui s'accorde avec l'enseignement de l'Apôtre. Dorénavant, nous dit-il, les conditions sont autres que sous la loi. Mon âme est rachetée complètement, elle appartient à la loi de Dieu par une soumission vraie, et non pas seulement par le consentement inefficace qu'elle lui donnait autrefois. A la différence du péché qui atteint l'âme par le corps. Dieu commence par l'âme et la purifie : le corps viendra à son tour et sera pleinement racheté, lui aussi ; néanmoins et pour un temps il demeurera soumis à la loi du péché, soit par un reste de concupiscence que l'âme désormais peut vaincre et éliminer peu à peu, soit par la dette de la mort qu'il devra acquitter un jour ; mais la mort, aujourd'hui, n'a plus d'aiguillon.

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