‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 297 sur 663 · EXPÉRIENCES SURNATURELLES · texte numérisé non relu

EXPÉRIENCES SURNATURELLES

en son centre, l'avertit de se recueillir tout entière, de vivre solitaire au milieu de tout, et nous suggère que notre trésor est au fond de notre cœur... S'il nous accorde une assurance intérieure de sa présence, de sa plénitude et de sa tendresse, dans une sorte de conscience ou de toucher de lui, si pur, si intime, si délicat, si affranchi de tout élément sensible .- car les êtres matériels ne se touchent que par les surfaces ; mais Dieu et l'âme se touchent par l'intime... Si, dans la suite, l'âme se sent appiiyée sur Dieu et devenue forte, grâce à lui : car désormais elle a atteint le centre de son recueillement et son vrai lieu ; elle sait maintenant où se réfugier pour échapper à toutes épreuves, à toutes souffrances, à toutes tentations ; elle se replie avec calme vers Celui qui lui est devenu un guide, une garde sûre, un appui, un soutien... Si, allant plus loin encore, elle se repose en lui comme dans la région de la paix absolue : Abscondes eos in abscondifo faciei tuae a conturbatione hominum... Dès lors, tout peut venir. L'âme est établie dans la sérénité et la charité de Dieu : l'abandon plénier est sa loi. Elle n'échappe pas, sans doute, aux conditions de la terre, ni aux chances de son infirmité ; mais ces instants de faiblesse lui sont un motif de se tenir plus près de Dieu, plus étroitement unie à celui qui est son Bien : mihi adhaerere Deo bonum est. Il lui vient des avant-goûts et comme des messages d'éternité, des instants, mais fugitifs, de bonheur absolu. Et la joie peut prendre de tels accroissements que l'âme demande grâce !..; Toutes ces expériences de Dieu, et nous n'avons voulu que résumer ce que les saints nous disent, ne sont-ce pas les témoignages de l'Esprit de Dieu à notre esprit, lui enseignant graduellement la saveur des joies futures et, même ici-bas, la réalité de notre filiation? Car tel est le terme dernier de toute la doctrine apostolique de notre justification : nous sommes les enfants de Dieu. Cela seul nous donne le motif de notre joie, le titré de notre liberté, le vrai nom de notre vie, le gage de notre espérance : car « si nous sommes fils, nous sommes héritiers ». La pensée de cette joyeuse conséquence, fruit de notre filiation, do-

mine jusqu'à la fin du chapitre, et c'est désormais de notre héritage éternel qu'il nous sera parlé. Il y a entre le père et le fils un lien de continuité vitale qui, par une loi universelle et fondée sur la nature même, assure au fils les biens de son père. Filiation entraîne hérédité : Fili, tu semper mecum es et omnia mea tua sunt, disait le père de famille à son aîné. Et Dieu lui-même dit à son Fils : Filius meus es tu, ego hodie gemii te : postula a me, et dabo tibi génies hereditatem tuam et possessionem tuam terminos terrae.

Lorsque l'Apôtre nous dit que nous sommes les héritiers de Dieu, on pourrait l'entendre en ce sens que le bien qui forme notre héritage est Dieu même : Ego ero merces tua magna nimis, comme il a été dit à Abraham. Et cela est vrai ; même tout ce qui n'est point Dieu ne serait pas à la taille des enfants de Dieu. Pourtant la pensée de l'Apôtre nous semble être plutôt que nous sommes les héritiers de Dieu comme nous sommes les enfants de Dieu, et que nous recevrons de lui notre héritage : cela nous paraît plus en harmonie avec ce qui est dit aussitôt après : cohéritiers de Jésus-Christ.

Gardons-nous de croire toutefois que cet héritage de l'éternité, que nous partageons avec le Christ, nous soit assuré par une sorte de dévolution tranquille, et sans qu'il y ait ni effort, ni travail pour l'obtenir, La -seule allusion qui vient d'être faite au Christ écarte déjà l'idée d'une félicité paresseuse ; nous sommes ses cohéritiers, il a souffert, nous devrons souffrir avec lui, après lui : c'est la doctrine accoutumée de l'Apôtre : Quoniam per multas tribulationes oportet nos intrare in regnum Dei (Act., XIV, 22). Et c'est avoir le sens des Ecritures que de reconnaître que le Seigneur a dû souffrir, afin, par là, d'entrer dans sa gloire : Nonne haec oportuit pati Christum, et ita intrare in gloriam suam ? (Luc, XXIV, 26, et 44, 45). Mais la doctrine de l'Apôtre est plus large encore : et si nous la comprenons bien, nous reconnaîtrons que l'héritage de l'éternité, au lieu de venir à nous, comme nous le disions, sur le plan incliné d'une dévo-

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