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LE TÉMOIGNAGE DE L'ESPRIT

surnaturel communiqué à la science, à la parole et à la puissance des chrétiens, en un mot, toutes les manifestations spirituelles qui traduisaient extérieurement la vie chrétienne des premiers âges, avec une opulence telle que l'Apôtre en devait régler l'exercice par une législation prudente (I Cor., XII), c'était un premier témoignage de l'Esprit rendu à la révolution religieuse qui avait changé la face du monde et renouvelé l'âme de l'homme par la filiation divine. Et erit in loco ubi dicetur eis : Non populus meus vos : dicetar eis : Filii Dei viventis (Os., I, 10). Les fils de Dieu étaient déjà reconnaissables à ce premier témoignage de l'Esprit, qui les montrait investis d'un pouvoir surnaturel de connaître, de parler et d'agir, dépassant la mesure humaine. Et ces dons charismatiques se sont perpétués durant les siècles dans la race chrétienne, se réduisant graduellement dans leur exercice, dans leur étendue, dans le nombre de leurs sujets, affirmant néanmoins toujours, même dans cette décroissance, la présence de l'Esprit de Dieu dans les régénérés. Et ne me dites pas que ces dons, appartenant à l'ordre des grâces gratuites, et n'étant donnés que pour l'édification du peuple chrétien, ne constituaient un témoignage de l'Esprit que pour ceux de l'extérieur et non pour les prophètes eux-mêmes : car les prophètes étaient de l'Eglise, jouissaient et de leurs dons, et des dons semés autour d'eux, et l'Esprit de Dieu, qui les élevait au-dessus d'eux-mêmes, leur donnait sans aucun doute la conscience de cette élévation. Mais nous devons aller plus loin, et reconnaître un plus réel témoignage de TEsprit.

Depuis la prédication de l'Evangile, les convertis et ceuxlà mêmes qui ne l'étaient pas, prenaient conscience qu'un changement s'était produit dans l'axe et l'orientation de la vie humaine. A une conception de la vie égoïste, terrestre, voluptueuse, toute limitée au stade du temps, avait succédé, et soudainement, une conception non seulement différente mais opposée. La vie générale avait changé de pôle. Une pensée divine, une forme de pureté, un souci de l'éternel, une constante direction vers les biens célestes s'étaient sub-

stitués aux vies païennes ; des vertus inconnues à Aristote et aux stoïciens avaient transformé les âmes et les avaient soustraites aux vilenies d'autrefois. Nous le constatons aujourd'hui, moyennant les récits de l'histoire, et nous mesurons la distance parcourue en un instant par cette révolution. Les païens la mesuraient mieux que nous, et lui rendaient l'hommage d'une admiration étonnée. Encore tout cela était-il peu de chose en comparaison du témoignage intérieur de l'Esprit rendu aux convertis eux-mêmes, surpris et ravis du travail divin que la foi, l'espérance et la charité avaient accompli en eux. Est-ce que le simple proposé d'une doctrine nouvelle eût suffi pour accomplir ce prodige, pour réaliser cette révolution ? Est-ce que le divin Platon a converti le monde ? Non, reconnaissons-le, pour produire un tel changement, il fallait, par un effort divin, atteindre l'âme elle-même, la transformer dans son être par une vraie refonte et une réédition de l'homme tout entier. Aussi n'est-ce pas simplement une doctrine, ni une religion, ni même une société nouvelle que le Seigneur avait apportées au monde ; c'est une humanité nouvelle qu'il est venu créer sur terre, purifier de son sang, joindre à sa vie, animer de son esprit.

Nous sera-t-il permis de clore ces trop longues considérations par l'indication dernière d'un autre témoignage de l'Esprit ? Nous osons à peine en parler ; car il n'est recueilli, ce témoignage, que par l'âme qui l'entend ; il appartient d'ailleurs à un ordre de faits plus intime et qu'il est délicat même d'effleurer seulement. Les saints nous apprennent que Dieu est un être d'expérience, et qu'il peut être, quand il le veut, saisi d'une certaine manière par l'âme (quaerere Deum, si forte attrectent), sans que l'âme, pour entrer en contact avec sa beauté infinie, sorte des conditions du temps ni de la sainte obscurité de la foi. N'est-ce pas déjà un témoignage de l'Esprit de Dieu à notre esprit, et comme une conscience de notre filiation, que Dieu nous enlève tout amour du siècle, de ses vains spectacles et de ses fausses joies ? Si, dépassant ce premier degré, il évoque notre âme auprès de lui, l'appelle

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